Numérique responsable : 2 000 PC de plus à ne pas jeter

Publié aujourd'hui à 10h00 - par

La fin du support Windows 10, la pénurie de composants liée à l’IA et la pression des lois AGEC et REEN ont contraint les DSI publics à repenser leur rapport au renouvellement des parcs informatiques. La Métropole de Montpellier a choisi de ne pas céder au réflexe du tout-remplacer. En confiant à la startup montpelliéraine Sobrii le suivi de l’état de santé de ses 7 500 postes, elle a prolongé la durée de vie de 2 000 PC de deux ans supplémentaires.

2 000 PC de plus à ne pas jeter
© Par Hasan - stock.adobe.com

Le 14 octobre 2025, Microsoft a mis fin au support de Windows 10. Pour des millions d’ordinateurs dans les organisations publiques, cette échéance aurait pu déclencher une vague de renouvellement massive, avec tout ce que cela implique en termes de coûts, de déchets électroniques et de tension sur les approvisionnements. Car la pénurie de composants est réelle. Les semi-conducteurs sont massivement réorientés vers l’IA et les data centers, ce qui fait monter les prix des PC neufs et allonge les délais de livraison.
La pression réglementaire s’ajoute à la contrainte budgétaire. Les lois AGEC et REEN imposent aux entités publiques de s’inscrire dans une logique de numérique responsable, d’allongement de la durée de vie des matériels et de recyclage. La Métropole de Montpellier, dotée d’une feuille de route numérique responsable à horizon 2027 déclinée en plus de 70 actions sous la devise « Moins, c’est mieux », cherchait une réponse concrète à ces injonctions parfois contradictoires.

La solution

Sobrii est une startup montpelliéraine fondée en 2024 par Karim Manar, incubée au BIC de Montpellier et labellisée par le pôle de compétitivité DERBI. Sa solution repose sur un agent logiciel déployé sur chaque poste via les outils standard de la DSI. Il remonte en continu des données sur la santé matérielle des composants, la consommation électrique, l’empreinte carbone réelle des usages et les signaux faibles d’obsolescence. Là où les bilans carbone conventionnels s’appuient sur des estimations moyennes, Sobrii mesure l’impact réel selon l’usage effectif. En effet, un même PC utilisé pour du tableur, de l’IA générative ou de la modélisation 3D ne produit pas la même empreinte énergétique.
La nouvelle version de la plateforme, lancée début 2026, intègre un centre d’action prédictif qui propose des recommandations ciblées de maintenance avant la panne, et un calculateur de coût total de possession permettant de simuler les économies potentielles liées à une meilleure allocation des licences logicielles et à l’allongement réel des équipements.

Les objectifs

Pour la Métropole, l’enjeu est triple. Il s’agit de réduire les coûts de gestion du parc informatique en évitant les remplacements prématurés ; de respecter ses engagements réglementaires de numérique responsable ; et disposer enfin d’une connaissance fine et objective de l’état réel de chaque poste.
La solution permet également d’optimiser les licences logicielles en identifiant celles qui sont installées mais inutilisées, et de piloter la durabilité du parc sur des données réelles plutôt que sur des estimations. Pour les DSI publics, c’est un changement de posture. En l’occurrence, passer du renouvellement par cycles à la maintenance fondée sur l’état réel des équipements.

Les moyens

Le POC a démarré en juillet 2024. La décision de déploiement a été validée en octobre 2024, et la solution a été installée via SCCM sur 5 500 postes fin octobre, soit la quasi-totalité des PC référencés à l’époque. Le périmètre s’est ensuite étendu à 7 500 postes. Le déploiement a été opéré en interne par les équipes DSI de la Métropole, sans surcoût organisationnel majeur. Sobrii ne communique pas publiquement sur ses tarifs, mais le modèle repose sur un abonnement à la solution par poste suivi.

Les perspectives

La solution est désormais également déployée chez le bailleur social Hérault Logement, et Sobrii a remporté un projet avec l’ADEME Occitanie sur la sobriété numérique. La startup, qui compte cinq salariés, envisage de doubler ses effectifs d’ici fin 2026 et de tripler son chiffre d’affaires, en s’appuyant sur un réseau de dix revendeurs infogéreurs ou loueurs de PC. Elle affiche une ambition internationale sur des marchés européens où l’impact carbone d’un PC est nettement supérieur à la France. Sobrii figure dans le mapping 2025 des startups françaises à impact.

Jérémy Paradis

Grégory Vieville, Chef de service « Relations usagers et nouveaux usages », métropole de Montpellier

« En tant que responsable informatique, Sobrii m’a permis de passer d’une gestion du parc basée sur l’âge des équipements à une gestion axée sur leur état réel et leur utilisation. Grâce aux données collectées, nous identifions avec précision les postes nécessitant un remplacement, ceux pouvant être conservés plus longtemps ou simplement mis à niveau. Cette approche nous permet d’anticiper plus efficacement nos investissements, de justifier nos décisions auprès de la direction générale et de réduire les renouvellements inutiles. Au-delà des économies réalisées, cette démarche contribue à prolonger la durée de vie de nos équipements et à inscrire notre action dans une démarche de sobriété numérique et de responsabilité environnementale. »

Retrouvez cet article dans Les Initiatives de WEKA Le Mag n° 28 – Juillet / Août 2026

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