Adapter la gestion de l’eau au changement climatique

Administration

France eau publique, qui organisait une réunion au Sénat le 27 novembre 2019, préconise la gestion de l’eau par la collectivité. Objectifs : faire face à la raréfaction de cette ressource et entreprendre une politique de long terme, en particulier pour répartir les usages et assurer la solidarité entre territoires. L’utilisation de l’eau en agriculture doit être l’objet d’une réflexion spécifique.

Les événements climatiques – sécheresse en été, violentes précipitations dans le sud de la France en novembre… -, doivent conduire les territoires à réfléchir aux enjeux de l’eau. Et, notamment, à la nécessité d’adopter une gestion publique, en collaboration avec les opérateurs privés, pour organiser la distribution d’eau et l’assainissement. La France est une exception mondiale : la gestion publique de l’eau est universelle. En Suisse, la Constitution interdit même sa privatisation. « La gestion publique se développe car collectivités et syndicats veulent reprendre la main sur l’eau. En effet, il risque d’y avoir des conflits d’usage dans peu de temps et il faudra déterminer qui pourra pomper dans les nappes ou dans les rivières », a constaté Christophe Lime, président de France eau publique, lors d’une réunion sur la préservation des ressources en eau et l’adaptation des territoires face au dérèglement climatique, au Sénat, le 27 novembre. Il convient également d’adopter une gestion de long terme, que favorise le pilotage par la collectivité, car préserver l’eau prend du temps. En effet, entre le moment où l’eau tombe sur la terre et redescend dans la nappe phréatique, il se passe entre trente et quarante ans.

La gestion publique propose une réflexion globale : connaissance de la ressource en eau, évolution sociétale, solidarité entre les territoires par l’interconnexion de réseaux… « En matière de gestion de l’eau, la commune n’a pas de sens : il faut préserver les intercommunalités. Seules les solidarités permettront de résoudre les problèmes de ravitaillement », a déclaré Paul Raoult, président de la régie Noréade (Aisne, 50 communes adhérentes, 1 million d’habitants desservis, 44 millions de m3 d’eau). À la suite d’une grave sécheresse en 1986, le syndicat a investi 200 millions d’euros sur une trentaine d’années pour assurer des interconnexions, afin d’éviter que les communes membres ne dépendent d’un seul champ captant. Investissement qui a trouvé sa justification l’été dernier. Il faut déterminer comment répartir, pour les différents usages, une richesse qui est devenue rare. Ainsi, les agriculteurs sont contraints d’irriguer. Le programme de plantation et d’irrigation devrait s’appuyer sur la situation hydrologique la plus récente pour respecter la priorité des usages de l’eau, prévue par le Code de l’environnement (art. L. 211-1). Sur le périmètre du SDEA Alsace-Moselle, le pompage en rivière était interdit cet été dans certains secteurs ciblés. Les agriculteurs ne disposant pas d’autre solution ont arrosé leurs cultures fragiles avec de l’eau potable, plus chère que le coût d’un forage direct, et ont demandé à bénéficier d’un tarif spécifique. Cette demande a soulevé des difficultés juridiques (équité tarifaire) et d’organisation. En Ardèche, outre les efforts en matière d’irrigation hydro-économe, le syndicat des eaux (Seba, 44 communes, pour la distribution d’eau, 81 communes pour la production et la vente en gros) devrait relancer une politique de retenue collinaire : stocker l’eau en période de pluie, l’utiliser en saison sèche.

Pour Danielle Mametz, vice-présidente de la régie Noréade, il est essentiel de travailler aussi à la protection de la qualité de l’eau, ce qu’ils font depuis 2006 avec l’agence de l’eau Artois-Picardie, la chambre d’agriculture et les collectivités membres, au travers des opérations de reconquête de la qualité de l’eau (Orque). Les agriculteurs ne sont pas les seuls à devoir changer leurs pratiques, c’est le cas de tous les citoyens (jardiniers du dimanche…) et de toutes les professions (dentistes, coiffeurs…). Des ingénieurs accompagnent les agriculteurs pour analyser leurs sols et améliorer leur production, et la réflexion est collective ; de ce fait, ils ne se sentent pas stigmatisés.

Martine Courgnaud – Del Ry

France Eau Publique regroupe des collectivités et opérateurs publics, adhérents à la FNCCR, engagés dans une démarche de partage de connaissances et d’expériences, de renforcement mutuel et de promotion de la gestion publique de l’eau. Soit plus de 80 membres, desservant plus de 11,5 millions d’habitants en eau potable, et 6,3 millions d’habitants en assainissement.

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