Dans les cabinets ministériels, tout le monde a été surpris quand Matignon a annoncé lundi 25 mai que le Premier ministre allait présider une réunion jeudi 28 mai de « préparation » à l’épisode caniculaire « en cours », soit six jours après son démarrage.
« On n’est pas dans l’urgence » sanitaire et « les vagues de chaleur, on les connaît, (…) ce n’est pas nouveau », a assuré la ministre de la Santé Stéphanie Rist. Alors que les températures ont atteint des sommets pour un mois de mai, faisant suffoquer étudiants en examen, écoliers et travailleurs en extérieur.
Le ministre des Transports, Philippe Tabarot, le reconnaît : « On a plus l’habitude d’appréhender » les canicules en juillet et en août qu’à ce moment de l’année.
Un retard à l’allumage qui a conduit le gouvernement à rectifier le tir. Monique Barbut (Transition écologique) a dû expliquer que la réunion de jeudi 28 mai portait sur les vagues de chaleur à venir parce « qu’il va y en avoir d’autres avant la fin de l’été, malheureusement ».
Matignon a souligné à son tour que la canicule avait été gérée « tout le week-end » par le Premier ministre et que « toutes les mesures avaient été prises », évoquant la préparation jeudi d’un « plan d’endurance » à long terme.
« L’État n’est pas responsable »
Mais à l’issue de ladite réunion, aucune communication formelle de Matignon.
Le Premier ministre fait passer le message que l’État ne peut pas tout gérer – le bâti scolaire par exemple relève des collectivités – et qu’il met déjà beaucoup d’argent sur la table alors qu’il ne veut pas creuser le déficit. « L’État n’est pas responsable de tout sur tous les sujets. Il y a les acteurs locaux aussi », souligne Philippe abarot.
L’exécutif n’entend pas non plus « emmerder les Français » en leur faisant la « leçon » sur la manière dont ils doivent vivre, boire ou se rafraîchir, comme Sébastien Lecornu l’avait déjà dit à propos d’éventuelles mesures de sobriété sur les carburants.
Dans ce contexte et celui d’une pré-campagne présidentielle, les oppositions n’ont pas manqué de critiquer le gouvernement.
« Au bout de plusieurs jours de canicule, ils font un point pour se préparer aux prochaines. Mais on n’a toujours pas compris ce qu’ils faisaient pour la vague de chaleur là maintenant », a fustigé la patronne des Écologistes Marine Tondelier.
Elle s’est dit « effarée par l’impréparation du gouvernement », dénonçant la baisse de dotation du Fonds vert censé accompagner les collectivités dans la transition climatique et la lenteur des rénovations scolaires.
Le chef de file des sénateurs PS, Patrick Kanner, a réclamé un « plan Marshall d’adaptation des services publics » tandis que Mathilde Panot pour les députés Insoumis s’est moquée de « l’absurdité » d’un gouvernement pas « à la hauteur de l’enjeu » climatique. Le Rassemblement national a redit de son côté vouloir un grand plan de climatisation.
Passoires thermiques
La gauche a surtout pointé l’assouplissement de normes environnementales qui ont permis de remettre en location des centaines de milliers de « passoires thermiques » qui, l’été, deviennent des pièges à chaleur.
« La politique, c’est faire des choix », se défend un conseiller de l’exécutif qui évoque une autre crise, celle du logement, et s’insurge contre ceux qui parlent « d’inaction climatique alors que la France est le pays d’Europe qui émet le moins de CO2 pour produire son énergie ».
« Il y a peut-être eu une maladresse de présentation mais on ne peut pas dire que l’État n’est pas prêt », abonde un de ses collègues, même si la remise en cause par le Parlement de plusieurs marqueurs écologiques du premier quinquennat d’Emmanuel Macron symbolise dix ans de « stop and go » sur les politiques gouvernementales.
Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a reconnu que la météo avait « pris un peu d’avance » sur le gouvernement, en présentant un « plan » pour les écoles dont la fermeture doit « demeurer exceptionnelle et proportionnée ».
« Quand j’ai passé mon bac en 2008, il faisait très chaud aussi et je l’ai passé », minimise un conseiller.
Pour Anne Bringault, directrice des programmes du Réseau Action Climat, si le gouvernement s’est réuni « pour rien » jeudi, « les candidats à l’élection présidentielle devront apporter des réponses structurelles » en 2027.
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