Les collectivités misent sur le numérique pour impliquer les citoyens

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Des territoires plus « interactifs » ? Des budgets participatifs aux consultations citoyennes, les collectivités locales misent sur le numérique pour dynamiser la participation citoyenne, et chercher un remède à la crise de la représentation.

Patrick Ollier, maire LR de Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine), a vu dans le numérique une opportunité de cultiver une « interactivité » dans sa ville en donnant « une chance à ceux qui le souhaitent de formuler une critique citoyenne ».

En 2018, la commune de l’ouest parisien s’est dotée d’une plateforme participative en ligne développée par la start-up bruxelloise Citizen lab. Celle-ci accompagne « 246 organisations, dont 70 % de collectivités territoriales en orchestrant des processus participatifs », détaille à l’AFP Mélissa Martinay, chargée de son développement en France.

D’abord structuré autour de l’élaboration d’un budget participatif pour lequel la ville accorde une enveloppe annuelle de 200 000 euros, le dispositif inclut désormais un espace de concertation sur des projets locaux.

La plateforme a enregistré près de 130 000 visites en 2019 pour un coût de développement de 1 500 euros par an. Lors du premier confinement, elle a enregistré un bond de 30 % des visites, aidant Rueil-Malmaison à « rassembler les forces vives solidaires de la ville afin de venir en aide à ceux qui en avaient le plus besoin », affirme à l’AFP Laurent Davrincourt, directeur du pôle cadre de vie et citoyenneté. Dons de tissus, fabrication de masques, distribution de paniers alimentaires : « On espérait 200 bénévoles et en un week-end, il y avait déjà 700 réservistes. Ils sont 1 700 aujourd’hui. »

Expertise citoyenne

Dans la commune voisine de Nanterre, « on essaie de créer un lien particulier avec les habitants » en fédérant « des communautés », confie Hélène Gestin, responsable de l’Agora, la maison des initiatives citoyennes de la ville.

Pour que les initiatives prennent, « les services en charge du suivi des consultations doivent comprendre qu’il y a une expertise citoyenne différente de la leur », explique à l’AFP Katharina Zuegel, co-directrice du think tank Décider ensemble qui entend diffuser une « culture de la participation ».

Décider ensemble publie chaque année son baromètre de la démocratie locale numérique. Entre 2016 et 2019, 300 collectivités ont participé à l’opération en documentant leur utilisation dans le numérique participatif. La « tendance est à l’augmentation » analyse Katharina Zuegel, « on le voit dans nos échanges avec les collectivités ».

Dans le Tarn, le conseil départemental a mis en place son premier budget participatif en 2020, fruit d’une consultation citoyenne menée en 2017.

Chaque habitant peut d’abord déposer son idée avant une phase d’analyse de la faisabilité des propositions suivie d’une mise au vote des projets retenus. « La seule limite c’est que le projet ait un intérêt local », souligne Christophe Ramond, le président PS du département, qui a tenu à ce que ces contributions émergent dans chaque canton, « pour éviter qu’on ait des projets uniquement à l’échelle des métropoles » du département.

À 27 ans, Pierre Clanet est un citoyen en campagne. Avec son projet d’application mobile, « voies du Tarn », le Castrais aspire à valoriser le patrimoine local à travers des balades culturelles. Pour lui, le dispositif a été « un levier pour passer de l’idée à sa concrétisation ».

Suite au report de la première édition du budget participatif tarnais pour cause de Covid-19, Pierre Clanet s’est tourné vers la région, qui dispose elle aussi d’un budget participatif. Dans l’attente des votes, le sien est actuellement « 7e à l’échelle de l’Occitanie et 1er sur le Tarn », se réjouit le jeune homme.

Bousculer l’administration locale

S’il souligne l’impératif de préserver « un système traditionnel » dans la décision, Patrick Ollier reconnaît qu’en interne, « ces modes d’expression ne sont pas toujours admis » et le numérique interactif peut être perçu comme une « concurrence » par les équipes. « Il faut qu’on soit en capacité de se remettre en question » quitte à « bousculer l’administration locale », répond Christophe Ramond qui insiste sur la nécessité « d’aborder nos mandats avec humilité ».

Mais « la plateforme seule ne fera rien si on ne l’accompagne pas de temps d’échange, elle ne peut pas se suffire à elle-même », souligne Hélène Gestin, qui préconise d’associer dispositifs en présentiel – ateliers, réunions, débats – et recours aux outils numériques.

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