Rentrée : les régions montent au front pour fournir des masques gratuits et « made in France »

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Après la décision du gouvernement de ne pas fournir de masques gratuits à la rentrée, les collectivités se sont engouffrées dans la brèche pour en distribuer à sa place, en s’approvisionnant souvent auprès de la production locale.

« Dès que j’ai appris la décision de l’exécutif, j’ai passé un seul coup de fil et dès le lendemain je me suis rendu sur place pour chercher les masques », a expliqué à l’AFP André Accary, président (LR) du Conseil départemental de Saône-et-Loire.

En 24 heures, l’élu a obtenu 100 000 masques en coton lavables 30 fois, au prix unitaire d’un euro, une commande qui lui permettra de distribuer dès la rentrée mardi 1er septembre 2020 cinq masques par élève, dans les collèges publics et privés.

M.  Accary s’est approvisionné auprès de l’usine historique de Dim qui emploie 800 personnes à Autun, dans son département. « L’Allier, les Hautes-Alpes et l’Ain se sont aussi fournis dans la même entreprise », a-t-il ajouté, convaincu que « tout le monde réagit parce que l’État a dit qu’il ne le ferait pas ».

Plusieurs départements, dont dépendent les collèges, ont suivi le même exemple, à l’image de la Seine-Maritime ou l’Oise, en mettant à chaque fois l’accent sur la production locale.

« J’ai décidé, avec la majorité départementale, de fournir 2 masques lavables 100 % made in France produits dans l’Oise par le groupe Kindy aux collégiens de l’Oise », a écrit sur Twitter la présidente Nadège Lefebvre, en déplorant au passage « les carences de l’État ».

Contribuer à « l’économie locale »

La tendance est la même dans les régions, responsables des lycées et des apprentis. Sur Twitter, le président de la région Grand Est, Jean Rottner, a d’abord « regretté » la décision du gouvernement, avant d’annoncer la distribution de deux masques par élève.

« La région Grand Est a été la plus impactée lors de la première vague de coronavirus au printemps et nous ne pouvons nous permettre de prendre de risque » face à la recrudescence actuelle de l’épidémie, explique à l’AFP son entourage.

Les masques sont produits localement près de Troyes, dans le Haut-Rhin ou dans les Vosges : « Nous sommes dans une logique sanitaire, mais aussi de soutien à une filière locale de production de masques », ajoute la source.

Grâce à la « mobilisation » de ces sites pour pallier à la pénurie de masques en France au début de l’épidémie, « nous avons aujourd’hui la capacité d’en acheter et d’en fournir alors que nous ne trouvions pas au printemps », a-t-elle ajouté.

Pour M. Accary, cette proximité des usines permet une meilleure réactivité. « À l’échelle de l’État, cela prendrait un temps infini. Nous, c’est tout de suite », a-t-il argumenté.

Pour Agnès Le Brun, porte-parole et vice-présidente de l’Association des Maires de France (AMF), il s’agit aussi d’une question de « patriotisme économique ».

« Tout ce qui contribue à l’économie locale, le sang vif des territoires, est bienvenu », a-t-elle expliqué à l’AFP.

Un effort national de production

Agnès Le Brun a aussi appelé les élus à privilégier « le masque en tissu réutilisable et lavable par rapport à d’autres, dont on sait que le degré de pollution est immense ».

Le gouvernement, quant à lui, rejette les critiques, rappelant que les masques seront fournis aux plus démunis.

« Nous avons envoyé récemment 50 millions de masques à 3 millions de familles modestes et précaires, c’est-à-dire à près de 9 millions de Français », a insisté le Premier ministre Jean Castex jeudi 27 août.

La ministre déléguée à l’Industrie Agnès Pannier-Runacher s’est félicitée d’avoir « multiplié par 30 la production de masques sanitaires » en France depuis le début de l’année. « Nous ne sommes plus dépendants de la Chine », a-t-elle assuré cette semaine sur CNews.

Selon ses chiffres, la France produit actuellement 50 millions de masques sanitaires (chirurgicaux et FFP2) par semaine et devrait atteindre les 100 millions en décembre.

Parallèlement, la production nationale de masques textile grand public, lavables et réutilisables, atteint 25 millions d’unités.

Une hausse de la production dont les régions ne veulent pas accorder les seuls mérites au gouvernement. « C’est la France qui a fait l’effort », réagit-on dans l’entourage de M. Rottner.

« Sur les territoires, toutes les machines qui ont été achetées l’ont été grâce au soutien des collectivités », assure-t-on de même source.

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