En pleine crise des poubelles, la métropole Aix-Marseille épinglée sur sa gestion des déchets

Développement durable

La métropole d’Aix-Marseille-Provence a été sévèrement épinglée, jeudi 7 octobre 2021, par la Chambre régionale des comptes sur sa politique de gestion des déchets, au moment où elle traverse une crise des poubelles qui a obligé les autorités à réquisitionner des éboueurs.

Depuis la naissance de cette collectivité en 2016, qui regroupe Marseille et 91 communes autour de la deuxième ville de France, « l’organisation de la collecte des déchets n’a fait l’objet d’aucune évolution majeure » et « aucune économie d’échelle ne peut réellement être mise en avant », a souligné la Chambre régionale des comptes de Provence-Alpes-Côte d’Azur dans un rapport rendu public jeudi 7 octobre 2021.

Elle pointe des coûts de service « systématiquement au-dessus » de la moyenne nationale pour un nombre de tonnes de déchets collectés « en-deça des objectifs imposés par la loi ».

Le rapport est très sévère sur le recyclage : « La collecte sélective des déchets voués à être recyclés ou valorisés ne représente à l’échelle métropolitaine qu’un peu plus de 20 kg/habitant/an, alors que la moyenne nationale se situe autour des 40 kg ».

Lors d’une conférence de presse, la présidente de la métropole, Martine Vassal (LR), a répondu « avoir un an pour travailler sur ce rapport », sans avancer de piste concrète.

La Chambre a relevé aussi les « fragilités » de l’organisation de la collecte, « dans un contexte où le temps de travail réglementaire n’est pas réalisé ». Le rapport souligne ainsi la difficulté d’évaluer le temps de travail réel des agents : « Aucun site majeur n’est doté de badgeuse » et « le pointage présence/absence relève de l’action individuelle et/ou de l’échelon hiérarchique local dédié », explique-t-il, préconisant « la mise en service de badgeuses » sur les différents sites.

Le rapport a enfin pointé le volume pris ces dernières années par les heures supplémentaires, appelées à disparaître dans le cadre de la nouvelle organisation : « En 2019, plus de 4 400 heures supplémentaires ont été payées, au delà des 25 heures réglementaires, pour un coût approchant les 100 000 euros ».

Sur le temps de travail, la collectivité a tenté ces derniers jours de se conformer à la loi de transformation de la fonction publique de 2019, qui impose l’application des 35 heures au 1er janvier 2022.

C’est cette négociation qui avait déclenché fin septembre une grève des éboueurs. Vendredi, Martine Vassal avait annoncé un accord, octroyant une décote de 9,5 % sur les 35 heures pour tenir compte de la pénibilité de leur travail.

Le syndicat majoritaire FO et la FSU avaient signé l’accord, pas la CGT. Des agents poursuivent leur grève notamment dans certains secteurs de Marseille et à Istres et Martigues.

Jeudi, quelque quatre-vingt éboueurs CGT ont manifesté devant la métropole réunie en conseil pour réclamer la réouverture des négociations : « La grève continue parce que les agents ont compris qu’ils perdaient à la fois en espérance de vie – trois ans de moins par rapport aux autres fonctionnaires territoriaux – et en rémunération, – entre 300 et 400 euros par mois pour certains – », a expliqué Patrick Kantarjian, de l’union départementale CGT.

Face à des « milliers de tonnes de déchets » toujours présentes dans les rues près d’une semaine après, la préfète de police a tapé du poing sur la table mercredi 6 octobre, déclenchant des réquisitions pour un « rétablissement de l’ordre public ».

« Il reste des points durs et c’est pour ça que j’ai demandé au préfet des réquisitions », a affirmé jeudi Martine Vassal, vivement critiquée par le maire socialiste de Marseille, Benoît Payan, qui souhaite récupérer la compétence de la collecte des déchets dans sa ville pour éviter ces situations. « Qu’il le fasse, mais pour cela il faut changer la loi », lui a-t-elle répondu.

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