Comment l’épidémie de coronavirus a bouleversé l’école

Éducation

Jamais, depuis la guerre, l’école n’avait connu de tels bouleversements : contrainte au printemps à un arrêt brutal et inédit en raison de l’épidémie de coronavirus, elle s’adapte depuis pour éviter à tout prix une nouvelle fermeture aux conséquences potentiellement catastrophiques.

Jeudi 12 mars 2020, il y a dix mois, Emmanuel Macron annonçait la fermeture jusqu’à nouvel ordre de tous les établissements scolaires, prenant de court directeurs, professeurs et parents. Quelques heures avant son allocution, son ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer avait pourtant assuré qu’un tel scénario n’était pas à l’ordre du jour.

Pendant deux mois – avant une réouverture très progressive – les parents ont dû faire la classe à la maison en jonglant souvent avec leur travail, quand les professeurs découvraient, pour beaucoup avec peine, les contraintes de l’enseignement « à distance ».

Une fermeture historique : « jamais les écoles n’étaient restées fermées pendant une période aussi longue, même pendant la guerre », rappelle l’historien de l’éducation Claude Lelièvre.

Pour tous les acteurs du secteur, « cela a été et cela reste une période totalement inédite, durant laquelle nous avons dû inventer une autre manière de suivre nos élèves », résume Sophie Vénétitay, du Snes-FSU, le premier syndicat du secondaire.

Point positif, les enseignants ont sans doute bénéficié d’une reconnaissance qui leur faisait parfois défaut jusque-là. « Les parents ont compris qu’enseigner était un vrai métier », affirme Guislaine David, secrétaire générale du Snuipp-FSU, le premier syndicat du primaire.

Même si, comme le remarque Hubert Salaün, porte-parole de la Fédération des parents d’élèves de l’enseignement public (Peep), cet enseignement à distance a été très « inégal ».

Ces longues semaines sans école, qui ont pesé sur le quotidien de nombreuses familles, ont aussi exacerbé les inégalités scolaires. Le premier confinement a accru le décrochage et a notamment fait baisser les résultats des élèves les plus défavorisés, selon une récente étude du ministère.

« Nous n’étions pas prêts, ceux qui s’en sont sortis le mieux sont ceux qui avaient les codes de l’école », souligne Mme David. « Aucun prof ne souhaite revivre cela. »

La persistance du virus après les vacances d’été, puis sa recrudescence, ont continué de mettre le monde scolaire à rude épreuve.

« Extrême inventivité »

Quand de nombreux pays frontaliers de la France ont refermé leurs écoles, le gouvernement a martelé qu’il fallait les maintenir ouvertes le plus possible pour lutter contre le décrochage et permettre aux parents de continuer à travailler.

« Notre boussole, c’est de dire que la dernière chose qu’il y aurait à fermer en cas de durcissement des mesures, c’est l’école », répète comme un mantra le ministre de l’Éducation nationale.

Mais comment ? Pas moins de cinq protocoles sanitaires ont été publiés qui ont alternativement desserré ou durci les contraintes pesant sur l’organisation des écoles, collèges et lycées. Port du masque en primaire, nettoyage renforcé, limitation du brassage à la cantine, suspension provisoire du sport en intérieur…

Les nouvelles consignes, souvent édictées la veille pour le lendemain, ont encore accru la charge des chefs d’établissement.

« On nous a demandé de faire preuve d’une extrême inventivité en nous adaptant à un rythme qui n’est pas du tout la vitesse de croisière de l’Éducation nationale », souligne Philippe Vincent, le secrétaire général du SNPDEN, premier syndicat des chefs d’établissement. 

Depuis début novembre, deux tiers des lycées ont basculé en mode « hybride », mêlant présentiel et enseignement à distance, pour faire baisser les effectifs. Mais alors que les premières épreuves du bac approchent, les lycéens s’inquiètent de ne pas être suffisamment préparés.

L’an dernier, le baccalauréat avait été entièrement délivré sur la base du contrôle continu, faisant exploser le taux de réussite.

Il faudra quoi qu’il arrive tirer pour l’éducation les bilans de cette crise, s’accordent à dire les acteurs du secteur. « L’enseignement à distance est un champ d’innovation qu’on ne pourra pas laisser en jachère mais qu’on n’a pas encore eu le temps de défricher », avance Philippe Vincent, qui espère qu’on pourra « en tirer des bénéfices à l’avenir ».

« Il faudra qu’on prenne en compte cette crise pour embaucher davantage », plaide pour sa part Guislaine David qui s’attend à des répercussions « durables » sur le niveau de certains élèves.

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