Les aires éducatives, pour sensibiliser les enfants à l’environnement

Éducation

Équipés d’un panier, des enfants récoltent des échantillons de plantes sur la plage de Cayeux-sur-Mer, d’autres examinent les déchets rejetés par la mer. Leur classe de CM1-CM2 participe à un programme pour sensibiliser les enfants à la nature et à la citoyenneté.

Ces 14 élèves de l’école Saint-Joseph parcourent le rivage de cette bourgade dans la Somme. Leur après-midi de cours a commencé par l’examen d’une photographie aérienne du littoral, avec les falaises d’Ault au sud de la ville, les galets qui ont fait la fortune de Cayeux-sur-Mer, les épis de béton construits pour protéger la ville des assauts de la mer. Place ensuite au terrain. Encadrés par leur institutrice, Ivone Da Silva, et Sophie Helene, fondatrice de l’association SOS Laisse de mer, ils s’élancent sur le sentier du littoral au bout du chemin de planches. « J’aime bien, ce n’est pas du travail », confie une des élèves, Éléonore, ravie de cette classe au grand air. Dans le panier qui passe de main en main s’accumulent des échantillons de plantes à étudier plus tard en cours. Sophie Helene fait goûter les fruits d’un petit arbuste, l’argousier et explique ses vertus désinfectantes. D’autres enfants traquent la présence de lapins ou de renards.

Les aires éducatives, marines ou terrestres, sont développées par l’Office français de la biodiversité (OFB). Le concept né, en 2012 aux Marquises, de la volonté d’enfants de protéger la baie devant leur école, a depuis essaimé à travers toute la France. Il est ouvert aux classes de CM1 jusqu’à la 3e. Le principe d’une aire éducative est d’avoir un petit territoire naturel géré par les écoliers via un « conseil des enfants », en partenariat avec différents acteurs présents sur le terrain (associations, municipalités, acteurs économiques, etc.). Ivone Da Silva a lancé sa classe dans l’aventure l’an dernier. Elle a renouvelé l’expérience avec plaisir à la rentrée. « J’y ai vu l’opportunité de lier toutes les compétences que je dois travailler avec les enfants : sciences, géographie, français, etc. et des activités nature », explique l’institutrice. « Les enfants vivent sur un territoire extraordinaire qu’ils ne connaissent pas » et qu’ils découvrent par ce biais, poursuit-elle.

Éco-citoyens

En 2020-2021, ils ont étudié l’exploitation industrielle des galets pour le BTP et imaginé un dispositif pour faire connaître le patrimoine de leur ville aux touristes, avec le soutien de la mairie, alors que le Covid-19 a compliqué les sorties sur le terrain. « La logique du projet est de former des éco-citoyens », fait valoir Line Viera, du Parc naturel marin des estuaires picards et de la mer d’Opale, qui fait partie de l’OFB. Les inscriptions sont ouvertes chaque année entre mars et juin. L’OFB dispose de 600 000 euros sur deux ans pour soutenir ces aires, par exemple par l’achat de matériel (loupes, jumelles, etc.). L’Office met aussi les classes en contact avec des experts scientifiques ou des aires éducatives entre elles.

À partir de leurs observations sur le terrain et de leurs interrogations, les élèves vont déterminer leur projet pour l’année en cours. « Pourquoi on jette dans la nature tous ces déchets, c’est ça ma question », s’interroge Timéo, en brandissant des bouts de filets de pêche qu’il a trouvés sur la plage au niveau de la laisse de mer, ces débris déposés par l’océan à marée haute, avant de les mettre dans un sac poubelle. « La sensibilisation est fondamentale pour faire comprendre aux enfants qu’ils habitent un territoire splendide mais fragile », avec des terres très plates, les bas-champs, fait valoir Sophie Helene. En 1990, une forte tempête noyait la ville, avant que la digue soit renforcée. « Les enfants apprennent mieux quand ils sont acteurs de leur apprentissage », complète Ivone Da Silva. La méthode semble porter ses fruits. « Il faut à tout prix ramasser les déchets, sinon ça pollue la terre et la mer », commente Timéo. Avec les aires éducatives, « on va dans la nature et on montre vraiment ce qu’il faut faire », développe le petit blond. « et ne pas faire », complète sa camarade Chloé, couettes au vent.

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