Une rentrée scolaire 2026-2027 normale dans un contexte qui l’est moins

Publié aujourd'hui à 11h50 - par

Au sortir d’un été caniculaire précoce, face à un débat toujours plus vif sur la place des écrans et des portables à l’école, sans oublier les violences sexuelles sur les enfants dont les chiffres sont tout aussi… violents, Édouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale, entend s’inscrire dans la continuité tout en prenant en compte ces évolutions sociétales et environnementales. Et ce d’autant plus que cette rentrée scolaire est la dernière avant l’élection présidentielle de 2027, où l’éducation sera visiblement l’un des thèmes forts de confrontation entre les candidats.

Une rentrée scolaire 2026-2027 normale dans un contexte qui l'est moins
© Par Florence Piot - stock.adobe.com

Le contexte, autant le reconnaître d’emblée, n’est pas simple. Comment se projeter dans l’avenir quand on est ministre et qu’une échéance électorale aussi importante que celle de la présidentielle (18 avril et 2 mai 2027) se profile ? Comment rassurer les personnels éducatifs face à la perspective d’une victoire de l’extrême droite ? En même temps, comment ne pas aborder le thème brûlant des écoles bouilloires, du danger des réseaux sociaux, des violences sexuelles, etc. ? C’est à cet exercice d’équilibrisme que le ministre de l’Éducation nationale s’est livré, au cours de sa conférence de presse de rentrée, tenue le 25 août : tenir le cap des réformes engagées tout en renforçant la mission protectrice de l’Éducation nationale.

Horizon septembre 2026

Édouard Geffray n’est pas un politique. Mais il a l’avantage de bien connaître les élus, puisqu’il fut directeur général de l’enseignement scolaire (DGESCO), sur un temps long (2019-2024). Il ne fallait donc pas s’attendre de sa part à répondre à distance aux deux entretiens réalisés dans Le Monde et le Figaro de Gabriel Attal, ancien ministre de l’Éducation nationale, et d’Édouard Philippe, le jour même de sa conférence de presse. Le premier entend rétablir le certificat d’études et fermer les « collèges ghettos », le deuxième veut augmenter en cinq ans le salaire des enseignants de 20 % et « mettre le paquet sur la maternelle et le primaire ». Pour sa première et sans doute dernière conférence de presse de rentrée, Édouard Geffray n’a consenti qu’à une simple parole politique : « Tout le monde regarde vers avril 2027, je préfère regarder vers septembre 2026 ». Ajoutant cependant, dans le cadre d’un entretien avec la presse régionale en amont de sa conférence de presse, que le ministère veillerait que « tout et n’importe quoi ne soit pas dit sur l’école » pendant la campagne présidentielle. Nous y sommes bientôt : la semaine prochaine, 11,6 millions d’élèves reprendront le chemin de l’école, le million de personnels divers étant déjà sur le pont.

Portables au placard, mieux détecter les violences sexuelles…

Dès le mois de mai, le ministre avait préparé le terrain, assurant que la rentrée « ne sera pas celle de nouvelles réformes structurelles, mais verra la consolidation des réformes engagées ». Les canicules et la montée en puissance des violences sexuelles exercées sur les enfants ont obligé le ministre à quelques adaptations. Le calendrier des examens sera repensé afin d’organiser toutes les épreuves le matin, pour que les élèves puissent défendre leurs chances sans risquer un malaise. Un nouveau barème de correction sera instauré pour tenir compte du niveau de langue des copies, qui ne cesse en effet de se dégrader. Le ministère rajoutera certaines questions sur les violences sexistes et sexuelles au questionnaire annuel sur le harcèlement soumis à l’automne aux élèves de la grande section de maternelle à la terminale ; 10 millions d’élèves sont désormais concernés, les dernières statistiques effrayantes laissant supposer, mathématiquement, que deux à trois élèves sont confrontés à des violences sexuelles dans une classe qui en compte trente ! Le téléphone portable au lycée est interdit, la loi vient d’être promulguée.

Le débat sur l’avenir de l’école n’est pas encore lancé

Édouard Geffray est chargé, d’une certaine manière, de fermer le ban d’un quinquennat marqué par l’instabilité ministérielle et donc par l’insoutenable fragilité des promesses émises. Sept ministres se sont succédés à la Rue de Grenelle depuis 2022 ! La réforme du lycée général et du lycée professionnel est restée dans les cartons ; le « choc des savoirs » souhaité par Gabriel Attal, avec formation de groupes de niveau et l’obligation de décrocher le brevet des collèges pour entrer au lycée, n’a pas atteint son ambition initiale. Quant à la promesse d’augmenter le salaire des enseignants de 10 %, formulée par Emmanuel Macron pendant la campagne, elle n’a pas été tenue. Beaucoup d’observateurs et d’acteurs assurent que le corps enseignant est malade, Sophie Vénitay, secrétaire général du SNES-FSU, évoquant, dans les colonnes du Monde (26 août), « une accélération du désenchantement des personnels ». À notre connaissance, les associations d’élus locaux n’ont pas encore réagi à la conférence de presse du ministre. Sur la création d’un nouveau statut des AESH ou encore sur la carte scolaire et les conséquences de la chute de la démographie scolaire (Ndlr, à horizon 2035, le système éducatif devrait perdre 1,7 million d’élèves par rapport à la rentrée 2025), les débats ne manqueront pas. Ils auront certainement lieu avec un autre ministre qui, en bon serviteur de l’État, entend mener sa mission jusqu’au bout.

Stéphane Menu


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