Grand débat : des citoyens tirés au sort et indemnisés par la région

Élus

Cent citoyens, tirés au sort, pour la moitié d’entre eux, et indemnisés à hauteur de 70 euros chacun : c’est le format retenu par la région Bourgogne-Franche-Comté pour une « journée citoyenne » consacrée aux mobilités en milieu rural, organisée samedi 2 mars 2019 pour alimenter le grand débat.

L’autre moitié des participants à cette journée, organisée en simultané à Corbigny (Nièvre) et Amblans-et-Velotte (Haute-Saône), sera « issue du volontariat », précise le site internet de la collectivité. Les frais de transports seront remboursés.

« Une petite contribution » au grand débat qui est loin d’être une première dans la région : « elle s’inscrit dans la suite de toutes les journées citoyennes » déjà organisées sur des thématiques comme la transition énergétique ou l’Europe, fait valoir Marie-Guite Dufay, sa présidente (PS).

« La démocratie a un prix. On n’envoie pas les gens faire du café du commerce », ajoute l’élue, balayant les objections sur le coût – de l’ordre de 50 000 euros – ou les critiques récentes du Rassemblement national, qui dénonce une indemnisation « en totale contradiction avec la déontologie et l’esprit du grand débat national ».

Cette indemnisation « fait partie des grands principes de la démocratie participative en mettant les gens à égalité » et permet « d’éviter que des personnes ayant des budgets serrés ne viennent pas », argumente Mme Dufay. « A l’instar des jurys d’assises, c’est une reconnaissance du temps citoyen volontaire ».

Le tirage au sort ne se fait pas sur les listes électorales : la région fait appel à une entreprise d’études de marchés basée à Rennes, IRS, qui utilise sa propre base de données et fait appel à des recruteurs sur le terrain ou encore au « bouche à oreille ».

Les participants sont aussi sélectionnés en fonction de certains critères : parité homme-femme, classe d’âge ou catégorie socio-professionnelle. Dans le cas de la journée de samedi sur la « mobilité en milieu rural », les profils purement urbains ont par exemple été écartés.

« Critère de différenciation »

Ces « minis-publics délibératifs », composés de personnes « souvent tirées au sort et indemnisées », sont une pratique plutôt courante de la démocratie participative à l’échelon régional, où ils existent en France depuis une quinzaine d’années, selon le politologue Guillaume Gourgues, spécialiste de la question.

« C’est un principe méthodologique très consensuel », découlant de l’idée d’avoir « un public le plus divers possible, avec des origines sociales, des conditions de vie différentes », précise le maître de conférences en science politique à l’Université Lumière Lyon-2.

La démocratie participative est aussi un « critère de différenciation » politique des conseils régionaux de « gauche plurielle » par rapport à la droite, relève M. Gourgues.

Mais les conséquences concrètes de ces mécanismes en termes d’actions publiques sont, selon lui, « très faibles » dans la mesure où ce sont « les autorités publiques qui décident du cadre et des effets ».

La journée citoyenne de samedi, sur la mobilité, « va se traduire concrètement, je m’y engage », répond Marie-Guite Dufay. Les participants remettront un avis : « Si ce n’est pas suivi d’effet, très vite cela se sait ».

Les citoyens « se sentent reconnus, entendus », ajoute l’élue, qui organise des journées de ce type depuis 2008, en Franche-Comté puis dans la nouvelle région fusionnée, et prévoit de mettre en place avant la fin de l’année un budget participatif – pour mettre en œuvre des projets choisis par les habitants.

La journée citoyenne de Bourgogne-Franche-Comté préfigurera les « conférences citoyennes régionales » annoncées début janvier par le Premier ministre, Édouard Philippe : à la fin du processus du débat, une centaine de Français dans chaque région donneront leur avis sur ce qu’ils auront entendu.

Les participants seront, là aussi, tirés au sort, mais à partir des répertoires téléphoniques.

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Relever les défis du Grand Débat National : mettre en œuvre la concertation et la médiation

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La médiation comme le consensus sont des biens communs que les hommes s’efforcent de cultiver pour faire société. En France pourtant, le consensus et la médiation semblent comme être tombés en jachère, ce qui pourrait en partie expliquer la force et la violence des soubresauts de ces derniers mois. Car si une recherche de consensus avait eu lieu en amont, la situation actuelle serait certainement fort différente.

Le plus souvent, un conflit ne fait tout simplement pas l’objet d’un traitement. On espère généralement qu’il s’éteigne. Les parties prenantes, individus ou groupes, ne trouvent alors aucune occasion de s’exprimer, de débattre ou tout simplement d’être écoutées et entendues. Rien n’étant mis en place pour absorber les tensions et les traiter, la douleur, la frustration, l’absence de reconnaissance restent vives, le temps et le silence ne faisant que les exacerber.

Ne soyons toutefois pas angéliques, le conflit est aussi le ferment de l’humanité, mais à la manière dont le décrit Michel Wieviorka lors du colloque du 20e anniversaire de la médiation : « Une société n’est pas faite d’atomes tous identiques, elle est faite d’individus différents, de groupes sociaux, culturels, religieux distincts, ce n’est pas un tout homogène, même si bien des catégories que nous utilisons pourraient le donner à penser – nation, peuple, république par exemple. Nous ne sommes pas seulement des Français, des citoyens ou des individus libres et égaux en droit, nous sommes aussi des personnes singulières pouvant avoir des points de vue différents, contradictoires, opposés, des intérêts divergents, des identités distinctes. La société est une et multiple ».

Alors, tirons profit de cette analyse et formons-nous à la méthodologie et aux pratiques de la concertation, emboîtons le pas à  Hervé Chavas et Isabelle Ruisseau qui nous invitent, grâce à la médiation et au consensus, à privilégier l’échange, la controverse, la recherche de compromis et à les considérer comme autant de précieux trésors. Ce n’est qu’ainsi que nous parviendrons à sublimer ces « intérêts divergents » et ces « identités distinctes » pour mieux en atténuer les effets les plus pernicieux, dont la violence n’est pas le moindre.

Pour en savoir plus, vous pouvez télécharger gratuitement le Focus « Relever les défis du Grand Débat National : mettre en œuvre la concertation et la médiation » réalisé par les Éditions WEKA en collaboration avec le Réseau Service Public.

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