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Trébry, 779 habitants, sa mairie, son clocher et sa station-service communale

Publié le 10 janvier 2023 à 8h00 - par

« C’est très avantageux pour nous ! ». À Trébry, comme dans d’autres villages des Côtes-d’Armor, des mairies ont décidé de devenir propriétaires et gestionnaires de stations-service, un service offert à la population affichant un prix à la pompe compétitif.

© Kanpisut - stock.adobe.com

Quand Karine Tellier, originaire de la région lyonnaise, a posé ses valises à Trébry, elle a été « très surprise » de découvrir une station-service communale, en plein centre de ce village rural de 779 habitants, à côté de l’église et d’un calvaire.

« Je viens d’une région où les petits villages n’ont pas du tout de station essence, il faut aller dans les grands centres commerciaux. Et fut un temps dans les villages, il y avait des stations essence, mais elles étaient très chères alors que celle-ci est moins chère qu’au Leclerc », constate cette infirmière de 53 ans.

L’idée a germé en 2019, lors de la rénovation du bourg, à l’endroit où existait naguère une station-service privée. « Plutôt que de faire 15 km pour aller à Lamballe, on s’est dit que ce serait mieux de consommer sur place, d’autant que notre commerce-épicerie-bar-tabac jouxte la station-service », explique le maire Daniel Commault, ancien agriculteur.

Il en a coûté ainsi 120 000 euros pour le changement des cuves et le montage de la station, par le biais d’un prêt remboursable sur 15 ans, le tout figurant dans un budget annexe de la commune.

Dans son modeste bureau où est affichée la Déclaration des Droits de l’Homme, le maire se connecte lui-même à un logiciel pour consulter les volumes et appeler si besoin les fournisseurs pour l’achat du carburant.

En ce début janvier, la cuve de diesel affiche 3 119 L sur 12 000 L maximum tandis que la cuve de sans-plomb est à 2 983 L pour une capacité de 8 000 L. Sur l’ensemble de la matinée, seules dix personnes y ont rempli leur réservoir, tandis que la moyenne journalière n’excède généralement pas 700 litres.

« Un service à la population »

Le prix à la pompe, moins soumis aux aléas du baril car ne variant que lors du remplissage des cuves qui ont lieu environ toutes les trois semaines, y est compétitif : 1,699 euros le litre de SP 95 et 1,809 euros le gazole.

« En aucun cas le but est de faire des bénéfices : c’est un service à la population pour que les gens ne fassent pas des kilomètres inutiles. On prend une marge de 5 centimes sur le prix d’achat du carburant pour rembourser le prêt et les différents frais, comme la maintenance », argumente M. Commault.

À une dizaine de km plus au sud, la mairie nouvelle du Mené a elle investi 270 000 euros pour deux stations-service communales, une au Collinée (un millier d’habitants) et une au Gouray (1 270 habitants).

« Le pari a été gagnant », se félicite le maire du Mené Gérard Daboudet, devant l’une des deux stations-service, avec une signalétique discrète, où l’on paye par carte bancaire. « C’est un service qui est rendu à la population et qui est satisfaisant pour tous. Les gens l’ont intégré dans leurs services communaux », glisse l’édile.

Au Gouray, Magalie Brouazin, aide-soignante de 21 ans, achève de faire le plein, « le moins cher du coin », évitant aussi « de faire des allers-retours à Lamballe où justement on peut perdre de l’essence » en allant y remplir son réservoir.

Mais pourquoi d’autres communes n’ont-elles pas aussi emboîté le pas ? « Je pense que c’est une inquiétude des élus. Si on fait une station qui ne fonctionne pas, on aura un budget déficitaire », estime M. Daboudet.

Pas de crainte de cette nature dans sa commune, car l’année 2022 s’est achevée avec un bénéfice sur les stations-service avoisinant les 10 000 euros, « un matelas qui nous permettra de rénover les pompes quand le besoin s’en fera sentir », dit-il.

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