Communauté urbaine de Bordeaux (CUB) : une thermographie pour des maisons mieux isolées

Énergie

Pour convaincre les habitants qu’une maison est mal isolée, rien de mieux qu’une thermographie aérienne ! La communauté urbaine de Bordeaux a tenté cette expérience aussi fructueuse que complexe.

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En décembre 2008, la communauté urbaine de Bordeaux attribuait le marché relatif à la réalisation d’une thermographie aérienne à infrarouges pour un budget estimé à 300 000 euros. Ce cliché effectué à partir d’un avion ou d’un hélicoptère en hiver, au moment où les habitants se chauffent, permet de mesurer la déperdition de chaleur des maisons. Des données qui peuvent être utiles aux habitants comme aux villes.

« Dans le cadre du Plan Climat, nous avons décidé d’utiliser cet outil pour sensibiliser les populations aux dépenses d’énergie de leurs logements. Il existe peu de moyens pour mobiliser les citoyens sur cette problématique. Des collectivités comme Dunkerque ont déjà utilisé cet outil. Elles ont été contentes de son impact », explique Julien Cottin, chargé de projet Plan Climat à la communauté urbaine de Bordeaux. Ce marché est passé pour les 27 villes de la communauté urbaine, sans Bordeaux, pour qui le travail a déjà été effectué. « Il a fallu deux ans entre la prise de renseignement, et l’accord des communes », explique le chargé de projet Plan Climat, qui pour rédiger son marché consulte les cahiers des charges existants sur le sujet.

Survol, analyse et communication

Cet appel d’offres ouvert est composé de trois phases : le survol et l’acquisition des données sur zone ; l’analyse et la restitution des données ; le transfert de compétences et l’accompagnement pour la communication des résultats. Concernant la photographie aérienne, une précision de 50 centimètres est demandée pour distinguer les déperditions de chaque bâtiment. « L’image doit comporter six niveaux de mesures de déperditions minimum avec le code couleur associé », peut-on lire dans le cahier des clauses techniques particulières (CCTP). « 30 ou 50 centimètres : le rendu est aussi efficace mais le prix fait plus que doubler », explique Stéphane Gouttebessis, directeur de la société ITC (Infrarouge Technologie Contrôle), qui a obtenu le marché avec les sociétés Aerodata et I2G (Ingénierie de l’information géographique) pour un montant de 262 190 euros. Les critères de sélection de l’offre reposent à 45 % sur le prix et à 55 % sur la valeur technique. Cette dernière se décompose ainsi : 20 % pour la première phase, 40 % pour la seconde et 40 % pour la troisième. « Le survol et l’acquisition : l’entreprise sait le faire ou pas. Les autres phases sont plus compliquées et plus importantes », explique Caroline Hanou, rédactrice du dossier de consultation aujourd’hui instructeur urbanisme. Le mémoire technique demandé doit détailler les informations à fournir concernant le transfert de compétence (modalités, support, etc.), l’accompagnement lors de la présentation des résultats (présentation lors de manifestations publiques, proposition de contenu, etc.), l’interprétation et la restitution des clichés (paramètres du cliché, type de fichier, description de la mosaïque de couleurs, etc.) et prises de vue (organisation de la mission, appareil de vol, matériel, méthode employée pour le géoréférencement, etc. ). Des informations qui pour Stéphane Goutebessis sont parfois inadaptées : « Les collectivités reproduisent le cahier des charges de Dunkerque aux informations dédiées à ce marché ou obsolètes. La longueur de l’infrarouge (9,2 micromètres) ne correspond à rien. En revanche, les collectivités spécifient mal la zone à couvrir. Elles notent  » 100 % du territoire  » alors que seules les zones urbaines les intéressent. En fournissant une emprise au format vectorisé, nous pourrions faire des offres plus fines et réalistes. »

 


Entretien avec Julien Cottin, chargé de projet Plan Climat et Caroline Hanou, rédacteur du cahier des charges à la communauté urbaine de Bordeaux
 

« Si on passe le marché trop tard, on est obligé d’attendre l’hiver d’après »

 

HA : Pourquoi réaliser une thermographie de la communauté urbaine ?

Julien Cottin : Nous avons pensé qu’en la réalisant à l’échelle de l’agglomération, soit 27 communes, nous pourrions maîtriser les coûts et uniformiser les informations obtenues.

HA : Quelles informations avez-vous glané auprès des autres collectivités ?

J.C. : Je me suis aperçu que le prix variait en fonction du territoire couvert et de la densité urbaine ainsi que de la qualité de restitution des données.

HA : Vous avez choisi une période de 36 mois pour la réalisation du marché, pourquoi ?

J.C. : Les conditions nécessaires à la réalisation d’une thermographie aérienne ne sont pas toujours simples à obtenir. Le survol s’effectue la nuit. Nous avons choisi le matin avant le lever du jour car il nous semblait que la demande de chauffage serait plus importante. Il faut être en hiver, qu’il fasse froid, que les gens soient chez eux et se chauffent. Les vacances et les week-ends sont à éviter. Aussi, nous nous sommes dit que si un hiver les conditions n’étaient pas réunies, on pourrait essayer en année une ou deux. Le survol s’est déroulé à la mi-février 2009. Jusque cette date, les conditions n’étaient pas réunies.

HA : Quand faut-il prévoir de passer ce type de marché ?

J.C. : C’est un marché saisonnier qui doit se dérouler en automne ou en hiver. Aussi, il faut se pencher sur ce projet avant l’été. Si on passe le marché trop tard, on est obligé d’attendre l’hiver d’après…

HA : Pourquoi demander un site web ?

J.C. : La thermographie est avant tout un outil de communication. Internet était, pour nous, indispensable parce qu’il permet une communication de masse. Nous misons sur ce site dont nous allons faire la promotion.

HA : Pourquoi souhaitez-vous une formation au logiciel de traitement des données ?

J.C. : Nous allons présenter une image aux habitants de la communauté mais nous allons aussi exploiter les données recueillies. Or, pour bien interpréter la thermographie et avoir une vision pertinente des résultats, la formation des utilisateurs de la communauté urbaine et des utilisateurs des communes nous semblait importante.

HA : Quelles ont été les difficultés rencontrées ?

Caroline Hanou : Le plus délicat a été d’aménager les phases entre elles (le survol, le transfert de compétence, l’accompagnement pour la communication des résultats). En effet, la prise de vue devait se dérouler l’hiver en fonction des aléas météorologiques, la seconde phase, à savoir la communication des résultats, devait être réalisée avant le 10 mai coûte que coûte et la troisième phase, à savoir la formation, avant le 15 mai 2009. Cela pour ensuite pouvoir présenter les résultats au public le 19 mai 2009 lors de la foire de Bordeaux.

HA : Qu’avez-vous prévu quant au droit d’usage des données ?

C.H. : Nous avons spécifié le droit d’usage et d’exploitation des fichiers afin de ne pas avoir à repayer pour l’utilisation des données. Nous avions été confrontés à ce problème lors d’un marché concernant le service informatique.

Aussi avons-nous précisé que nous souhaitions cinq licences pour la communication et la présentation des données sur Internet ainsi que la mise à disposition d’un CD-Rom. Nous demandons aussi le droit de reproduction électronique.

HA : Quel a été le résultat de l’appel d’offres ?

J.C. : Nous avons reçu quatre offres. Nous avions reçu des « échantillons de restitution des données », c’est-à-dire des cartes aériennes en couleur. Grâce à elles, nous pouvons décider quelle carte nous souhaitons mettre à disposition du public. Certaines cartes étaient agréables à visualiser, d’autres non. Côté interface web et visuelle, cette carte sortait du lot. Nous avons choisi l’offre qui était la plus intéressante d’un point de vue technique et la deuxième moins chère.

Entretien réalisé par Valérie Siddahchetty

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