C’est un sacré dilemme que la prochaine ou le prochain président devra trancher (si tant est que les priorités avancées par le HSCP recouvrent les leurs). Le Haut-commissariat, présidé par Clément Beaune, ancien ministre macroniste, a pour mission de susurrer quelques conseils à l’État pour lui permettre de fixer un cap prenant en compte les contraintes qui sont les siennes. Sur le budget, le diagnostic est aisé à formuler : il est dans un état catastrophique et personne ne le conteste. Mais comment éviter une grande dérive budgétaire dans les années à venir tout en traitant des urgences qui, elles aussi, quelles que soient les analyses politiques et les solutions envisagées, ne souffrent pas la contestation ?
Les chiffres fous si rien n’est fait
Il faudra d’abord consentir un effort de 140 milliards sur 5 ans pour maîtriser la dépense, peut-on lire dans l’étude sur les finances publiques du pays aux horizons « 2035-2050 », ce qui équivaut à un effort de 4,4 points de PIB. La situation budgétaire est déjà bien dégradée : la dette publique s’élève à 115,6 % du PIB en 2025, ce qui place la France sur le podium des dettes européennes les plus élevées, seuls la Grèce et l’Italie faisant pire. Si aucune réforme structurelle est engagée, la dette publique gonflerait à 245 % du PIB en 2050. Scénario dystopique qui présente l’avantage de savoir comment la situation empirerait sans action roborative. Le poids de la dette, les défis de financement à venir sur le vieillissement de la société, l’adaptation au changement climatique ou encore le financement militaire face à la menace russe conduisent les auteurs de l’étude à formuler trois propositions.
Les deux scénarios du HSCP
Le HSCP a testé deux scénarios, un pessimiste, l’autre plus optimiste, les deux étant testés si aucune réforme structurelle était lancée sur le plan budgétaire. Dans la version la plus optimiste, la productivité du travail accélère, du fait d’une meilleure infusion de l’intelligence artificielle (IA) dans le monde professionnel, les taux d’intérêt faiblissent et le chômage structurel passe à 5 % au lieu de 7 % : la charge de la dette serait tout de même de 146 % du PIB en 2050. Le second est nettement plus trash : les gains de productivité décélèrent, le réchauffement climatique pèse négativement sur la croissance du PIB, les taux d’intérêt sont à la hausse et le chômage finit par tutoyer les 10 % : la dette atteint alors les 245 % du PIB. « Ces scénarios des finances publiques montrent les risques, et la nécessité d’une action rapide. Sinon, nous tomberons dans une spirale d’endettement qui peut devenir, assez rapidement, inextricable et insoutenable », confirme Clément Beaune.
Défense et réchauffement climatique, les deux priorités indépassables
Quelles sont donc les trois propositions ? La première consiste donc à décréter une grosse cure d’amaigrissement de 140 milliards d’euros sur cinq ans. Plusieurs leviers doivent être activés en même temps, assure Clément Beaune : « On ne peut pas isoler certains leviers. Ces derniers sont connus : baisse des dépenses, hausse des prélèvements ou réformes favorables à l’emploi et la productivité. Une combinaison de ces leviers sera indispensable, nécessitant de faire des choix démocratiques courageux et d’adopter des priorités claires ». La deuxième solution pousse à investir dans des secteurs indispensables (éducation, recherche, cohésion sociale…) pour que le pays retrouve des couleurs sur un plan économique. Des investissements qui auraient pour effet de « renforcer durablement la résilience du pays, sa croissance et la soutenabilité des finances publiques ». Il faudra ainsi continuer à investir dans la transition écologique et la défense, et sanctuariser 200 milliards d’euros d’ici 2031 pour relever le gant dans les deux domaines suscités. Dernière recommandation : la mise en place d’une autre gouvernance budgétaire avec, notamment des pouvoirs renforcés pour le Parlement. Cette gouvernance serait « davantage pluriannuelle donnant plus de visibilité aux choix publics ».
Le débat budgétaire sur 2027 peut commencer…
Cet appel à une indispensable rigueur budgétaire s’inscrit dans le sillage du constat réalisé par plusieurs économistes qui ont rendu leurs conclusions au Premier ministre récemment (le 15 juillet). Ces derniers avancent l’idée d’une « année blanche » sur un plan budgétaire, ce qui consisterait à reconduire à l’identique les montants des dépenses de l’année précédente, de geler le barème de l’impôt sur le revenu, des pensions de retraite et autres prestations sociales, en les désindexant du rythme de l’inflation. Pour l’heure, alors que les discussions autour du budget 2027 promettent d’être ardues, le gouvernement souhaite limiter la hausse des dépenses des ministères à 0,4 %, soit 1,5 milliard en plus, en dehors de la dette et de l’armée. L’organisme appelle ainsi à faire « des choix démocratiques courageux » et à définir des « priorités claires ». Les candidats à l’élection présidentielle ne devraient pas échapper à ces questions existentielles.
Stéphane Menu
