« L’occasion de tordre le cou à la réputation complaisamment diffusée par certains acteurs politiques que les banlieues seraient le tonneau des Danaïdes des finances publiques », réagit Camille Vielhescaze, vice-président et président de la commission finances de Ville & Banlieue, 1er adjoint au maire de Cachan (94).
Le meilleur moyen de battre en brèche les idées racornies est de faire parler les chiffres. Pour ce faire, Ville & Banlieue a demandé à l’AFL de faire mouliner son logiciel de notation financière, qu’elle utilise pour d’autres associations d’élus, afin de disposer d’une vision claire de la trajectoire budgétaire des collectivités disposant d’un ou de plusieurs QPV au regard de celles qui n’en ont pas. Cette étude comparative débouche sur un premier constat : « Les communes avec QPV ont des marges de manœuvre moins importantes que les autres collectivités de même strate. Cependant, elles poursuivent leurs investissements en recourant à l’emprunt », explique Yann Doyen, directeur des engagements de l’AFL. La note AFL attribuée à chaque collectivité (de 1 à 7, 1 étant la meilleure) repose sur trois critères : la solvabilité (55 %), le poids de l’endettement (20 %) et les marges de manœuvre budgétaires (25 %).
Un niveau d’endettement plus élevé
En 2025, la note des communes avec QPV est de 3,61 contre 3 pour celles de plus de 3 500 habitants ne disposant pas de QPV. De 2019 à 2025, à savoir la période analysée, cet écart reste à peu près stable. Mais l’étude révèle cependant que les communes avec QPV « disposent d’un taux d’épargne brute plus faible (12,7 % contre 15,7 %) et d’un niveau d’endettement plus élevé (70,3 % contre 58,4 %) ». Cette plus grande tension budgétaire n’affecte pas pour autant leur niveau de solvabilité, qualifié de « gestion financière maîtrisée » par l’AFL.
Les coûts de la cohésion sociale
Malgré ce contexte budgétaire plus contraint, les communes avec QPV maintiennent un effort d’investissement « soutenu ». « En 2025, elles consacrent en moyenne 396 euros par habitant aux dépenses d’équipement, contre 464 euros pour les autres communes de plus de 3 500 habitants », peut-on lire dans l’étude. Si le mécanisme de solidarité financière fonctionne à l’échelle du pays, les dotations de fonctionnement par habitant étant plus élevées dans les communes avec QPV que dans les autres communes (381 € contre 258 €), ces dernières sont insuffisantes pour compenser « le niveau plus élevé de leurs dépenses de fonctionnement et rétablir des capacités financières comparables à celles des autres communes ».
Maire de Chanteloup-les-Vignes, vice-présidente de Ville & Banlieue, Catherine Arenou insiste sur le fait que les services à la population « sont plus mobilisés dans les QPV, vis-à-vis des populations en difficulté, notamment dans le domaine de la petite enfance, par exemple. Nous avons ainsi plus de frais relevant de la cohésion sociale ». Les subventions d’investissement sont moins élevés dans les communes avec QPV par habitant (88 € contre 99 €), ce chiffre étant cependant quelque peu relativisé par le fait que les communes avec QPV de plus de 20 000 habitants sont plus nombreuses que celles situées en deçà de cette jauge démographique.
Un investissement plus faible que dans les communes sans QPV
Sans surprise, les marges d’autofinancement étant plus limitées mais les besoins plus élevés, le recours à l’emprunt est plus régulièrement activé pour financer les investissements dans les QPV. L’écart est assez significatif avec les communes sans QPV : en 2025, l’emprunt représente 33,4 % des dépenses réelles d’investissement, contre 21 % dans les communes sans QPV. « Il est paradoxal de constater que les communes avec QPV sont obligées de s’endetter un peu plus que les autres sans pour autant parvenir à une situation équilibrée, puisqu’elles investissent 15 % de moins par habitant », affirme Camille Vielhescaze. En affinant les strates de collectivités, il appert que les communes avec QPV de plus de 20 000 habitants s’endettent plus que leurs homologues de 3 500 à 10 000 habitants. « C’est la première étude que nous réalisons avec l’AFL. L’objectif est de lutter contre l’idée que les banlieues coûtent trop chères au pays », explique Catherine Arenou.
L’épargne s’affaiblit, l’endettement progresse
« Cette étude nous permet de passer trois messages. Le premier consiste à dire que les villes abritant des QPV ne gèrent pas plus mal les deniers publics que les autres communes. Le deuxième, c’est le constat que d’année en année, notre épargne est plus faible et notre endettement progresse, nous sommes donc confrontés à une inégalité de traitement dont pâtissent les habitants. Nous demandons qu’un certain nombre de fonds, comme le fonds vert, puissent mieux être fléchés vers nos communes, où les besoins sont plus importants », conclut Camille Vielhescaze.
Stéphane Menu