La Fédération hospitalière de France (FHF) a pris acte, le 18 juin 2026, des orientations de la campagne budgétaire 2026 des établissements et services médico-sociaux (ESMS) accueillant des personnes en situation de handicap et des personnes âgées, définies par une instruction adressée deux jours plus tôt aux directeurs généraux des Agences régionales de santé (ARS). La Fédération regrette « leurs ambivalences. » Si plusieurs engagements gouvernementaux sont maintenus, les financements annoncés demeurent insuffisants pour faire face à la hausse réelle des charges et aux difficultés structurelles qui frappent les établissements publics, s’inquiète la FHF. « Les orientations retenues ne permettront pas, à elles seules, de restaurer durablement la situation financière des ESMS publics », résume-t-elle.
Un taux d’actualisation insuffisant
Les marges de manœuvre sont de plus en plus réduites pour les opérateurs, constate amèrement la Fédération. Ainsi, pour 2026, le taux d’évolution des moyens alloués aux ESMS est fixé à :
- + 0,92 % pour les ESMS pour personnes âgées ;
- + 0,95 % pour les ESMS pour personnes en situation de handicap.
Ce taux d’actualisation repose sur des hypothèses d’évolution des coûts qui apparaissent inférieures aux charges effectivement supportées par les établissements, alors même que ceux-ci demeurent confrontés à une progression soutenue de leurs dépenses de fonctionnement, déplore la FHF. Pour les Ehpad, le taux d’actualisation porté à + 1,9 % en raison de l’intégration de la mesure de renforcement des effectifs est en net recul par rapport à 2025 (+ 2,35 %) et 2024 (+ 3 %), souligne la Fédération. « Cette baisse tendancielle rendra difficile le recrutement de professionnels supplémentaires, qui constituait pourtant un engagement fort des pouvoirs publics depuis plusieurs années », prévient-elle.
Un impôt silencieux sur les ESMS
La construction de l’objectif global de dépenses (OGD) médico-social 2026 repose sur une mesure d’efficience de 54 millions d’euros (27 millions d’euros pour chacun des deux secteurs). « Cette mesure se traduira par une économie sèche sur les moyens consacrés à l’accompagnement et aux soins quotidiens des personnes les plus vulnérables, ainsi que sur les projets d’amélioration de la qualité, de modernisation et d’investissement financés par les ARS », explique la FHF. Un malheur n’arrivant jamais seul, la campagne budgétaire 2026 prévoit également une mise en réserve de 215 millions d’euros… qui représente plus du double du fonds de soutien de 85 millions d’euros destiné aux Ehpad les plus en difficulté. « Une telle décision est incompréhensible dans un contexte de fragilité financière aiguë des établissements », s’indigne la Fédération. Selon elle, ce mécanisme asymétrique de prélèvement budgétaire constitue « un impôt silencieux sur les ESMS, qui prive indûment le secteur d’une partie des crédits votés par le législateur dans le cadre de la loi de financement de la sécurité sociale. Ce que l’on donne d’une main, on le reprend donc de l’autre. »
Des menaces spécifiques pour le médico-social public
Les ESMS de la fonction publique hospitalière (FPH) sont, par ailleurs, confrontés à une nouvelle hausse de 3 points du taux de cotisation retraite employeur en 2026, en application du décret du 30 janvier 2025 qui a imposé une hausse de 12 points en 4 ans (2025-2028). « Cette hausse imposée sans concertation aux seuls employeurs publics représente une charge nouvelle, sans compensation intégrale », rappelle la FHF. Alors qu’il est acquis que les départements ne financeront pas cette hausse à travers les tarifs hébergement et dépendance des Ehpad, la Fédération réitère sa demande d’une compensation complète de cette mesure.
La FHF alerte également, de longue date, sur les difficultés financières inédites des ESMS publics, qui se doublent de « distorsions socio-fiscales inacceptables. » La situation actuelle aggrave une rupture d’équité persistante entre gestionnaires publics et privés, qui doit être corrigée, insiste la Fédération. « Il est plus urgent que jamais de rétablir l’équité entre les statuts ou de compenser dans les mécanismes de tarification ces surcoûts objectifs pour les ESMS publics. » La FHF réclame à nouveau une mission nationale IGAS-IGF pour objectiver ces écarts et permettre de les corriger.
La FHF milite pour une loi de programmation pour bâtir une société de la longévité
En plus des crédits insuffisants délégués aux ARS pour la campagne budgétaire 2026, la FHF observe et déplore « une tendance à un net recul du financement de la dépendance par les départements, dont près de la moitié n’ont voté aucune évolution de la valeur départementale du point GIR pour 2026. » Dans ce contexte, la Fédération réaffirme l’urgence d’une loi de programmation pour bâtir une société de la longévité.
Son principe a été voté à l’unanimité du Parlement dans la loi « Bien vieillir » du 8 avril 2024, mais il n’a, à ce jour, connu aucun commencement d’exécution, déplore la FHF. Pour elle, cette loi doit partir des besoins de la population pour déterminer les moyens – et non l’inverse -, en fixant une trajectoire financière pluriannuelle et sécurisée pour la branche Autonomie. « C’est à cette seule condition que les ESMS publics disposeront de la visibilité indispensable à l’exercice de leurs missions. La transition démographique ne peut plus être gérée par des ajustements budgétaires annuels. Elle appelle une stratégie nationale, des moyens à la hauteur et une vision de long terme », affirme avec force la Fédération hospitalière de France.
