Semaine en 4 jours, les agents en veulent, les collectivités restent prudentes

Publié aujourd'hui à 15h00 - par

Les agents territoriaux sont favorables à la semaine des 4 jours, si l’on en croit les résultats de l’enquête « Le service public local vu par les Français et les agents territoriaux », réalisée par Ipsos en décembre 2025 à la demande de l’AATF (Association des administrateurs territoriaux de France). Les 500 fonctionnaires territoriaux sondés sont aussi favorables à la remise en cause des 35h et des accords de télétravail. Quelques collectivités avancent dans cette direction (12 % l’avaient expérimentée en 2024) mais le mouvement reste encore timide tant le dispositif interroge les ressorts RH.

Semaine en 4 jours, les agents en veulent, les collectivités restent prudentes
© Par sinseeho - stock.adobe.com

Une majorité de fonctionnaires territoriaux sont favorables à la mise en place de la semaine de 4 jours ainsi que la remise en cause des 35 heures et des accords de télétravail. Dans le détail, 37 % des fonctionnaires territoriaux sont tout à fait favorables aux 4 jours hebdomadaires pour « mieux concilier vie personnelle et professionnelle » ; 44 % y sont plutôt favorables, 12 % plutôt défavorables et 7 % tout à fait défavorables. Concernant les 35 heures hebdomadaires, leur remise en cause en vue d’augmenter les rémunérations est validée par 22 % des fonctionnaires – tout à fait favorable -, 39 % plutôt favorables, 23 % plutôt défavorables et 16 % tout à fait défavorables. Le débat autour du télétravail est plus nuancé : 15 % souhaitent « tout à fait » leur remise en cause pour favoriser le travail en équipe, 40 % y sont favorables, 27 % plutôt défavorables et 18 % complètement opposés.

Faire une semaine en 4 jours

Ce terrain favorable au déploiement de la semaine de 4 jours, déjà expérimentée dans certaines collectivités, a déjà fait l’objet d’une évaluation par le Syndicat national des directeurs généraux des collectivités territoriales (SNDGCT), dans une note publiée le 6 février 2025. Le débat est d’abord sémantique : parle-t-on d’une semaine de 4 jours ou d’une semaine en 4 jours ? Le SNDGCT a tranché, il faut parler d’une semaine en 4 jours, puisque « le nombre d’heures à effectuer dans une bannée est obligatoirement de 1 607 heures », l’employeur public ne pouvant ainsi actionné le levier de la baisse du temps de travail, comme dans le public où cette réduction du temps hebdomadaire ramène le temps de travail à 32 heures. Marie-Claude Sivagnanam, vice-présidente du SNDGCT en charge des transitions sociétales et managériales et DGS de la Communauté d’agglomération de Cergy-Pontoise, a piloté l’étude. Les rédacteurs insistent sur le fait que cette semaine en 4 jours représenterait « une avancée potentielle pour l’attractivité de nos collectivités ». Certaines collectivités ayant testé la formule ont ainsi pu élargir, par exemple, les horaires d’accueil aux habitants.

Les défis managériaux : continuité de service et égalité professionnelle

Le syndicat souligne certaines craintes, notamment des « difficultés à maintenir la continuité de service [qui] peuvent générer des situations problématiques, lors d’absence imprévue ou de surcroit d’activité ». Les premiers retours d’expérience ne mettent cependant pas en évidence un quelconque effet négatif sur la continuité du service public. Quid de la santé au travail dans un tel contexte ? Un tel resserrement hebdomadaire ne risque-t-il pas d’aggraver l’égalité femmes-hommes ? La crainte est réelle, au regard de nos représentations socioculturelles, qu’une telle avancée sociale soit un nouveau piège pour les femmes, notamment dans l’exécution des tâches ménagères. Dans son dernier tableau de bord de l’économie française, l’Insee rappelait que, sans surprise, 28,6 % des femmes en emploi travaillaient à temps partiel en 2024 contre 8,7 % d’hommes.

12 % des collectivités en phase de test

Pour l’heure, selon le baromètre RH de Randstad (édition 2024), le déploiement de la semaine en 4 jours a suscité l’intérêt de 12 % des collectivités ; 9 % envisageaient de passer à l’action en 2024, 17 % y réfléchissaient. Pour le SNDGCT, les collectivités envisagent de limiter la semaine de 4 jours à un service, une équipe ou des types précis de métiers. D’autres porteraient leur choix sur des postes non-télétravaillables pour réduire leurs déplacements. L’heure reste donc encore à l’expérimentation, pour corriger les éventuelles aspérités du dispositif. Les agents territoriaux y sont en tout cas favorables.

Stéphane Menu