Pour Marc Fleuret, « l’Indre dispose d’atouts : un foncier riche et compétitif, un secteur industriel dynamique, avec l’aéronautique et le domaine pharmaceutique en fers de lance, représentant respectivement 16 % et 12 % des exportations du territoire. Mais nous devons faire face à certains défis. Notre agriculture traverse une passe délicate une baisse continue des rendements du blé et de l’orge depuis 2010 ; le désert médical est particulièrement préoccupant puisque que l’on compte 110 généralistes pour 100 000 habitants, contre 146 en moyenne au niveau national ; l’offre de formations en lien avec les besoins industriels locaux est limitée, avec seulement 1 % d’étudiants contre 4,4 en France en moyenne départementale ». Avec cette feuille de route, Marc Fleuret entend provoquer un « électrochoc de redynamisation du territoire ».
Comment la démarche Indre 2030 s’est-elle construite ?
Nous avons associé les présidents d’EPCI dès le début de la réflexion, en présence aussi du préfet. Nous leur avons demandé : quels sont les projets que vous souhaitez voir se développer dans les prochaines années ? Il ne fallait pas que ces derniers soient localisés mais que leur impact puisse avoir un effet ruisselant sur l’ensemble du territoire départemental. Huit thématiques ont émergé et on a construit des groupes de travail par thème. On a élargi la base des interlocuteurs en fonction des thématiques, des élus aux acteurs économiques, associatifs et institutionnels. Les échanges, très riches, ont permis de classifier les projets par ordre d’importance. Une fois identifiées, j’ai souhaité que le Département prévoit un financement important pour donner un coup d’accélérateur aux actions choisies, même si elles n’entraient pas dans le champ de nos compétences. Mais très vite, on s’est rendu compte que beaucoup de projets relevaient de la compétence de la région ; nous lui avons donc proposé de rejoindre la démarche, ce qu’elle a accepté. Nous avons arrêté une vingtaine de projets, à la fois sur le long et le court terme, parce que nous voulions que la population perçoive rapidement et concrètement la philosophie de la démarche.
Aviez-vous l’intention de lancer cette démarche plutôt en début de mandat, sachant que nous sommes au-delà du mitan de l’actuel et que la prochaine élection départementale aura lieu en 2028 ?
J’ai été élu en 2021. J’étais un nouveau président. Il a fallu que je prenne la mesure de cette mission. Puis il y a aussi des projets qui naissent de rencontres, et ce fut le cas avec le préfet, Thibault Lanxade, arrivé dans notre département en juillet 2023 (Ndlr, il vient de quitter son poste pour devenir directeur général du comité d’organisation des Jeux olympiques d’hiver 2030 qui se dérouleront dans les Alpes françaises). On s’est mis un jour autour de la table en se disant qu’il fallait proposer un horizon aux habitants de l’Indre.
Pouvez-vous nous présenter quelques projets emblématiques de la démarche ?
Deux projets ont démarré immédiatement. La sécurisation de l’approvisionnement en eau des communes. On a recensé les travaux en cours sur le département pour les accompagner plus fortement sur un plan financier et nous avons milité pour le rapprochement des syndicats de gestion de l’eau. Un autre projet, qui me tient à cœur, est la mise en place de légumeries. Pour l’approvisionnement des collèges, des Ehpad et d’autres équipements collectifs de ce type, nous avons un atout, celui d’une production importante de légumes et de fruits mais un déficit d’usines de transformation. Il fallait absolument agir dans ce sens. Sur la viande hachée, nous avions créé dès le début du mandat une chaîne de transformation. Sur les légumes, on a choisi de s’appuyer sur l’ADPEI (Association départementale de parents et d’amis des personnes handicapées mentales) pour créer une légumerie visant à la transformation de trois légumes dans un premier temps, à savoir les pommes de terre, les carottes et les tomates, pour être tout de suite dans l’opérationnel. Assez vite, une deuxième légumerie a été lancée sur le nord du département, pour renforcer notre capacité à transformer les légumes. Le schéma d’approvisionnement est en place. Les producteurs sont encore consultés pour évaluer le tonnage sur lequel on peut s’engager les uns les autres.
L’économiste Nicolas Bouzou est intervenu en fin de parcours pour finaliser des propositions concrètes. Pourquoi avoir fait appel à lui ?
Son expérience nous a permis de formuler des propositions concrètes sur un certain nombre de points, comme la réindustrialisation du département ou encore le déploiement de 1 000 véhicules électriques. Les constats, nous les avons. Les solutions, il faut y réfléchir. Google est venu frapper à nos portes et l’installation d’un datacenter va être clairement pour nous un accélérateur économique. Je tiens aussi à mettre en évidence la démarche emblématique des robots taxis, autrement appelés les véhicules autonomes. Leur déploiement n’est pas possible pour l’heure au regard des normes juridiques. Nous avons la chance à Châteauroux d’avoir le site d’essais de l’opérateur Keolis. Des tests sont en cours avec Renault et le constructeur chinois WeRide. Et une première ligne en conditions réelles de circulation sera ouverte en septembre 2026. Dans le cadre de notre démarche, j’ai pris contact avec Keolis pour leur demander comment nous pouvions les aider à avancer plus vite. Le constructeur nous a demandé d’affiner notre plan mobilités pour voir comment des lignes spécifiques pouvaient être lancées. Nous avons un réseau de routes départementales de 5 000 kilomètres en excellent état. Une fois que les conditions techniques seront réunies, notamment en termes de sécurité, nous serons certainement amenés à investir dans l’achat d’un certain nombre de véhicules autonomes, dont le coût à l’unité est de 600 000 €. C’est ainsi que nous envisageons de booster l’attractivité du département à travers Indre 2030, en repérant les secteurs où un investissement rapide permettrait de faire avancer rapidement les projets. Il y a d’autres projets qui avanceront tout au long de la démarche et des bilans réguliers seront proposés, sur chaque thème.
Stéphane Menu
