Renaud Helfer-Aubrac : “Travailler plus de 35 heures poserait une difficulté budgétaire et organisationnelle”

Publiée aujourd'hui à 14h00 - par

Dans une étude réalisée par Ipsos-BVA pour l'AATF (Association des administrateurs territoriaux de France), parue en décembre 2025, une majorité des fonctionnaires territoriaux interrogés se disent favorables à la remise en cause des 35 heures dans la FPT « afin de pouvoir augmenter les rémunérations ». Ils sont précisément 61 % à y être tout à fait favorables ou plutôt favorables. Jusqu'alors, cette question taboue n'avait guère été tranchée, les fonctionnaires étant soumis à la même règle sociale que les salariés du privé, à savoir la nécessité de travailler 1 607 heures par an. La réponse assez claire à ce sondage montre cependant que ce désir est réel.
Renaud Helfer-Aubrac, DGS de la ville de Saint-Nazaire : “Travailler plus poserait une difficulté budgétaire et organisationnelle”

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Est-il bel et bien sérieux de l’envisager ? Réponses d’un DGS aux manettes quotidiennes de la gestion de sa collectivité, celle de Saint-Nazaire, Renaud Helfer-Aubrac.

Comment réagissez-vous au résultat de ce sondage ?

Les 35 heures ont donné lieu à des débats nourris avec le patronat, les syndicats et la fonction publique. Le DGS que je suis et je pense que mes collègues vivent la même chose est confronté à la nécessité d’organiser les services publics et leur continuité et de veiller à la santé et à la sécurité des agents. J’ai poussé au maximum ce que la loi m’autorisait en termes de modularité du temps de travail : le travail sur 4 jours et demi par semaine, 9 jours sur deux semaines, etc. Notamment pour coller aux attentes des agents les plus jeunes, plus désireux de trouver un équilibre entre leur vie professionnelle et personnelle. Et je dois prendre en compte cette volonté parce qu’il est important de renforcer l’attractivité de la fonction publique territoriale. Si le législateur venait un jour à modifier les 35 heures, pour offrir plus de modularité et donc permettre aux agents de gagner mieux leur vie, je n’y verrai aucun inconvénient. A ceci près que je dois prendre en compte une  contrainte budgétaire extrêmement coercitive. Donc, accéder à cette demande de travailler plus impose de réajuster des moyens et de repenser les missions. L’enjeu est de positionner au cordeau le nombre d’heures travaillées dans le service public. Si l’on va au-delà des 35 heures, je dois redimensionner les équipes. Quand vous avez un système d’heures supplémentaires, avec des coups de bourre qui doivent donner lieu à des réponses rapides, on sait gérer. Mais intégrer le fait que certains veulent travailler plus de 35 heures et d’autres non, cela réclame une gestion des plannings autrement plus complexes. Et, en plus, il faudra pouvoir les payer. Mais je ne suis pas dogmatiquement opposé.

Ce qui devient de plus en plus difficile ?

On me demande quand même plutôt chaque jour de réduire le nombre de fonctionnaires. C’est plutôt ça la réalité du quotidien d’un DGS.

Par le non-remplacement de certains départs à la retraite, par exemple…

Ça peut arriver dans des services portant des politiques publiques moins priorisées par les élus. À partir du moment où l’État paye moins, les collectivités locales sont confrontées à deux attitudes : augmenter les impôts, ce que l’État ne veut pas faire, se contentant de transférer cette pression fiscale sur les collectivités territoriales qui décident, ou pas, d’augmenter la taxe foncière ; l’autre levier est d’ajuster les missions de service public aux strictes compétences des collectivités. Donc, on peut en effet ne pas remplacer un départ à la retraite, ou encore décider d’arrêter une politique publique pour en prioriser une autre, pour trouver des équilibres budgétaires.

Avez-vous un exemple ?

Prenons le cas de la police municipale. Aujourd’hui, sur notre territoire et ailleurs si j’ai bien compris, les effectifs de la police nationale sont contraints. Or, le narcotrafic, les violences sexuelles sur mineurs, la tranquillité publique, etc., ce sont des faits qu’il faut tenter de réguler au mieux. Quel effort budgétaire doit-on faire pour pallier le déficit de la police nationale sans engloutir tous les moyens de la collectivité ? Prenons un autre cas plus précis encore : l’accompagnement des enfants souffrant de troubles autistiques pendant la pause méridienne. Face au désengagement du Conseil départemental et l’absence de structure médico-sociale, il nous revient de les prendre en charge, au nom de l’inclusion, qui est un vrai objectif national, mais sans moyens financiers pour y parvenir. Ça prend du temps et de l’argent de former les agents à cette réalité-là.

N’y a-t-il pas un juste milieu à atteindre entre cette facilitation absolue offerte par l’IA et l’imprescriptible plus-value humaine ?

Mes notes juridiques seront mieux écrites avec l’IA. Mais je dois contrebalancer ce gain de temps par un travail plus approfondi sur des dossiers impliquant une réflexion plus complexe. Le recours à l’IA doit impérativement déboucher su un enrichissement de l’action publique que nous menons.

Stéphane Menu

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