Savez-vous pourquoi le gouvernement a décidé d’amputer ce plan de diagnostic des écoles de 40 M€ ?
Fin juillet, le gouvernement nous a appris que ce dispositif serait fortement réduit pour prioriser le plan d’électrification. Je n’ai pas plus d’information depuis, donc cette réorientation budgétaire relève de l’hypothèse. Le plan était lancé depuis début juillet, via une plateforme, où les collectivités pouvaient déposer leur dossier de diagnostic et d’aides. On compte aujourd’hui 4 000 écoles pour plus de 2 000 communes qui ont déposé leur candidature. Puis Matignon nous annonce fin juillet que ce ne sera que 10 M€, ou plutôt, nous nous sommes battus pour garder ce niveau de financement puisque l’objectif initial était de le supprimer complètement. On nous a demandé de ne plus nous concentrer sur les 12 500 écoles prévues mais seulement sur 2 500 d’entre elles. Les 1 500 autres doivent être choisies par la Banque des Territoire à travers EduRénov.
Comment se répartissent les 16 M€ restants ?
10 M€ pour ACTEE, 6 M€ pour EduRénov via la Banque des Territoires… Avec cette enveloppe, on pourra diagnostiquer 4 000 écoles : 2 500 prioritaires, ainsi définies par le ministère de l’Éducation nationale ; puis environ 1 500, voire 2 000 écoles en plus si l’on est optimistes… Alors qu’avec les 60 M€ initiaux, nous pouvions non seulement diagnostiquer 12 500 écoles mais aussi lancer des petits travaux, comme l’installation de brasseurs d’airs ou de brise-soleil. Ça ne se fera pas. Ces 16 M€ permettront uniquement de réaliser des diagnostics. C’est dommage parce que la Fondation EDF était prête à se mobiliser, à hauteur de 80 M€, pour réaliser des pompes à chaleur et donc susceptibles d’insuffler aussi du froid dans les écoles mais il était clair à leurs yeux qu’avant d’intervenir, les diagnostics étaient essentiels pour évaluer la manière de traiter les écoles une par une.
Au regard de la connaissance du sujet qui est la vôtre, combien d’écoles en France nécessiteraient des diagnostics et des travaux rapides, d’adaptation ?
Je vais vous donner deux à trois chiffres pour éclairer mon analyse. 50 % des écoles en France n’ont pas de volets ; d’après les chiffres des syndicats du premier degré, 75 % des écoles sont inadaptées aux canicules ; constats confirmés par les retours de terrain. On a évoqué la fermeture de 10 000 écoles en juin de cette année face à la canicule. Or, beaucoup d’élus ont fait le choix de ne pas fermer les établissements pour éviter aux parents de devoir s’adapter à cette réalité soudaine dans leur emploi du temps professionnel. Et beaucoup d’élus m’ont dit : « On ne ferme pas sinon les gamins vont être chez eux dans des endroits plus chauds encore qu’à l’école ! On préfère les garder avec nous et trouver des solutions ». Le chiffre de 10 000 fermetures est donc sans doute sous-dimensionné.
Est-ce que vous arrivez à comprendre le bien-fondé de cette décision ?
Non. Les chiffres sont assez phénoménaux pour agir rapidement sur la rénovation énergétique et, moins on agit, plus le mur d’investissement s’élève. C’est une course contre la montre. Si, par magie, l’État décidait finalement, fin septembre, de redonner de l’ambition à ce dispositif, nous aurions perdu trois mois, ce qui est énorme quand on mène ce genre d’études parce que les écoles les plus exposées le seront de nouveau au printemps ou à l’été prochains. Les besoins sont là, de la Cour des Comptes à l’Institut Montaigne en passant par le Haut-commissariat à la stratégie et au plan, ce sont entre 20 et 30 milliards d’euros qu’il aurait fallu engager avant 2030 pour éviter que la situation n’empire. On n’en est loin.
Où en sont les 4 000 dossiers visés ?
Sur les 2 500 écoles prioritaires, une liste de 900 nous a été transmise par le ministère de l’Éducation nationale. On attend la transmission de la liste des 1 600 autres écoles. Cette liste est établie par le ministère selon des critères d’éligibilité auxquels nous n’avons pas accès. Les 1 500 autres écoles seront choisies par la Banque des Territoires.
Stéphane Menu
