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Dans le Val-de-Marne, un « Plan Marshall » pour la ville la plus pauvre du département

Publié le 3 février 2022 à 7h30 - par

« C’est une ville sinistrée et pleine de nuisances ». Devant la presse, Philippe Gaudin ne mâche pas ses mots. Le maire (DVD) de Villeneuve-Saint-Georges, commune la plus pauvre du département du Val-de-Marne, a besoin d’aide pour remettre sa ville à flot.

Dans le Val-de-Marne, un "Plan Marshall" pour la ville la plus pauvre du département

Et pas moins d’une demi-douzaine de ministres doivent s’y rendre d’ici la présidentielle pour discuter engagements, investissements et rénovations. En plus de la ministre du Logement déjà venue en décembre 2021, une mobilisation qualifiée de « Plan Marshall » par l’élu. Située près de l’aéroport d’Orly, au sud de Paris, Villeneuve-Saint-Georges est surtout connue pour ses faits divers, son centre-ville paupérisé et le bruit quasi-incessant des avions qui la survolent. « Avant c’était plus vivant. Il y avait plus de classes moyennes que maintenant, on s’en sortait mieux. Dans le centre il y avait beaucoup de commerces, maintenant il n’y a plus que des kebabs », se souvient Martine Aubert, 63 ans.

Ancienne ville ouvrière et communiste, Villeneuve-Saint-Georges s’est développée autour de son imposante gare de triage de la SNCF. Mais avec la désindustrialisation, « les cheminots sont partis. À la retraite, tous les gens qui tenaient des magasins ont quitté la ville, et il n’y avait plus personne pour reprendre les commerces », ajoute Martine Aubert qui dirige une association pour les seniors dans le nord de la commune. Et cette Villeneuvoise de naissance est forcée de constater que le centre-ville, dégradé, est devenu synonyme de logements insalubres, de squats, de déchets ou de rues pas entretenues.

Taux de pauvreté à 34 %

« Le gros problème de santé publique ici c’était le plomb dans les immeubles du centre », explique le docteur Claire Watremez, qui officie dans la ville depuis 1995. « Il n’y a pas beaucoup de culture médicale chez les habitants. Et on manque de médecins, comme dans beaucoup d’endroits. Ils sont nombreux à être partis sans être remplacés », ajoute-t-elle. En 2018, le taux de chômage était de près de 18 % à « VSG » et moins de 50 % de la population payait des impôts, pour un taux de pauvreté de 34 %, le double de la moyenne du département. « Dans mon association, on a de plus en plus de gens qui viennent demander de l’aide pour les fins de mois. Certains ont du mal à payer leur participation pour les activités qu’on propose. Mais moi je ne leur dis rien, on se débrouille, le but ce n’est pas l’argent », poursuit Martine Aubert.

En ces jours de grèves enseignantes, celle qui travaille également dans la section locale du Secours catholique surveille les gamins du quartier qui jouent au foot dehors. « Je les ai vus naître ces enfants, je les ai vus grandir. Et maintenant il y en a qui eux-mêmes ont des enfants », sourit-elle. La politique, Martine Aubert ne s’en mêle pas trop. Mais elle espère que le « Plan Marshall » de la mairie pourra aider les habitants. Fin décembre 2021, Emmanuelle Wargon s’est ainsi rendue sur place pour annoncer une aide de 3,5 millions d’euros pour transformer des friches industrielles. « C’est une commune qui a besoin de soutien, l’État est très conscient des besoins importants à Villeneuve », a expliqué la ministre du Logement.

Rôle social

La mairie, endettée, fait avec des moyens limités. Les associations sportives aussi. « C’est sûr qu’on n’a pas le budget des clubs des villes autour de nous, comme Choisy ou Créteil, qui ont des subventions énormes par rapport à nous », abonde Mickaël Gun, président du Villeneuve Académie FC, le club de foot de la ville. Anciennement appelé Villeneuve Académie Football Cheminots, une autre référence à l’importance passée du rail dans la ville, ce club, créé en 2018, compte déjà 700 adhérents. « On a commencé à zéro : zéro centime, zéro matériel, zéro joueur », rembobine son président.

Pas d’argent, mais un discours qui séduit les parents : « On a un rôle social ici. On travaille avec les associations de la commune pour distribuer des repas et on a commencé des aides aux devoirs avec les jeunes ». Lui aussi Villeneuvois de naissance, et fier du fort tissu associatif de sa ville, il se veut confiant pour l’avenir, malgré le manque de moyens. « Avant, les jeunes ne voulaient pas aller dans les autres quartiers « rivaux », ils ne traversaient pas les « frontières » ». Maintenant ils trainent tous ensemble et les parents sont rassurés », appuie Mickaël Gun. « J’aime cette ville et les gens », confie encore Martine Aubert. « Il y a beaucoup de choses à faire avec les habitants. Si je pars, que va-t-il advenir de l’association ? J’aurais l’impression de les abandonner ».

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