Deux cents agents répartis sur six communes de Loire-Atlantique, sans lieu de travail commun, sans vraie culture partagée. C’est le quotidien de la Communauté de Communes Sud Estuaire. Cette dispersion géographique complique la cohésion d’équipe, affaiblit le sentiment d’appartenance à une même maison, et peut générer une démotivation que ni les réunions de service ni les séminaires classiques ne suffisent à contrer. S’y ajoute le contexte national d’attractivité dégradée de l’emploi public : fidéliser les agents et donner du sens à leur engagement quotidien est devenu un enjeu stratégique pour tout employeur territorial.
La solution innovante
Née d’un groupe de travail transversal réunissant agents volontaires et direction, l’Équipée solidaire propose une demi-journée de bénévolat par an, sur le temps de travail, au sein d’associations locales. Par groupes de quatre à huit agents issus de services différents, les participants rejoignent une association pour accomplir une mission simple, accessible à tous, ne nécessitant aucune compétence particulière. L’accueil par les bénévoles, l’action commune et le débriefing convivial constituent les trois temps imposés de chaque mission.
Les missions sont proposées par les associations elles-mêmes, sélectionnées sur critère d’intérêt général ou d’utilité sociale, et répertoriées sur une page dédiée du site de la collectivité. Les agents s’y inscrivent librement, après accord de leur chef de service. Une convention entre la collectivité et l’association formalise chaque partenariat. La participation est limitée à une mission par agent et par an.
Les objectifs
Le dispositif poursuit plusieurs ambitions imbriquées : créer de l’interconnaissance entre agents qui ne se croisent jamais dans leur travail quotidien, ancrer la collectivité dans le tissu associatif de son territoire, valoriser l’image de service public auprès des habitants, et donner une dimension humaine et concrète aux actions de cohésion interne. Il s’agit aussi d’offrir une respiration dans des routines parfois épuisantes, en proposant un engagement choisi, porteur de sens.
Les moyens
Le projet est animé par deux agentes volontaires de la collectivité, la responsable de la communication et la coordinatrice de la Convention Territoriale Globale, formées en janvier 2024 par l’association Benenova, spécialisée dans l’accompagnement du bénévolat d’entreprise. Leur formation a été financée en intégralité par du mécénat, Banque Populaire, CASDEN et ACEF, pour un montant de 2 000 euros. Le coût récurrent pour la collectivité se limite au temps de mise à disposition des agents participants : quatre heures par agent par an, pour un volume estimé à 70 heures de travail annuel pour les animatrices.
Perspectives
Expérimenté à partir d’octobre 2024 avec dix missions et 91 places proposées, le dispositif a été reconduit en 2025 puis en 2026. Les élus communautaires ont demandé à pouvoir s’inscrire eux aussi aux missions à partir de l’été 2025, enrichissant encore la dimension transversale du projet en rapprochant élus, agents et tissu associatif. À plus long terme, la collectivité envisage d’ouvrir le dispositif aux habitants et d’en confier la gestion à une association d’éducation populaire. Le processus a été intégralement capitalisé, conventions, formulaires, tableau de reporting, pour permettre la réplication par d’autres collectivités.
Hélène Leclerc
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Le retour Le bilan de la première année parle de lui-même. 10 missions, 91 places proposées, des agents ayant réparé des vélos pour des enfants en foyer de vie, collecté des denrées alimentaires, installé des cages de protection pour les oiseaux du littoral ou partagé un repas avec des résidents d’Ehpad. Des chiffres modestes, mais une dynamique installée. Le fait que le projet ait été reconduit sans interruption depuis son lancement, et que les élus aient demandé à y participer, dit mieux que tout autre indicateur ce qu’il a produit comme effet dans la collectivité. |
