CHAM 2019 : comment améliorer la gouvernance des systèmes de santé en Europe ?

Santé

Confier aux régions l’organisation de la prise en charge des malades, créer des critères d’évaluation européens ou encore donner davantage de responsabilités aux infirmiers : autant de pistes de réflexion proposées lors de la onzième édition de CHAM pour améliorer la prise en charge des patients en Europe.

Changer d’échelle, changer de paradigme. Tel aura été le leitmotiv de la onzième édition de la Convention on Health Analysis and Management (CHAM), qui s’est tenue à Chamonix les 27 et 28 septembre 2019, sur le thème de la gouvernance des systèmes de santé européens. « L’État central ne peut pas tout réguler. Les collectivités territoriales – régions, départements et communes – ont un rôle à jouer dans la mise en place des politiques de santé et de prévention, car elles connaissent bien leur population, a déclaré la ministre de la santé Agnès Buzyn lors de la dernière table ronde. C’est pourquoi dans le cadre de Ma Santé 2022, nous avons rendu la compétence générale aux collectivités territoriales ».

Une proximité demandée par les citoyens. Selon un sondage Ipsos réalisé pour CHAM, la région est aujourd’hui l’échelon dans lequel les Européens ont le plus confiance pour assurer le bon fonctionnement de l’hôpital. Si la ministre plaide pour une territorialisation des décisions en matière de santé, les recettes doivent être gérées par l’État « pour éviter les disparités ». En effet, les exemples de l’Italie et de l’Espagne, qui ont été étudiés lors de tables rondes, montrent une grande disparité en termes d’offre de soins. « Le pouvoir central doit conserver le pilotage », a insisté Olivier Obrecht, directeur général adjoint de l’ARS Bourgogne-Franche-Comté. À l’État de fixer les grandes lignes et aux collectivités d’agir.

Harmoniser à l’échelle de l’Europe

Pour répondre de la manière la plus adaptée aux besoins des territoires, le numérique et l’analyse des données sont des outils précieux. Problème : « Le secteur de la santé est en retard d’une décennie sur la data par rapport aux autre secteurs », a rappelé Martin Seychell, directeur général adjoint de la Santé auprès de la Commission européenne. Or la Caisse nationale de l’assurance maladie et les hôpitaux brassent des quantités de données considérables qui ne sont pas suffisamment exploitées et peu mises en commun. Là encore, les choses bougent, lentement, en France avec le dossier médical partagé, sorte de carnet de santé numérique, qui sera généralisé à l’ensemble de la population en 2021.

Mais changer d’échelle c’est aussi penser au niveau européen. Pour Françoise Grossetête, députée sortante du Parlement européen, il est urgent de penser la gouvernance des systèmes de santé au niveau de l’Europe. « Pour les politiques de vaccination, la régulation des médicaments ou encore la recherche sur les maladies rares, c’est l’Europe qui est l’échelon pertinent ». Les acteurs de CHAM ont aussi unanimement plaidé pour davantage de transparence concernant la qualité des soins au niveau européen.

Pour gagner en visibilité auprès des citoyens, les indicateurs de qualité entre les différents pays afin d’évaluer les professionnels de santé devraient être harmonisés. C’est loin d’être le cas. Au Royaume-Uni par exemple, les médecins reçoivent tous les mois une batterie d’indicateurs mensuels (taux de complication post-opératoire, de maladies nosocomiales…), alors qu’en France ces statistiques n’existent qu’à l’échelle des établissements de santé, pas des médecins.

Revoir la place du médecin

L’amélioration de la gouvernance et de la prise en charge des patients implique aussi de revoir la place du médecin. Pour assurer une meilleure prise en charge des personnes atteintes de maladies chroniques, faire face à un vieillissement de la population et à la pénurie de médecin, il faut changer de paradigme et revoir la place du médecin tout puissant. « La montée en puissance de certaines professions, comme les infirmiers, va remettre en question le rôle du médecin », selon Guy Vallancien, président de CHAM. « Parler de professions médicales et paramédicales est absurde ».

Une évolution plébiscitée par les citoyens. Selon le sondage CHAM-Ipsos publié à l’occasion de la Convention, 70 % des personnes interrogées se disent prêtes à accepter qu’un infirmier prescrive des analyses médicales et des radiographies. C’est déjà une réalité au Royaume-Uni, où les infirmiers après avoir suivi une formation de six mois peuvent prescrire des médicaments, faire des manipulations sous anesthésie ou encore prescrire des analyses de sang. Là aussi les choses avancent en France avec la création en 2018 des infirmiers de pratique avancée (600 diplômés aujourd’hui), sorte de super infirmiers aux compétences étendues. Mais le chemin est encore long.

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