À Paris, la police municipale sur le point de prendre chair

Sécurité

C’était un engagement d’Anne Hidalgo en 2020, qui y était auparavant opposée : la police municipale parisienne doit devenir une réalité après un vote du Conseil de Paris qui débute mardi 1er juin 2021, malgré les critiques de l’opposition de droite et d’une partie de la majorité de gauche.

« Un événement historique », s’enthousiasme Nicolas Nordman, l’adjoint PS chargé de la sécurité, pour décrire le projet qu’il défendra en milieu de semaine devant l’assemblée parisienne.

« Pour la première fois, la Ville de Paris va pouvoir se doter, comme l’ensemble des autres grandes villes de France, d’une police municipale », mesure l’élu socialiste. La promulgation mercredi 26 mai de la loi Sécurité globale, même partiellement censurée, a permis de mettre fin à une exception historique multiséculaire.

Pour les missions régaliennes, la capitale reste bien entendu sous la coupe du préfet de police, lui-même sous l’autorité du ministère de l’Intérieur.

Mais pour les incivilités du quotidien, la régulation de la circulation et la « tranquillisation de l’espace public », dont la prévention des rixes, 200 premiers agents municipaux, déjà actifs au sein de la Direction de la Prévention, de la Sécurité et de la Protection (DPSP), seront opérationnels dès la rentrée de septembre, sans arme létale.

Une convention de coordination doit être établie avec la préfecture et le parquet pour clarifier les champs d’intervention de chacun. Par vagues de 200 personnes ayant satisfait aux sessions de formation, les futurs policiers municipaux viendront grossir les rangs, avec l’objectif affiché d’arriver à 5 000 agents pour les JO de 2024.

Un simple « transfert » ?

À l’heure actuelle, la DPSP compte 3 300 agents. C’est à peu près le nombre de policiers municipaux qui se retrouvera in fine sur le terrain, ce qui fait dire à l’opposant (LR) Nicolas Jeanneté : « on est loin des espérances ».

Pour l’élu Républicain contacté par l’AFP, la future police municipale n’est « qu’une continuité de ce qu’est la DPSP actuelle. Rien ne change, ils n’auront aucune prérogative supplémentaire, ils auront juste le mot police dans le dos ».

Une position que les écologistes, pourtant alliés de Mme Hidalgo au sein de l’exécutif, ne sont pas loin de partager. « On estime que la DPSP, les agents assermentés municipaux qui existent actuellement, qui s’occupent des incivilités, faisaient le job », estime auprès de l’AFP Fatoumata Koné, présidente du groupe EELV.

« Pour nous, c’est simplement un transfert qui va coûter cher », dit encore l’élue écologiste. Nicolas Nordman a annoncé un budget de 184 millions pour 2021, la suite étant en cours de négociations compte tenu du contexte de crise.

L’arme à droite

Les Républicains, comme le MoDem, voteront tout de même pour une réforme qu’ils réclament « depuis tellement longtemps », selon M. Jeanneté. Mais ils persistent : sans arme létale, les policiers municipaux seront une cible sans défense.

« On souhaite ardemment qu’elle soit armée au moins d’un taser », dit-il, alors que le projet prévoit uniquement gilet pare-balles, matraque, gazeuse, menottes et caméra piéton pour chacun. Maud Gatel (MoDem) demande à ce « qu’on se laisse la possibilité dans un, deux ans, de revenir sur cette question de l’armement létal ».

C’est pourtant une ligne rouge à gauche. Or, deux ans après sa volte-face sur le sujet, intervenue en 2019 avant sa réélection, Anne Hidalgo, potentielle candidate à la présidentielle de 2022, n’a toujours pas convaincu ses alliés communistes et écologistes, qui craignent un « désengagement de l’État » au niveau de la police nationale observée selon EELV dans d’autres villes.

« Ce qu’on demande, c’est davantage de police nationale à pied dans les quartiers pour les sécuriser », explique Fatoumata Koné, qui craint une « confusion des genres ». « Pour moi, ça ne va pas répondre aux problèmes d’insécurité dont font part les Parisiens ».

Lundi 31 mai, Nicolas Nordman tentait toujours de les convaincre afin de « faire voter le plus largement possible cette réforme »… et pas seulement grâce aux voix des socialistes et de l’opposition.

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