Entretien avec Michel Felkay, directeur de la police municipale de la ville de Paris

Sécurité

Commissaire général de police, Michel Felkay est depuis janvier 2019 directeur de la police municipale de Paris et chargé de sa création.

Commissaire général de police, Michel Felkay est depuis janvier 2019 directeur de la police municipale de Paris et chargé de sa création
Michel Felkay

La nouvelle Police municipale de la Ville de Paris se met en place. Les effectifs qui seront mobilisés dans toute la capitale auront pour objectifs de lutter contre toutes les incivilités du quotidien, assurer l’ordre de l’espace public et créer du lien social avec les usagers.

Pourquoi la ville de Paris se dote-t-elle d’une police municipale ?

La réforme sur le statut de Paris de février 2017 a élargi de manière très conséquente les compétences de police confiées à Anne Hidalgo, Maire de Paris et lui a transféré des agents (principalement les ASP).

En 2019, plus d’un an après l’entrée en vigueur de la réforme sur le statut de Paris, la direction de la prévention, de la sécurité et de la protection (DPSP) regroupe 3 200 agents compétents, mobilisés et présents dans tous les arrondissements. Ils ont dressé le nombre record de 1 180 000 PV d’infractions, l’année dernière, contre les incivilités dans l’espace public sous toutes ses formes : du dépôt sauvage au stationnement gênant.

Ce qui ressort de manière assez spectaculaire à l’issue d’un sondage lancé auprès des Parisiens et du diagnostic établi sur la politique de sécurité, c’est que l’espace public à Paris doit être davantage régulé, pacifié et tranquillisé par des femmes et des hommes en uniforme qui font autorité.

La présence renforcée de ces effectifs dans les espaces publics est indispensable. Or, ce sont précisément ces missions – la tranquillité publique, les nuisances sonores, la sécurité des déplacements – que la préfecture de police, qui est pourtant compétente, n’a plus les moyens de prendre en compte de manière systématique, compte-tenu de ses autres priorités (enquêtes, maintien de l’ordre).

En conséquence, la création de la Police municipale parisienne doit permettre d’assurer ce renforcement et d’intensifier ce rôle d’apaisement de l’espace public. Les changements comportementaux prenant naturellement du temps, son action se déroulera dans la durée et utilisera tous les moyens mis à sa disposition, de la pédagogie à la verbalisation, pour lutter contre les incivilités et partager l’espace public.

Nous avons d’ores et déjà créé des points de rencontre qui sont des lieux matérialisés par des totems, précisant qu’à cet endroit, aux heures et aux jours indiqués, des agents médiateurs répondront aux questions des administrés. Il s’agit d’un grand succès.

Quels seront ses effectifs ?

Nous déploierons environ 5 000 agents en respectant la parité hommes-femmes puisque 50 % de ce contingent sera féminin.

Quels seront ses champs d’action et son organisation sur le terrain ?

Il est question de répartir nos équipes le plus équitablement possible dans tous les arrondissements de la capitale grâce à des divisions de tranquillité et de sécurité.

Qu’en sera-t-il de la coordination avec la police nationale sur le terrain ?

Grâce à une convention signée entre la Maire de Paris et le Préfet de police, les missions de chaque police seront clairement définies. Il ne s’agit pas de prendre des missions régaliennes mais d’organiser au mieux la répartition des interventions sur l’espace public et ce, afin que personne ne se marche dessus.

La Police municipale de Paris sera aussi une police de proximité avec les administrés. Comment comptez-vous créer et entretenir ce lien avec l’usager ?

Se rapprocher de l’usager est évidemment fondamental si nous voulons que la population parisienne ait pleine confiance en nous. Pour créer et entretenir ce lien, nous allons mettre en place un contingent de « référents écoute » dans chacune des 10 circonscriptions dont nous aurons la charge. Ils seront joignables durant leurs horaires de bureau pour répondre aux urgences (stationnement, incivilités, etc.) ou pour relever les signalements de problèmes récurrents qui seront ensuite transmis aux équipes opérationnelles qui s’occuperont ensuite de programmer les opérations.

Ce n’est pas tout. Il y aura également un renforcement de la cellule de réponse à l’usager avec des réponses ciblées et, le cas échéant, un échange avec celui-ci (par le biais des médiateurs ou d’ISVP).

De quelle manière entendez-vous pacifier l’espace public ?

Nos agents, grâce à des opérations mixtes (ISVP et ASP) ciblées selon des créneaux horaires spécifiques et dans des lieux de grande affluence, seront visibles et facilement identifiables « Ville de Paris ». Ces opérations dynamiques, passant d’un site à l’autre, seront développées et la présence physique dans l’espace public renforcée.

La lutte contre les nuisances sonores sera également consolidée grâce à l’utilisation de sonomètres pour enregistrer le bruit ambiant et ainsi mieux préparer les interventions de nos inspecteurs.

De quels moyens et équipements les agents disposeront-ils ?

Nos agents disposeront de divers moyens pour appuyer leur surveillance. Cela passera par le port d’équipements tels que des gilets tactiques, l’usage de rampes lumineuses, de VTT plus légers ou par l’augmentation du nombre de tablettes de verbalisation, etc.

Avec les équipements, nous allons fortifier nos infrastructures avec la création d’une deuxième salle de vidéoverbalisation et d’une salle commune de commandement avec un état-major unique.

Enfin, sur le terrain, nos contingents assureront une présence accrue dans les quartiers populaires, en semaine, mais également en soirée et le week-end. Nous ciblerons bien évidemment l’affectation des nouveaux ISVP de manière préférentielle dans les circonscriptions des quartiers populaires, avant de faire appel à l’Unité d’Appui Soirée et l’Unité de Nuit.

Propos recueillis par Julien Prévotaux

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