Contrat d’engagement éducatif : passera, passera pas?

Statut

Longue histoire que celle du CEE. Censuré par le Conseil d’État en octobre pour caducité vis-à-vis du droit du travail, il suit depuis un long processus de mise en conformité non exempt de coups de théâtre.

Avec quel statut juridique les animateurs des centres de loisirs et autres colonies de vacances travailleront-ils cet été ? La question se pose depuis octobre 2011, lorsque le Conseil d’État a considéré que le statut qui était le leur jusqu’alors ne respectait pas le droit du travail.

Pourquoi ? Parce qu’eux aussi ont le droit à 11 h de repos quotidien, comme tout salarié lambda, estiment les juges du Palais Royal. Tant que le contrat d’engagement éducatif qui encadre le travail des animateurs ne prévoira pas de système de compensation, c’est donc le droit commun qui s’appliquera. De quoi susciter l’inquiétude des professionnels du secteur, compte-tenu des spécificités de celui-ci et du métier d’animateur.

Sauver le CEE

Branle-bas de combat donc au gouvernement comme au Parlement, pour trouver rapidement une solution légale au problème. Deux initiatives sont lancées :

  • La création d’un groupe de travail, présidé par André Nutte, réunissant des représentants de l’administration et des professionnels, charger de réfléchir à l’avenir du statut d’animateur, et d’auditionner toute une série d’acteurs clefs (associations, syndicats, groupes politiques) ;
  • La rédaction d’un amendement prévoyant 11 h de repos quotidien, réductible à 8 h minimum, à condition que les heures de repos amputées soient prises durant la suite du séjour. Cet amendement, porté par le député des Hauts-de-Seine Pierre-Christophe Baguet, devant être initialement raccordé à la proposition de loi (PPL) de simplification du droit et d’allègement des démarches administratives, dite loi Warsmann, compilation de dispositions ayant pour la plupart rien à voir les unes avec les autres.

Hélas, les travaux du groupe d’André Nutte prennent du retard, et ses conclusions reportées jusque mi-février, alors que la loi Warsmann semble ne devoir jamais aboutir.

Amendement gréffé d’une loi à l’autre

L’amendement est donc repris et rattaché à une autre proposition de loi, relative aux conditions d’organisation et de sécurité de l’accueil collectif de mineurs hors du domicile parental. Celle-ci est en première lecture au Sénat depuis… le 7 décembre 2011, alors que parallèlement la PPL Warsmann fait finalement son petit bonhomme de chemin, via la navette parlementaire, un coup votée par l’Assemblée, un coup rejetée par le Sénat.

Le dernier mot revient à la Chambre basse, qui vote le texte – a priori pour de bon – le 29 février 2012. Son article 124, anciennement 92 bis A, dispose notamment que :

Le chapitre II du titre III du livre IV du code de l’action sociale et des familles est ainsi modifié :

(…)

3° Sont ajoutés des articles L. 432-5 et L. 432-6 ainsi rédigés :

« Art. L. 432-5. – La personne titulaire d’un contrat d’engagement éducatif bénéficie au cours de chaque période de vingt-quatre heures d’une période minimale de repos de onze heures consécutives.

« Cette période de repos peut être soit supprimée, soit réduite, sans pouvoir être inférieure à huit heures. La personne titulaire d’un contrat d’engagement éducatif bénéficie alors d’un repos compensateur égal à la fraction du repos dont elle n’a pu bénéficier. (…) »

Texte voté, satisfaction du ministère

Le contrat d’engagement éducatif semble donc « sauvé », la loi n’ayant plus qu’à être promulguée pour pouvoir être appliquée avant les grandes vacances 2012. Le ministre de l’Éducation Nationale, de la Jeunesse et de la Vie associative Luc Chatel se réjouissant « du vote de la mesure sécurisant le contrat d’engagement éducatif » dès le 29 février.

Et d’ajouter : « Le groupe de travail, présidé par André Nutte, a travaillé sur l’application de cet article, proposant une répartition des repos compensateurs en fonction de la taille et de la durée des séjours. Ce travail servira de base à l’élaboration d’un décret d’application, qui, une fois paru, permettra de garantir la bonne tenue des séjours des prochaines vacances, et notamment des vacances d’été, qui concentrent le plus grand nombre de départs. Luc Chatel se félicite de cette solution qui permet d’assurer le maintien des colonies de vacances pour tous, grâce au travail soutenu et efficace du groupe de travail. »

Fin du suspens en avril ?

C’était sans compter sur la saisine, pourtant probable, du Conseil Constitutionnel par la majorité sénatoriale concernant la PPL Warsmann, ce 5 mars. Les sénateurs socialistes contestant plusieurs articles de la PPL (sans lien avec le CEE) et l’aspect « fourre-tout » de la loi dans son ensemble.

Réponse des sages d’ici un mois.

 

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