L’absentéisme pour raison de santé entraîne des conséquences directes sur l’organisation des services, la continuité du service public et les équilibres budgétaires des collectivités. Pour répondre à cette problématique, le législateur a réintroduit, au 1er janvier 2018, le jour de carence dans la fonction publique, supprimant la rémunération du premier jour d’arrêt maladie. Si cette mesure s’applique à l’ensemble des agents publics, sa mise en œuvre a été très variable d’une collectivité territoriale à l’autre.
Un impact net et mesurable du jour de carence sur les arrêts maladie ordinaires
La réintroduction du jour de carence s’est traduite par une diminution significative des congés pour maladie ordinaire dans la fonction publique territoriale. Les résultats montrent une baisse d’environ 11 % de la probabilité pour un agent d’avoir au moins un arrêt maladie au cours d’un trimestre, ainsi qu’une réduction de 13 % du nombre total de jours d’arrêt cumulés. Ces évolutions traduisent un ajustement durable des comportements d’entrée en arrêt maladie, et non un simple effet ponctuel lié à l’annonce de la réforme.
L’impact de la mesure est très majoritairement concentré sur les arrêts de courte durée. Les arrêts de deux à trois jours, directement affectés par la perte d’une journée de rémunération, enregistrent les diminutions les plus marquées. À l’inverse, les arrêts de longue durée, notamment ceux supérieurs à deux semaines, ne sont quasiment pas modifiés. Le jour de carence agit ainsi principalement sur le micro-absentéisme, sans provoquer de report massif vers des arrêts plus longs.
La robustesse de ces résultats tient à une comparaison simple et pragmatique entre des collectivités ayant appliqué le jour de carence et d’autres l’ayant mis en œuvre plus tard ou de manière partielle, ce qui permet d’isoler l’effet propre de la mesure. Les retards de mise en œuvre ou les dispositifs de compensation maintenus par certains employeurs territoriaux ont permis de comparer, à période identique, des agents exposés à la mesure et d’autres ne l’étant pas encore, renforçant ainsi la solidité des estimations produites.
Des économies budgétaires réelles, mais des effets sociaux inégalitaires
Sur le plan financier, le jour de carence a généré des économies substantielles pour les employeurs territoriaux. Les estimations font état d’environ 86 millions d’euros d’économies annuelles à l’échelle de la fonction publique territoriale, soit près de 4,5 % du coût total annuel des congés pour maladie ordinaire. Ces gains correspondent à des effets directs et immédiats, liés à la baisse du nombre de jours d’arrêt indemnisés.
Toutefois, l’impact de la mesure apparaît très différencié selon les profils d’agents. Les effets sont nettement plus marqués chez les agents les plus jeunes, les moins qualifiés et les moins rémunérés, en particulier les agents de catégorie C. Pour ces derniers, la perte d’une journée de salaire représente un coût relatif plus élevé, renforçant l’effet dissuasif du jour de carence sur la prise d’arrêts courts.
Ce caractère inégalitaire soulève des interrogations importantes quant aux effets à moyen et long terme de la mesure. Les économies budgétaires mesurées ne prennent pas en compte les conséquences indirectes potentielles, telles que le renoncement à des arrêts pourtant nécessaires, la dégradation de l’état de santé à moyen terme, le report vers d’autres formes d’absences ou encore l’impact sur la qualité de vie au travail et la qualité du service public rendu.
L’analyse des effets du jour de carence sur la période 2018-2019 montre que cette mesure a effectivement contribué à réduire les absences pour maladie ordinaire dans la fonction publique territoriale, en ciblant principalement les arrêts de courte durée. Les gains budgétaires sont réels et immédiatement observables, mais ils s’accompagnent d’effets sociaux différenciés, touchant plus fortement les agents les plus jeunes, les moins qualifiés et les moins rémunérés.
Source : Quels effets du jour de carence sur les absences maladie des agents publics territoriaux en 2018-2019 ?, Cnam, Publication du CEET, 14 janvier 2026
