Dénonçant un « contexte de tensions salariales majeures », l’intersyndicale de la fonction publique (CGT, FO, CFDT, Unsa, FSU, Solidaires, CFE-CGC et la FA-FP) a déploré lors d’une conférence de presse le « refus » du gouvernement « de traiter sérieusement la question des rémunérations des agents publics ».
Les représentants des fonctionnaires réclament de longue date une augmentation de la valeur du point d’indice gelé depuis trois ans, sur la base duquel une partie de la rémunération des agents est calculée. Mais leurs préoccupations se sont renforcées depuis le retour de l’inflation lié à la guerre au Moyen-Orient.
Avec la récente revalorisation du SMIC pour suivre la hausse des prix à la consommation, 862 000 agents publics (sur 5,8 millions d’agents, soit près de 15 %) vont percevoir une indemnité pour garantir qu’ils ne soient pas payés en dessous du salaire minimum.
« Banalisation du SMIC »
Les représentants des agents publics ont dénoncé une « banalisation du SMIC dans la fonction publique » et un « affaiblissement du principe de carrière ».
« Pour la catégorie C, dans le premier grade, dix échelons sur onze sont en dessous du SMIC, ce qui représente jusqu’à 19 ans sans progression de rémunération indiciaire », et « à horizon 2028-2029, la catégorie A démarrerait elle aussi au niveau du SMIC si rien n’est fait », a affirmé Laure Revel, secrétaire générale de la CFDT Fonction publique.
Les agents progressent automatiquement d’un échelon à l’autre selon des grilles, en fonction de leur ancienneté, et cela se traduit en principe par l’augmentation de leur rémunération indiciaire au cours de leur carrière. Mais, contrairement au SMIC, cette grille n’augmente pas en fonction de l’inflation. Conséquence, le salaire minimum rattrape petit à petit les échelons de rémunération du bas de la grille, ce qui produit un phénomène de « tassement » avec plusieurs échelons coincés au niveau du SMIC.
Le « système de rémunérations des fonctionnaires est arrivé en bout de course et devient obsolète », a reconnu le ministre des Comptes publics, David Amiel, dans un courrier adressé aux syndicats la veille de la conférence de presse. Il a rappelé son souhait de revoir « l’architecture des carrières et des rémunérations », et proposé un rendez-vous salarial « au début du mois de juillet 2026 ».
Rentrée sociale ?
Les syndicats présents n’ont pas confirmé leur participation, mais ils avaient déjà claqué la porte d’une réunion sur le sujet mi-avril 2026.
Le ministre « omet de dire la raison pour laquelle on est parti », a pointé Caroline Chevé, secrétaire générale de la FSU. David Amiel a « ouvert un cycle de discussion sur les salaires et les carrières en commençant par annoncer qu’il n’y avait rien sur la table. Ni mesures d’urgence en lien avec la hausse de l’inflation, ni mesures immédiates nécessaires pour répondre aux problèmes de pouvoir d’achat », a-t-elle affirmé.
« Nous ne voulons plus participer à une énième réunion sur la réalité salariale des agents publics ça fait des années que ça dure (…), la réalité elle est connue », a résumé Christophe Delecourt, de l’UFSE-CGT.
Même son de cloche côté Solidaires Fonction publique : « si on entre en négociations, c’est que chacun met quelque chose sur la table (…) Si c’est juste faire une réunion avec rien du tout, c’est non », a appuyé Gaëlle Martinez, déléguée générale du syndicat.
Interrogé par l’l’AFP, le ministère des Comptes publics n’a pas dit s’il donnerait suite favorablement à cette revendication.
« S’il ne se passe rien, il faudra construire la mobilisation et établir le rapport de force, sinon nous n’obtiendrons rien de ce gouvernement », a prévenu Christian Grolier, secrétaire général de la Fédération générale des fonctionnaires de FO.
De son côté, l’Unsa espère aboutir à un « compromis » « d’ici la fin de l’été ». Mais « si le gouvernement ne joue pas le jeu », le syndicat « ne s’interdit rien », a expliqué son secrétaire général, Luc Farré.
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