Canicules et tourisme : “Les communes doivent trouver des solutions pour rester attractives”

Publiée aujourd'hui à 10h45 - par

Comment les maires ont-ils fait face aux canicules ? L'activité touristique en allait-elle été affectée ? Quelles solutions pour les communes les plus exposées ? Géraldine Leduc, conseillère du président de l'Anett (Association nationale des élus des territoires touristiques), tente de tirer un premier bilan… même si le sujet est encore trop chaud !
Canicule et tourisme : “Nous devons trouver des solutions pour rester attractifs”

© DR Anett

Vous comptez 950 communes adhérentes dans votre association. Au sortir de cet été caniculaire, peu propice sur le papier à la dynamique touristique, quels sont les retours de terrain des maires ? Que vous disent-ils ?

D’une manière générale, le premier constat que je fais à partir des retours des maires est que les touristes ont choisi leur destination de plus en plus tardivement. Cette tendance pourrait d’ailleurs se confirmer dans les prochaines années, les vacanciers intégrant désormais davantage le facteur météorologique dans leur décision. On observe ainsi une évolution des destinations privilégiées par les Français. Les communes de Bretagne, de Normandie, des Hauts-de-France, mais aussi les territoires de montagne, semblent avoir été particulièrement recherchés. Une redistribution des lieux de prédilection des Français est peut-être en train de s’opérer, sous l’effet du changement climatique et de la multiplication des épisodes de très fortes chaleurs. Face aux températures extrêmes, les touristes, comme les Français en général, ont également adapté leurs comportements. Beaucoup ont évité de sortir aux heures les plus chaudes, préférant rester dans leur chambre d’hôtel, dans leur hébergement ou devant leur télévision. Cette évolution des pratiques a nécessairement eu des conséquences sur certains commerces, restaurants et activités touristiques, qui ont probablement subi des pertes de fréquentation importantes.

Le temps est donc à l’adaptation…

Les habitants et les visiteurs s’adaptent, et les professionnels du tourisme doivent eux aussi adapter leur offre. La climatisation a parfois été présentée comme une réponse, mais elle ne peut pas constituer la seule solution. Il faut désormais réfléchir à l’aménagement des espaces : création d’aires ombragées, lieux abrités du soleil, espaces rafraîchis ou humidifiés, végétalisation des espaces publics… Toutes ces solutions doivent permettre de maintenir une activité touristique et commerciale, même lorsque les températures deviennent extrêmes.
Nous devons considérer cet été comme un signal d’alerte. Les communes ont peut-être été prises de court par la succession et l’intensité des épisodes caniculaires. Elles devront désormais mieux anticiper le renouvellement de tels phénomènes.

La question est donc de savoir comment nous préparer collectivement aux prochains étés : comment adapter les équipements, les horaires, les espaces publics, mais aussi l’organisation des activités touristiques ? Comment protéger les visiteurs, les habitants et les personnels ? Les maires ont besoin de réponses très concrètes et rapidement opérationnelles. C’est un sujet sur lequel nous allons devoir travailler dans les prochaines années.

En 2025, les canicules ont coûté plus de 10 milliards d’euros à la France, d’après une étude de l’université allemande de Mannheim publiée en septembre dernier. Il est sans doute encore trop tôt pour établir un bilan, mais avez-vous des retours de maires sur l’impact économique de cet été si particulier ?

Il est effectivement encore trop tôt pour tirer un bilan complet de la saison touristique. Nous avons tous constaté des situations très contrastées. J’ai, comme beaucoup, vu des terrasses de restaurants quasiment vides aux heures les plus chaudes. Mais, dans le même temps, nous avons également assisté à une forte fréquentation de lieux fermés et climatisés ou naturellement protégés de la chaleur : cinémas, musées, bibliothèques, équipements culturels… Les Français se sont donc adaptés, et les maires ont, eux aussi, essayé de proposer des solutions, notamment en développant des îlots de fraîcheur.

Il faudra probablement aller plus loin et réfléchir à l’adaptation des horaires de certains équipements municipaux, comme les piscines, les parcs publics ou les équipements culturels. Mais cette adaptation aura nécessairement un coût pour les communes. Travailler tôt le matin ou plus tard le soir ne revient pas au même coût en matière de personnel et d’organisation.
Il faut également prendre en compte la protection des agents municipaux. Lorsque les températures sont très élevées, il faut éviter de les exposer inutilement à la chaleur et leur permettre de bénéficier de temps de repos adaptés. Tous ces éléments doivent désormais être intégrés dans les politiques publiques locales. Cela concerne évidemment les communes touristiques, qui jouent une partie importante de leur dynamisme économique pendant la période estivale, mais également l’ensemble des communes françaises.

Prenons un exemple très concret : une commune qui avait l’habitude de fermer sa bibliothèque au mois d’août parce qu’elle était traditionnellement peu fréquentée pourrait être amenée à revoir cette organisation. En période de canicule, la bibliothèque peut devenir un véritable lieu de fraîcheur et d’accueil pour les habitants comme pour les visiteurs. Il faut donc pouvoir adapter les horaires et les usages des équipements aux nouvelles réalités climatiques. Sur la base des premiers retours des maires, j’ai néanmoins le sentiment que la saison touristique s’est globalement déroulée de manière relativement normale. Cela tient probablement au fait que certaines régions ont davantage tiré leur épingle du jeu et ont bénéficié du report d’une partie des visiteurs.

Vos adhérents sont-ils demandeurs d’expériences et de solutions concrètes venues d’autres communes  ?

Oui, ils sont particulièrement demandeurs de retours d’expérience. Les fiches techniques que nous réalisons sont utiles et sont largement consultées. Mais lorsqu’un maire prend la parole pour expliquer concrètement comment il a réussi à rafraîchir un équipement, aménager un espace public ou adapter les horaires d’un service, cela leur parle immédiatement. C’est un élu qui comme eux connaît les mêmes contraintes et qui leur montre qu’une solution est réalisable dans une commune comparable à la leur.
C’est précisément cette logique de partage d’expériences qu’il faut aujourd’hui développer.
De nombreuses communes réfléchissent à la manière de rafraîchir leur territoire : comment planter davantage d’arbres ? Où les planter ? Comment créer de l’ombre ? Comment végétaliser sans remettre en cause la sécurité ou les usages existants ?

Les maires sont parfois confrontés à des solutions contradictoires. Prenons l’exemple des campings. Il faut évidemment assurer leur sécurité, notamment en matière de débroussaillement et de prévention des incendies. Mais il faut également pouvoir préserver et développer les arbres, qui permettent de rafraîchir les espaces, de créer de l’ombre et de contribuer au stockage du carbone. Il faut donc trouver un équilibre entre sécurité, adaptation au changement climatique, protection de l’environnement et maintien de l’activité touristique.
Car il ne faut jamais oublier que le tourisme constitue un moteur essentiel de l’économie française. Pour préserver notre attractivité et notre art de vivre, nous devons désormais intégrer pleinement le risque climatique dans nos politiques touristiques.

Stéphane Menu

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