Permettre aux habitants de travailler, se loger, se chauffer, se nourrir, se déplacer, se soigner, vivre en sécurité, accéder aux loisirs et à la culture… Impossible de détailler les soixante propositions de France urbaine pour répondre aux crises et préparer l’avenir. Une feuille de route, publiée à l’occasion des 10 ans de l’association le 1er octobre 2026, qui vise à contribuer au débat de l’élection présidentielle de 2027. Objectif : renforcer les pouvoirs locaux des métropoles, agglomérations et bassins de vie urbains, qui concentrent plus de neuf habitants sur dix, et où « se joue l’essentiel du développement, de l’adaptation climatique, du logement, des mobilités, de la cohésion sociale et de la décarbonation ».
Se défendant d’une vision empreinte de déclinisme et de nostalgie, les élus de France urbaine s’inscrivent au contraire dans les défis contemporains : souveraineté économique, réindustrialisation, vieillissement de la population, intelligence artificielle, défiance démocratique, hausse de la pauvreté, crise du logement, tensions géopolitiques, adaptation urgente au changement climatique et neutralité carbone en 2050.
Sécurité, épanouissement et égalité des chances
Les propositions relèvent de quatre chapitres. Tout d’abord, les élus souhaitent que les territoires urbains soient « des espaces de sécurité, d’épanouissement et d’égalité des chances », sachant notamment que plus de six personnes sur dix rencontrent des difficultés dans leurs démarches administratives et que 30 % des habitants des quartiers prioritaires de la ville se sentent en insécurité – deux fois plus que ceux qui vivent dans les unités urbaines. Il conviendrait, par exemple, d’engager un Acte II de la lutte contre le narcotrafic et d’élargir l’action judiciaire des polices municipales, de tripler les crédits du fonds interministériel de prévention de la délinquance (FIPD) alloués à la vidéoprotection ou encore de créer un fonds de soutien au développement des polices municipales et intercommunales, alimenté par les recettes des amendes.
Les violences faites aux enfants devraient faire l’objet d’une réponse locale et coordonnée et le financement des modes de garde pourrait être revu. En outre, l’évolution démographique pourrait constituer une opportunité pour améliorer la qualité éducative (inclusion, quartiers prioritaires, rénovation des bâtiments).
En matière de logement, France urbaine souhaite que soit révisé le financement de la production et de la rénovation et que les grandes intercommunalités soient appelées à gérer localement la régulation des marchés : zonage, accélération des procédures, encadrement des loyers et décentralisation des aides à la pierre.
Les grandes agglomérations, autorités organisatrices de la transition écologique
Le deuxième volet de propositions consisterait à faire des territoires urbains « des fers de lance de la souveraineté écologique et industrielle », afin d’accompagner la transition écologique. Les grandes agglomérations pourraient ainsi devenir les autorités organisatrices de la transition écologique. Plusieurs mesures contribueraient à redynamiser les centres-villes et les quartiers : lancer un troisième programme de rénovation urbaine et un programme national de revitalisation commerciale et de l’habitat des centralités urbaines, autoriser l’encadrement des loyers commerciaux en cas de forte vacance (elle s’élève à + 71 % en dix ans dans les villes de plus de 100 000 habitants) ou encore relancer un programme national de transformation des entrées de ville.
Les grandes collectivités urbaines entendent accompagner la révolution économique et sociétale liée à l’intelligence artificielle, en favorisant les comités éthiques locaux et la consultation des usagers, en associant les agents et en formant les élus et les cadres territoriaux notamment. En outre, les collectivités concernées devraient être associées aux décisions d’implantation des data centers, qui pourraient relever d’une classification d’urbanisme spécifique.
Adapter la fiscalité locale et la commande publique
La troisième liste de propositions vise la commande publique, mise en perspective avec la transition écologique et démographique. Par exemple : inscrire l’autonomie fiscale dans le droit, « contrecarrer l’érosion tendancielle de la fiscalité directe locale et cesser les réformes qui ignorent les élus locaux », alors que « plus des deux tiers voire localement des trois quarts des usagers des villes ne sont plus contribuables locaux ». Les élus préconisent de nombreuses autres mesures, comme retisser un lien fiscal entre chaque citoyen-contribuable et la commune où il réside et dont il utilise les services, garantir aux collectivités des ressources diversifiées et dynamiques, coconstruire avec l’État une trajectoire pluriannuelle sur les dotations et les impôts locaux, sanctuariser les compensations de suppression de fiscalité locale. Il s’agirait aussi d’intégrer par défaut les considérations environnementales et sociales dans l’objet du marché, d’autoriser le recours à la négociation quel que soit le montant du marché ou encore de ne pas dissocier la péréquation de critères objectifs d’effort fiscal.
Renforcer l’intercommunalité
Enfin, les institutions urbaines demandent que leur soient donnés les moyens d’assumer leurs responsabilités. Quelques exemples : simplifier les outils de coopération en élargissant les capacités d’intervention des pôles métropolitains, abandonner le principe d’exclusivité territoriale, conclure entre l’État et chaque grande agglomération un pacte d’avenir de six ans doté de financements garantis afin de relever les grands défis et renforcer la solidarité entre territoires, s’appuyer sur l’intercommunalité volontaire pour approfondir la décentralisation, renforcer la possibilité d’élargir les périmètres intercommunaux pour réduire les inégalités territoriales, adapter le cadre juridique des communes nouvelles aux bassins urbains. France urbaine souhaite également que l’accès au statut de communauté urbaine soit simplifié, que le pouvoir normatif du bloc communal soit accru, les expérimentations institutionnelles facilitées et le service public local adapté à l’évolution des besoins.
Marie Gasnier