Le Covid-19 pousse les stations de ski vers de nouvelles pistes

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Un afflux de touristes l’été et des remontées mécaniques à l’arrêt l’hiver. Avec la crise sanitaire, la montagne vit un moment inédit qui pourrait, espèrent certains acteurs, accélérer sa transition vers un modèle économique moins dépendant du ski alpin et de la saison hivernale.

En pleine pandémie de Covid-19, la saison s’annonce désastreuse pour les stations de ski, privées à Noël de 80 % de leur fréquentation faute de remontées mécaniques et de restaurants, bars et discothèques. Pour les deux semaines des vacances fin décembre, la perte de chiffre d’affaires de l’ensemble de la filière s’élèverait à 1,5 milliard d’euros, selon la filière.

De quoi convaincre les stations de ski de « passer la seconde », prédit Cécile Ferrando, en charge de la promotion de Val-d’Isère Tourisme. Cette « période compliquée » leur permet de « faire découvrir une autre facette » de la montagne, plaide-t-elle. 

La station de ski savoyarde mise désormais sur la saison estivale et veut valoriser son patrimoine et ses églises. Pour la première fois, des tour-opérateurs étrangers l’ont contactée pour y organiser des séjours l’été prochain, un « signal fort », selon Mme Ferrando.

Quant à La Plagne (Savoie), elle aussi a été approchée par plusieurs tour-opérateurs qui envisagent d’y envoyer leurs clients l’été prochain, explique à l’AFP Thomas Saison, directeur commercial de la station.

Pour certaines stations de moyenne ou basse montagne, « la crise va accélérer une forme de spécialisation » vers d’autres activités, selon lui. Il pourrait y avoir « un bon créneau à prendre » pour celles « qui ont envie de muter vers un modèle sans ski alpin », estime M. Saison.

Luge, VTT, trail…

En revanche La Plagne, classée parmi les plus hautes stations de France et donc moins directement menacée par les problèmes d’enneigement que connaissent celles situées à plus basse altitude, ne compte pas emprunter cette voie.

Car la crise sanitaire a aussi mis en lumière l’importance économique du ski alpin. Serpent de mer du secteur, la diversification, rendue nécessaire par le changement climatique, bute contre ce modèle prédominant depuis des décennies. Rares sont encore les stations de sports d’hiver qui osent imaginer un futur sans remontées mécaniques.

Parmi ces pionnières, figure la station jurassienne de Métabief (Doubs), qui culmine à 1 430 m et qui a même fixé une échéance pour sa transition : 2040. À partir de cette date, disent les experts, la neige n’y sera plus garantie. Sans renoncer entièrement à ses remontées mécaniques, elle investit dans le VTT, la luge, les balades de chiens de traineaux ou le trail. 

Grâce à ces autres activités, Métabief a profité d’une « fréquentation phénoménale » pendant les fêtes, se réjouit Philippe Alpy, président du Syndicat Mixte du Mont d’Or. Mais elles créent moins d’emplois et rapportent encore peu : sur une saison normale, le ski alpin représente 90 % du chiffre d’affaires.

« C’est un autre monde qu’il faut imaginer », témoigne M. Alpy, qui pense que la pandémie « remet en cause des schémas économiques concentrés sur le ski alpin ».

« Premier électrochoc »

Maire d’Habère-Poche (Haute-Savoie), où est située la station familiale des Habères (1 600 m d’altitude), Vincent Letondal verrait comme « un échec » l’abandon du ski alpin, mais admet que « si on était dans le tout-ski, on serait morts ». 

Cette année, la station a construit une piste de VTT et rêve de créer une tyrolienne. Il espère que la crise convaincra l’État d’aider les stations à financer ces « investissements conséquents ».

« La crise sanitaire aura servi de révélateur », avance Vincent Neirinck, membre de Moutain Wilderness, une association de protection de la montagne. Il assure que depuis le début de la pandémie, des élus de zones montagnardes l’ont contacté, pour améliorer « la mise en valeur de leur territoire ».

Pierre-Alexandre Métral, doctorant en géographie à l’Université de Grenoble Alpes, considère que ce « premier électrochoc » pourrait « pousser les stations à l’adaptation ». « On voit quelques bribes de créativité », juge-t-il, mais la transition prendra du temps.

Moins identifiées au ski alpin, « les stations de moyenne montagne résistent mieux » cette saison que celles de haute altitude, estime Didier Arino, directeur du cabinet spécialisé Protourisme, mais ne font « que la moitié du chiffre d’affaires de l’an dernier ». 

Pour lui, compte tenu du changement climatique et du coût de production de la neige de culture, « beaucoup de stations n’ont aucun avenir sans repositionnement ». 

À La Plagne, Thomas Saison résume l’état d’esprit général : « Il y a une phrase assez culte dans notre milieu, "le tout-ski, c’est fini, mais sans le ski, tout est fini". »

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