Sans grand espoir, les stations de ski demandent au gouvernement de « sauver la montagne »

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Sans trop se faire d’illusions, les professionnels du ski appellent le gouvernement à « sauver la montagne » et à rouvrir au plus tôt les remontées mécaniques alors que la saison est déjà très compromise.

« On place tout nos espoirs dans les annonces de cette semaine », résume Laurent Reynaud, le directeur de Domaines skiables de France (DSF).

Quelques jours après l’instauration d’un couvre-feu généralisé à 18h00 et alors que les chiffres de l’épidémie de Covid-19 ne s’améliorent pas, le gouvernement doit faire le point mercredi 20 janvier et annoncer dans la foulée s’il autorise ou non tire-fesses, télésièges et dameuses à rentrer en piste.

« Si on loupe les vacances de février (étalées du 6 février au 1er mars), c’est une saison noire » qui s’annonce, prévient Jean-Luc Boch, président de l’Association nationale des maires de stations de montagne (ANMSM). « On aura de la casse. »

« Le système économique de la montagne a mis 60 ans à se mettre en place et, en quelques mois, on va le détruire » si les remontées ne sont pas rouvertes, prévoit-il en mentionnant les 250 000 à 400 000 personnes qui travaillent, directement ou indirectement, pour le secteur.

Devant l’ampleur des enjeux, les appels à la réouverture se sont multipliés. Dimanche 17 janvier 2021, Henri Giscard d’Estaing, le PDG du Club Med, appelait dans l’hebdomadaire JDD à « sauver la montagne ».

Lundi 18 janvier, le nouveau Collectif des entreprises de montagne, qui dit représenter 12 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 200 000 emplois directs, a demandé à rouvrir les remontées pour le 30 janvier et à augmenter les aides « pour assurer la survie de l’écosystème montagne » et « limiter l’impact social ».

« On demande de la visibilité : les vacances de février, c’est 45 % du chiffre d’affaire », clame Guillaume Roger, directeur opérationnel de la société N’Py, qui regroupe huit stations du massif pyrénéen. « Les conditions sont idéales ; il y a de la neige partout ; tout est prêt. »

« Tout l’écosystème ne pense qu’à ça », ajoute Jean-Luc Boch.

Précaires

À Risoul, les saisonniers devaient animer mardi 19 janvier une ouverture fictive avec prise de température lors de l’achat des forfaits, locations du matériel, files d’attentes distanciées et autres animations pour montrer « le sérieux des professionnels de la montagne ».

Mais dans cette station des Hautes-Alpes comme ailleurs, les vacanciers n’y croient plus : « nous avons de plus en plus de mal à maintenir les clients dans une réservation » pour les vacances, note Christian André, de l’office de tourisme local.

La non-réouverture aurait des conséquences de long terme, préviennent les professionnels : arrêt des investissements, départ de grands hébergeurs, chute du revenu des collectivités, casse des fournisseurs… et disparition de nombreux emplois.

« Une partie des saisonniers sont très précaires », poursuit Christian André, car leurs contrats n’ont pas été signés. Ils ne bénéficient donc pas du chômage partiel.

« Si d’un point de vue parisien, le ski n’est pas une activité essentielle, elle est essentielle pour tout ceux qui habitent dans les vallées de montagne », estime Éric Brèche, le président du Syndicat national des moniteurs du ski français (SNMSF).

L’impatience et la grogne montent en montagne car les travailleurs des stations ne comprennent pas la fermeture, ajoute M. Brèche, soulignant qu’avec le couvre-feu, « il n’y a pas d’après-ski ».

« Peut-on raisonnablement penser qu’il y a plus de risque d’aller dans une station de ski que de se promener sur une grande artère d’une ville ? », se demande Dominique Marcel, le PDG de la Compagnie des Alpes, qui exploite dix des plus grands domaines skiables de France.

Mardi, neuf sénateurs de territoires de montagne devaient être reçus à l’Élysée et discuter notamment de « la mise en place d’un véritable Plan Marshall pour la montagne », selon le sénateur LR de Savoie Cédric Vial.

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