Stéphane Martinotti, DGS de la commune des Orres: “L’impact serait considérable pour l’économie montagnarde”

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Le gouvernement a décidé de rouvrir les stations de ski mais de maintenir fermées les remontées mécaniques jusqu’au 2, voire jusqu’au 20 janvier 2021. Cette décision est reçue difficilement par les collectivités concernées qui s’inquiètent des conséquences d’une saison d’ores et déjà tronquée. Entretien avec Stéphane Martinotti, Directeur Général des Services de la commune des Orres (Hautes-Alpes).

Plusieurs élus des régions concernées dont l’Association nationale des maires de stations de montagne (ANMSM) se sont insurgés fin novembre dans une tribune adressée au président de la République, puis ont saisi le Conseil d’État qui doit rendre sa décision ce mercredi.

En attendant la décision du Conseil d’État et surtout une prochaine réunion à Matignon le 11 décembre, comment préparez-vous malgré tout la prochaine saison d’hiver dans votre station ?

Comme les années précédentes ! Les communes de station de sports et de loisirs de montagne et l’ensemble de leurs acteurs privés se préparent comme si l’ouverture était actée pour le 19 décembre ou avant. Les embauches ont eu lieu. Les effectifs d’ASVP, de sapeurs-pompiers volontaires, de saisonniers services techniques sont au complet. Les autres services publics sont prêts à ouvrir (office de tourisme, agence postale communale, musée, service de transport urbain…). Tout le monde est dans les starting-blocks !

La neige est arrivée, les pistes sont en cours de préparation, les parkings sont entretenus et déneigés, les illuminations festives sont en place, il ne reste plus qu’à appuyer sur le bouton ! Tout est organisé comme à l’habituel pour accueillir convenablement nos visiteurs même sans remontées mécaniques dans un premier temps. De plus, à la différence de l’année précédente, nos plans de continuité d’activité sont prêts et nous saurons adapter nos services si besoin.

Comment adaptez-vous vos personnels, vos infrastructures et équipements aux exigences sanitaires ?

Comme partout ailleurs ! Nos personnels sont protégés (masques, gel…) et formés (sensibilisation au respect des gestes barrières pour leur sécurité et celle des vacanciers). Pour le reste de nos infrastructures et équipements, nous nous préparons à appliquer les protocoles sanitaires des différents ministères. Les règles seront les mêmes dans nos cinémas, patinoires, salles de spectacle, manèges que partout en France. De plus, nous espérons obtenir l’autorisation des ARS de réaliser des tests massifs à destination de nos employés publics ou privés pour isoler rapidement un cas positif et protéger le reste des effectifs et ainsi présenter un environnement sécurisé pour nos visiteurs. Des protocoles sont en cours de validation et ont parfois pu être mis en œuvre.

Quels seraient les impacts d’une ouverture des domaines skiables à la mi-janvier comme il a été évoqué initialement par le gouvernement ?

L’impact serait considérable pour l’économie montagnarde. Les vacances de Noël et la période jusqu’au 20 janvier représentent plus de 30 % des chiffres d’affaires des remontées mécaniques mais aussi de toutes les activités qui gravitent autour : commerces, restaurants, hébergements, transports, moniteurs de ski, guides… Cette saison sera déjà largement impactée par l’annulation de voyages de groupes et de classes de neige. Un report aggraverait encore la situation et dans des proportions inégalées !

En parallèle, les finances publiques seront impactées par la baisse de certaines de leurs recettes (taxe de séjour, taxe sur les activités de remontées mécaniques…). D’autant plus que les collectivités n’ont pas droit au chômage partiel et qu’il a bien fallu engager les équipes !

Personne n’envisage une saison sans ski. Bien sûr, nos stations se sont diversifiées et offrent beaucoup plus d’activités que le TOUT ski. Mais les vacanciers comme les locaux restent très attachés à la pratique du ski et de ses dérivés qui apportent la majeure partie des recettes.

Nous sommes convaincus que très rapidement, l’énorme travail réalisé par les associations d’élus et les représentants des différentes professions sera payant et qu’il sera remédié à l’incohérence de maintenir des espaces de plein air fermés quand d’autres lieux clos sont ouverts. N’oublions pas qu’à la neige on porte des gants, on porte souvent un passe montagne devant le nez ou une cagoule pour se protéger du froid ! Le port du masque obligatoire dans les files d’attente et les télésièges ou télécabines ne sera pas plus compliqué qu’ailleurs. N’oublions pas que ces protocoles ont déjà été testés et ont fait leur preuve l’été dernier sans générer de clusters.

Comment accompagnez-vous vos commerces et l’ensemble des acteurs du tourisme sur votre territoire ?

Autant que possible. En étant prêt à ouvrir l’ensemble de nos services publics dès le début des vacances de Noël. En étant prêt à accueillir de nombreux visiteurs dès Noël, en rappelant qu’un Noël à la montagne est magique !

Au moment de faire les comptes, les différentes assemblées délibérantes seront très vraisemblablement sollicitées pour annuler certaines redevances d’occupation du domaine public si certaines fermetures administratives devaient perdurer. D’ores et déjà, l’émission des titres de recettes est gelée pour ces activités durant la période de fermeture.

La plus efficace des aides serait de les laisser travailler et de leur accorder la confiance qui est accordée aux gestionnaires d’activités en espace clos !

Propos recueillis par Julien Prévotaux

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