Fermées à Noël ? Les stations de ski, abasourdies, veulent encore convaincre

Administration

Les stations de ski ont été prises de court par les annonces présidentielles semblant exclure une réouverture pour Noël, alors qu’une décision n’était pas attendue dans l’immédiat. Devant l’importance de l’enjeu, elles espèrent encore pouvoir infléchir la position du gouvernement.

« On est dans l’incompréhension totale et on souhaite une clarification de la situation », affirme à l’AFP Jean-Luc Boch, président de l’Association nationale des maires de stations de montagne (ANMSM) et de France Montagnes, organisme de promotion de la destination.

Car lundi 23 novembre 2020, après une réunion avec tout le secteur, le Premier ministre Jean Castex avait parlé d’une « réponse définitive le 5 décembre ». Là, le mardi 24 novembre le président Emmanuel Macron dit qu’on « n’aurait pas l’autorisation d’ouvrir et d’exploiter nos domaines skiables avant le 20 janvier », constate M. Boch.

« Il y a peut-être eu une précipitation dans l’annonce du Président et elle est très préjudiciable à toute l’économie de montagne », qui pèse pour 10 milliards d’euros de retombées économiques et 120 000 emplois saisonniers, souligne M. Boch.

La « cordée montagnarde » espère pouvoir « infléchir cette position, qui nous apparait extrêmement injuste », ajoute le responsable, qui « a demandé un rendez-vous avec le Premier ministre ».

« Il était trop tôt encore pour décider ! », renchérit la députée de la Savoie Émilie Bonnivard (LR). « C’est un couperet inacceptable. Nous allons à nouveau nous mobiliser pour trouver des solutions ».

Le PDG de la Compagnie du Mont-Blanc « avait soutenu jusqu’à présent le gouvernement ». Mais « là, j’avoue, je ne comprends pas », dit-il. « Cet été, on a fait 2,3 millions de passages, jusqu’à fin octobre. On n’a eu aucun cluster ou coup de fil de l’ARS. Ça montre que le protocole fonctionne ! », assène Mathieu Dechavanne, qui pense aux conséquences désastreuses » de cette décision, notamment pour ses 1 000 salariés l’hiver.

Même incompréhension et colère dans les Hautes-Alpes, où l’Agence de développement interpelle directement le président : « Vous autorisez l’ouverture d’établissements en lieux clos mais pas la pratique du ski, activité de plein air. Vous autorisez les déplacements entre régions pour passer Noël en famille, mais pas en station ».

« Vous mettez nos territoires de montagne en danger en sous-estimant gravement les conséquences économiques et sociales d’un report d’ouverture en janvier (…) Jamais l’État ne pourra compenser à sa juste mesure le préjudice », écrivent ses président Patrick Ricou et directeur Yvan Chaix, qui espèrent une « évolution de sa position ».

En Isère, « c’est la stupéfaction et le désarroi dans nos rangs devant cette incohérence », dénonce Chantal Carlioz, vice-présidente du département chargée de la montagne et des stations.

De plus, « les stations suisses et autrichiennes sont ouvertes. Et certaines stations italiennes ont également annoncé leur ouverture prochaine », souligne l’élue alors que le gouvernement parle de « coordination européenne ».

« Comment peut-il y avoir une posture aussi radicalement opposée entre le chef de l’État et le chef du gouvernement », s’interroge Jacques Alvarez, responsable de la communication d’Altiservices, qui gère les stations de Saint-Lary et de Font Romeu-Pyrénées 2000, deux des plus grandes stations des Pyrénées.

« Les espoirs restent très minces, même s’il en reste quelques-uns », estime Christine Massoure, directrice générale de la Compagnie des Pyrénées, qui exploite huit domaines. « On reste sur le pied de guerre pour ouvrir dès qu’on nous dira que c’est possible, même si on reste très lucide par rapport aux décisions qui nous échappent ».

Pour Renaud Muselier, président LR de la région PACA, « il faut absolument qu’on trouve une solution pour ouvrir (…) Les stations de ski de région font 30 % de leur chiffre d’affaire à Noël ».

« Le président de la République a dit qu’il ne pensait pas que cela était faisable avant les fêtes et bien montrons-lui que c’est faisable ! « , a-t-il déclaré sur France Bleu Provence.

Le protocole sanitaire, peaufiné depuis des semaines sous l’égide du préfet de la Savoie en cas de réouverture des stations, fait encore des aller-retour avec la cellule interministérielle de crise (CIC).

« Si on ouvre, la distanciation, on l’a ; les médecins de montagne sont capables de réagir ; nous avons un protocole de tests antigéniques réfléchi collectivement », détaille Jean-Luc Boch, pour qui « les montagnards sont des gens responsables qui ne mettront jamais en danger les personnes hospitalisées pour Covid ou autres. Les stations ne satureront pas les hôpitaux publics », assure-t-il.

« On peut faire de la montagne un laboratoire national et montrer que quand on veut, on peut ! ».

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