Les 3 conseils de lecture de Jean-Jacques Roux, DGS de Cuers

Bien-être des acteurs publics

Chaque mercredi, nous demandons à un acteur public parmi ce qu’il a lu ou relu, vu ou entendu – livres, articles, vidéos –  quels sont les 3 médias qui ont le plus nourri sa réflexion pendant cette crise sanitaire. Cette semaine, Jean-Jacques Roux, DGS de Cuers, enseignant en culture générale et en Management Public au CPAG de Sciences Po Aix, membre du Cercle des Acteurs Territoriaux, nous livre ses réflexions.

  • « Système 1 / Système 2 : les deux vitesses de la pensée » de Daniel Kahneman, Édition Flammarion
Jean-Jacques Roux, DGS de Cuers

Jean-Jacques Roux

Dans ce monde où nous vivons sans cesse en mouvement, dans ce monde où tout est relatif, où la précarité prédomine, où tout s’accélère, ceux qui s’en sortent sont soit spectateurs (et donc peu acteurs), soit armés et outillés pour affronter ce monde sociétal et professionnel et ses caractéristiques. Ces armes et ces outils ne forment qu’un : l’intelligence et en particulier ce que j’aime appeler l’intelligence situationnelle. Celle qui, quelle que soit votre instruction, quel que soit votre QI, vous permet d’appréhender votre environnement, de le comprendre et de vous y adapter. Bien sûr, l’apprentissage par les compétences, ou par le retour d’expériences, permet de s’améliorer et de progresser, mais la posture managériale, aussi transversale et participative que vous pourriez chercher à la façonner reste d’abord et avant tout une posture solitaire.

Décider est un acte fort et solitaire. Décider juste et bien, même si vous êtes bien entouré et conseillé, nécessite d’avoir un cerveau préparé à cela. Cette préparation ne vous évitera pas toutes les erreurs, mais elle en limitera le nombre, soyez-en persuadés !

Alors armons-nous, outillons-nous pour savoir faire face. Travaillons sur notre cerveau à la fois si familier et si inconnu.

« Système 1, système 2 », un livre qui démontre, expériences scientifiques à l’appui, que votre cerveau peut être votre meilleur ennemi (ses réponses immédiates sont trop souvent erronées et vous font mal juger), mais qu’il peut aussi être votre meilleur ami pour peu que vous sachiez accepter et commander un peu de lenteur et beaucoup d’efforts de sa part, ce qui vous permettra de diminuer significativement en nombre vos erreurs de jugement.

  • « Psychologie de la connerie », ouvrage collectif, Édition Sciences humaines

Autant dire que dans le monde de la Territoriale, on se sent un peu assiégé par le phénomène. Non pas parce qu’il y aurait « plus de cons qu’ailleurs », il n’y en a pas plus pas moins, mais parce que dans ce monde territorial, qui devrait être par nature un monde à la fois hyper professionnel et très austère (au sens protestant), on ne peut être que frappé par « l’amateurisme » parfois entretenu et par la trop grande propension d’une partie de ses acteurs à adopter des comportements et à prendre des décisions si éloignées de toute considération professionnelle.

Quand on a profondément ancré à l’esprit l’immense responsabilité induite par la provenance de l’argent par lequel nous sommes payés et que nous gérons (à savoir les impôts des contribuables) et par la nature du travail que nous faisons (rendre un service au public), certains fonctionnements dévoyés sont proprement insupportables.

Le seul moyen de s’apaiser et de se détendre est de se convaincre que ce qui nous est insupportable est en fait sujet d’étude et qu’il fallait bien se mettre à plusieurs (c’est un ouvrage collectif) pour s’imaginer embrasser le périmètre.

J’aime aussi beaucoup ce thème car chacun, et moi comme les autres, doit garder en permanence à l’esprit qu’on est toujours « le con de quelqu’un » et qu’en conséquence, de gré ou de force, par nature ou par aliénation ou par procès d’intention, on l’est toujours un peu soi-même.

D’où ce sentiment qu’il est bon parfois de prendre un peu de recul et cette recommandation de lire les contributeurs de cet ouvrage dont le caractère pluriel garantit d’y trouver son bonheur (toute ressemblance avec des personnes…).

  • Note d’ouverture du Haut Commissariat au Plan du 28 octobre 2020 intitulée : « Et si le Covid durait ? »

J’ai eu la chance de disposer par un parlementaire de la note d’ouverture du HCP relative au Covid. Même s’il s’agit de pistes de réflexions et de propositions qui dépassent mon cadre opérationnel, celles-ci ont été plus que les bienvenues.

Après avoir beaucoup œuvré sur les conséquences opérationnelles du Covid, j’ai pu enfin m’en extraire grâce à cette lecture et faire ainsi le lien entre mes propres analyses et mon regard forcément partiel et ce contenu bien plus complet, bien plus ouvert et bien plus transversal que ce que je n’aurais pu faire. La note passe ainsi en revue de manière synthétique tous les enjeux sociétaux et de service public impactés directement ou indirectement par la crise du Covid, réfléchit, pose un certain nombre de questions et finit son analyse par la proposition de prioriser sept grands domaines d’actions. Une vraie plus-value.

Il m’attriste parfois, au regard de cette expérience de lecture comme d’autres, que les institutions centrales françaises et les professionnels des territoires soient dans leurs relations si mal connectés les uns aux autres. Une belle exception pour moi et une lecture qui mérite grandement votre attention et qui est désormais en ligne sur le site du gouvernement.

Propos recueillis par Hugues Perinel

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