Avec le projet Liger, unique en Europe, la Bretagne mise sur les énergies renouvelables

Développement durable

Petite ville discrète du Morbihan, Locminé a choisi de sortir de l’ombre en s’offrant un centre d’énergies renouvelables unique en Europe : Liger, le pôle aux six énergies vertes, que François Hollande a inauguré le vendredi 4 novembre, à l’occasion de l’entrée en vigueur de l’accord de Paris sur le climat.

« Pour mener des projets de cette dimension dans une commune qui n’a pas nécessairement la population et les moyens financiers pour être un exemple en Europe, il faut avoir une imagination fertile sans doute, une audace sûrement, mais une volonté », a estimé le président de la République, saluant un centre « unique en son genre ».

« Ici », a-t-il conclu, « vous démontrez que la ruralité est en avance par rapport à d’autres territoires ».

Alors que le changement climatique s’accélère, les 15 000 habitants du territoire de Locminé sont passés à l’action en valorisant les ressources naturelles locales. Locminé devrait ainsi compenser les 18 000 tonnes de dioxyde de carbone qu’elle émet chaque année.

Aux prémices du projet, se souvient Grégoire Super, maire de Locminé et président de Liger, « nous avons été pris pour des fous (…). Qui aurait pu imaginer, il y a dix ans, que notre commune serait dans peu de temps autonome en énergie, en utilisant les déchets que nous produisons pour nous chauffer, nous éclairer, alimenter nos véhicules ? ».

« Notre fil conducteur, c’est la réduction des émissions de CO2 », résume le directeur général de Liger, Marc Le Mercier, qui n’en finit pas de lister les « inédits » de ce projet, lancé en 2011.

Six énergies vertes

Liger, qui emploie 15 salariés, a coûté quelque 14,5 millions d’euros. Une somme supportée d’un côté par la commune, le département, la région et l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), de l’autre par des entreprises privées.

« On est souvent décriés, notamment dans la filière porcine. On voulait s’intégrer dans un projet d’avenir et intégrer le volet environnemental », a ainsi expliqué vendredi à François Hollande le PDG de Jean Floc’h, Michel Boulaire, actionnaire de Liger.

Concrètement, Liger est le premier site en France à coupler chaudière bois et unité de méthanisation, pour produire six types d’énergies vertes : électricité, chaleur, biocombustible, carburant Bio GNV, biofertilisant et aussi du biométhane, qui sera réinjecté dans le réseau de gaz.

Liger est aussi le seul en Europe à valoriser jusqu’à 42 types de déchets, selon ses responsables.

« Simone », comme les salariés du site ont rebaptisé la fringante chaudière bois, est opérationnelle depuis 2012, alimentée en bois d’élagage et rebuts de scierie. Sur son corps en acier rouge et noir se sont greffées d’étranges libellules : ces magnets, ainsi que quelques oiseaux en bois, rappellent le partenariat tissé avec la Ligue de protection des oiseaux (LPO), à laquelle Liger a confié la partie forestière de son site, pour y créer un refuge.

Demain, le numérique

L’unité de méthanisation et ses deux digesteurs – deux énormes cuves de 25 mètres de haut – monteront en charge le 14 novembre, alimentés par 48 000 tonnes de déchets de l’industrie locale, notamment les cosses et fanes de légumes de l’entreprise D’aucy, 8 000 tonnes d’excédents agricoles, comme le lisier des élevages porcins, et 4 000 tonnes de boues et effluents provenant des stations d’épuration.

La méthanisation est un processus de fermentation des déchets organiques en milieu anaérobie (sans oxygène) qui produit du biogaz. Les résidus de cette fermentation seront récupérés au bout de 55 jours et transformés en fertilisant et combustible.

Ce combustible, le Bio GNV, qui n’émet quasiment pas de particules fines, sera ensuite utilisé dans les trois camions « verts » qui collecteront les déchets dans un rayon de moins de 20 kilomètres.

« La boucle est bouclée et recommence à l’infini », se réjouit-on chez Liger, fiers de cette économie circulaire.

Mais pour Marc Le Mercier, Liger, « c’est juste une histoire qui commence ». Le responsable du projet prépare déjà le futur, avec bientôt sur le site une production électrique à plus grande échelle, les biotech, le numérique… Et ce rêve pas si fou du « premier data center breton avec une empreinte carbone nulle ».

 

par Dorothée MOISAN

 
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