Gros pollueurs, les hôpitaux tentent de prendre soin de la planète

Développement durable

Réduire la facture d’électricité, recourir à des énergies propres, revaloriser les déchets… Gros pollueurs, les hôpitaux n’ont pas attendu la COP21 pour se mettre au vert, revendiquant un « devoir d’exemplarité » tout en visant de substantielles économies.

Une grande cheminée plantée sur un bâtiment aux couleurs ocre et rouille, dans l’enceinte de l’hôpital Avicenne à Bobigny, près de Paris. Inauguré en 2014 après sept ans de gestation, voici l’un des « gros bébés » qui font la fierté d’Olivier Vilain, directeur des investissements et de la maintenance de l’établissement. Car derrière ses allures de « friche industrielle » se cache une chaufferie biomasse respectueuse de l’environnement. Grâce à elle, « on économise près de 4 500 tonnes de CO2 par an tout en couvrant les trois quarts des besoins du site en chauffage » se félicite le directeur hospitalier.

Dépassés, le fioul et le gaz. Désormais, c’est le bois – issu de l’élagage des forêts régionales – qui prime. « Le CO2 capté par les arbres est relâché au moment de la combustion puis recapté par la forêt. C’est un circuit de gaz carbonique fermé », explique M. Vilain à ceux qui s’étonneraient des vertus écologiques du chauffage au bois. La cheminée rejette une fumée filtrée. Les  cendres sont récupérées pour servir à l’épandage.

La démarche illustre la prise de conscience à l’œuvre depuis une dizaine d’années dans le secteur hospitalier. En 2005, ses décideurs, réunis en congrès, avaient clamé leur « devoir d’exemplarité », quatre ans avant de passer une convention avec l’État lors du Grenelle de l’environnement.

Question de volonté

Et avec des services tournant 24h sur 24, 60 millions de m2 à climatiser, des millions de personnels, patients et visiteurs véhiculés, et des cantines gaspilleuses, il y a de quoi faire.

Les 3 000 établissements de santé (hôpitaux, cliniques et maisons de retraites) représentent « 12 % des consommations énergétiques tertiaires en France », selon Joëlle Colosio, directrice Île-de-France de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise d’énergie (Ademe). C’est aussi une consommation d’eau de « 400 à 1 200 litres par jour et par lit », contre 150 à 200 pour un Français dans des conditions normales, et « 800 000 tonnes de déchets par an », explique-t-elle. Mais des projets vertueux essaiment « dans toutes les régions » de France, observe Joëlle Colosio.

Le CHU du Mans lutte par exemple contre ses « 200 tonnes par an de restes alimentaires », en redistribuant « l’équivalent de 7 000 repas » dans un restaurant social. Les 315 tonnes de déchets alimentaires du CHRU de Lille sont elles transformées en biogaz, utilisé pour les bus et le réseau gaz de la ville.

« Le monde de la Santé peut faire bouger les choses en profondeur », fait valoir Olivier Toma, le président du comité pour le développement durable en santé (CD2S), notamment en raison des millions de personnes, patients et personnels, qu’il peut sensibiliser.

Mais l’enjeu est également économique, « la réduction des dépenses énergétiques » s’avérant « positive » à l’heure des contraintes budgétaires, selon Mme Colosio.

La centrale d’Avicenne, fruit d’un partenariat public privé avec Cofely Services (Engie, ex-GDF Suez), a nécessité 13 millions d’euros, dont un million d’aides publiques, selon M. Vilain. C’est cher payé, mais « on sera gagnant » assure-t-il, alors que le prix de énergies fossiles est condamné à augmenter.

S’appuyant sur l’accord-cadre qu’elle vient de passer avec l’Ademe, l’Assistance Publique Hôpitaux de Paris (AP-HP), dont dépend Avicenne, souhaite au total économiser « 20 millions d’euros » en réduisant de 15 000 tonnes ses émissions de CO2 et de 20 % sa facture énergétique à l’échéance 2019, selon Didier Bourdon, responsable développement durable de l’institution francilienne. Un gain non négligeable, alors que le déficit de l’AP-HP avoisinait les 50 millions d’euros en 2014.

Parmi les pistes à l’étude, une ventilation des blocs opératoires plus adaptée à l’activité, l’achat de véhicules électriques et la promotion du covoiturage, ou encore l’installation d’ampoules basses consommation… Pour M. Bourdon, les difficultés ne sont pas forcément financières. « C’est surtout une question de volonté », juge-t-il.

 

par Aurélie CARABIN

 

 

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