Près de Berck-sur-Mer, des filets expérimentaux limitent l’érosion des dunes

Développement durable

Dans la baie d’Authie, la montée du niveau de la mer fait reculer les dunes au rythme de plusieurs mètres par an. Un projet européen, copiloté par le Cerema, étudie une solution prometteuse, alternative aux ouvrages artificiels : des filets qui reconstituent les dunes grâce au sable apporté par la marée.

Montée de la mer, inondations, submersion marine, ensablement… Inexorablement, sous l’effet du changement climatique, le trait de côte s’érode, les bandes côtières se modifient, le littoral recule. Sous l’action combinée des courants et des vagues, les méandres de la rivière Authie qui se jette dans une baie près de Berck-sur-Mer (Pas-de-Calais), menacent régulièrement les dunes du lieu-dit Bois des Sapins, produisant de fortes érosions. Bilan : plusieurs mètres de dunes reculent chaque année. Lors des érosions de 2011 et 2018, de nombreux sapins sont tombés sur la plage. Et, début décembre, c’est un blockhaus de la Seconde Guerre mondiale qui s’est retrouvé à l’eau après avoir dévalé les pentes de sable. Des travaux de consolidation (pose de pieux) ont été entrepris.

En outre, ce site expérimente depuis fin mars 2019 des filets de protection innovants, dans le cadre du projet européen Endure qui se déroule jusqu’en août 2020 (cf. encadré). Développés et brevetés par la société S-Able, ces filets sont assemblés en V inversé formant une sorte de tunnel, et maintenus par des chaînes de lestage (7 kg par mètre) et un ancrage tous les quinze mètres. Ils piègent les sédiments au fur et à mesure des marées montantes et descendantes, à l’aide de bouées flottantes qui forcent leur déploiement, dans un mouvement de pilonnement. En réduisant les courants, cette solution favorise donc les dépôts de sable et éloigne le chenal de la rivière. Le littoral se reconstitue naturellement et devient une dune de sable structurée par les filets…

Ces filets expérimentaux – du type filets de pêche au chalut en polyéthylène dont les mailles sont resserrées à 90 % – ont été placés sur une longueur de 108 mètres. Une pose effectuée en un temps record : vingt-quatre minutes seulement. Plus le filet est tendu, plus cela réduit sa « porosité » et plus il est efficace car il retient davantage le sable et les sédiments apportés par la mer. Le système, assemblé en un seul bloc, résiste bien en cas de tempête. Une campagne de mesures topographiques de référence par drone a été effectuée pendant six mois pour comparer l’évolution de la surface de zone sableuse et elle devrait se poursuivre. Aujourd’hui, les filets sont quasiment invisibles, ensevelis sous une dune reconstituée. Au cas où le sable est à nouveau aspiré par la mer, le filet réapparaît et retrouve sa fonction de sédimentation.

Un bilan à six mois montre que les filets ont fait reculer le lit de l’Authie. Cette solution pourrait s’avérer très efficace pour protéger les dunes et les plages de l’érosion côtière sans pour autant construire d’ouvrages artificiels « en dur » : murs, digues… En outre, le budget (100 000 euros pour les 108 mètres) est nettement compétitif par rapport à d’autres technologies. « Son coût représente un dixième du coût des études généralement commandées par les communes aux bureaux d’étude et qui souvent ne sont pas suivies de réalisations concrètes… » précise le spécialiste de mécanique des fluides Dominique Michon, inventeur du dispositif S-Able.

Après avoir prouvé leur intérêt pour les côtes à marée, ces filets seront testés sur différents sites de Méditerranée (Occitanie). Objectif : vérifier leur efficacité en cas de vagues. À terme, ils pourraient aussi être remplacés par des filets biodégradables.

Martine Courgnaud – Del Ry

L’Association nationale des élus du littoral (Anel) et le Cerema lancent un appel à partenaires pour sélectionner des territoires littoraux et les accompagner dans leurs problématiques locales : gestion anticipée, adaptée et préventive face aux aléas liés au changement climatique, et gestion intégrée des usages terrestres et maritimes. Les déclarations d’intentions doivent être adressées avant le 14 janvier, et les candidatures devront parvenir avant le 30 juin.
Demande de dossier : littoral@cerema.fr

 

Dans le cadre du programme de coopération territoriale européen Interreg 2 Mers, le projet Endure (ENsuring DUne REsiliense against climate change) regroupe six partenaires européens. Pour la France, il est copiloté par le Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema) et le centre permanent d’initiatives pour l’environnement (CPIE) Val d’Authie. Le Cerema porte le projet dont la société S-Able est sous-traitant.

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