La place et l’utilisation du numérique à l’école

Éducation

Le ministère de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports publie une synthèse sur le développement du numérique éducatif.

Le service statistique du ministère de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports, la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) a publié, courant août, une étude sur la place et l’utilisation du numérique à l’école. Si les défis et les enjeux du numérique éducatif sont discutés depuis de nombreuses années, ce sujet attire encore plus l’attention des décideurs publics aujourd’hui, en raison de la crise sanitaire qui a conduit à la mise en place de l’enseignement à distance pendant la période de fermeture des établissements scolaires, explique son auteure, Laurène Bocognano.

L’évolution de la place du numérique à l’école

Sans surprise, le nombre d’élèves par ordinateur a fortement diminué au cours de la dernière décennie, surtout dans le premier degré et au collège. Ainsi, en maternelle, l’indicateur est passé de 25,3 à 15,9 élèves pour un ordinateur entre 2009 et 2019. Sur la même période, il est passé de 11,6 à 6,9 en élémentaire et de 8,1 à 3 au collège. Au lycée, l’indicateur reste relativement stable depuis 2010, en raison d’un taux d’équipement déjà élevé (il est passé de 3,1 à 2,3 entre 2010 et 2019).

Le numérique prend une place de plus en plus importante pour des établissements de mieux en mieux dotés : ordinateurs, mais aussi tablettes, tableaux numériques interactifs, rétroprojecteurs, etc. Par exemple, le nombre de tableaux numériques interactifs est passé de 2 pour 1 000 élèves dans les écoles élémentaires en 2009 à 17 pour 1 000 élèves en 2019. Dans les collèges, il est passé de 3 pour 1 000 élèves à 17,7 pour 1 000 élèves au cours de la même période. Dans le même temps, on observe une forte augmentation du pourcentage d’établissements et d’écoles dont le projet fait référence aux technologies de l’information et de la communication (TIC). Toutefois, la disponibilité d’équipements n’induit pas nécessairement leur utilisation par les enseignants, ni par les élèves, précise Laurène Bocognano.

Les pratiques pédagogiques en lien avec le numérique

Si les enseignants français sont très nombreux à utiliser fréquemment les outils numériques pour préparer leurs cours – 94 % pour le premier degré et 88 % pour le second degré – ils se montrent moins nombreux à les utiliser pour guider les séances en classe (respectivement 50 % et 70 %) et encore moins nombreux à laisser les élèves utiliser les TIC pour des projets ou travaux en classe (respectivement 14 % et 36 %), révèle l’étude.

Une enquête conçue par la DEPP sur un échantillon représentatif, s’intéressant spécifiquement aux pratiques pédagogiques mises en place dans l’enseignement des mathématiques, illustre ce constat. Cette étude montre qu’en 2019, l’outil numérique le plus utilisé par les collégiens de 3e en mathématiques est la calculatrice : 56 % des enseignants déclarent faire « très souvent » travailler leurs élèves avec une calculatrice, alors qu’ils ne sont qu’entre 3 et 5 % à faire utiliser « très souvent » un logiciel de géométrie dynamique, un tableur ou même une banque d’exercice en ligne. Ceci prouve « à nouveau la moindre intégration pédagogique des outils numériques par les enseignants français », observe l’auteure de l’étude.

La formation au numérique peut s’effectuer en formation initiale ou en formation continue. Une enquête atteste ainsi que les enseignants sont de plus en plus formés aux TICE (TIC pour l’enseignement) dans le cadre de leur formation initiale. Mais cet apprentissage peut aussi intervenir tout au long de la carrière, dans le cadre de la formation continue ou d’activités de développement professionnel. Cependant, la même enquête montre que seulement un tiers (34 %) des enseignants français du premier degré avaient, dans ce cadre, participé à une formation liée aux TICE au cours des 12 derniers mois. Ils sont la moitié dans le second degré. Résultat : moins d’un professeur des écoles sur dix exprime une grande capacité à encourager l’apprentissage des élèves à travers le numérique (ils sont 17 % dans le second degré).

Ces limites évoquées en matière de formation peuvent expliquer que les pratiques pédagogiques utilisant le numérique pour l’apprentissage soient peu développées. « En effet, si l’on s’intéresse à la corrélation existant entre le contenu des formations suivies et le sentiment d’efficacité en ce qui concerne l’intégration pédagogique du numérique, on remarque que, dans le premier comme dans le second degré, les enseignants qui ont suivi une formation continue abordant les TICE sont significativement plus nombreux à exprimer une grande capacité à encourager l’apprentissage des élèves à travers le numérique que ceux qui n’en ont pas suivi. Il se pourrait alors que l’utilisation des TIC en classe, comme nouvelle méthode d’enseignement, soit freinée par le niveau trop faible de sentiment de préparation dans ce domaine », commente Laurène Bocognano.

Les compétences des élèves en lien avec le numérique

L’utilisation des outils numériques est-elle corrélée à une amélioration des compétences numériques des élèves ? Une évaluation internationale rapportée par l’étude de la DEPP a mis en évidence plusieurs résultats importants sur les compétences numériques des élèves de quatrième. La France obtient un score moyen de 499 en littératie numérique (capacité d’un individu à utiliser un ordinateur pour rechercher, créer et communiquer), juste un peu au-dessus de la moyenne internationale des pays participant à l’enquête. Ce score signifie qu’en moyenne, les élèves savent utiliser un ordinateur pour les tâches élémentaires de collecte, mais aussi de gestion de l’information.

À noter, toutefois : seuls 40 % des élèves français atteignent ce niveau. Ils savent apporter des modifications simples et ajouter du contenu aux documents numériques existants. Ils savent aussi créer des documents d’information simples en respectant les règles de mise en page. Ils manifestent une connaissance des mécanismes de protection des informations. « Ces résultats ébranlent le mythe du « digital native », selon lequel les élèves des générations récentes ayant grandi dans un environnement marqué par le développement d’Internet et des nouvelles technologies auraient plus de facilité à utiliser le numérique », explique Laurène Bocognano. L’évaluation s’intéresse également à la pensée informatique (capacité d’un individu à reconnaître les aspects des problèmes du monde réel qui peuvent faire l’objet d’une formulation informatique). Là encore, la France obtient un score moyen de 501, un point au-dessus de la moyenne internationale. Cela signifie qu’en moyenne les élèves français savent mettre en place sur l’ordinateur des solutions simples à des problèmes réels.

Pourtant, plusieurs études dans la littérature internationale suggèrent que l’utilisation du numérique en classe favoriserait le développement de compétences transversales (persévérance, confiance en soi, autonomie, curiosité…) identifiées comme des atouts pour la réussite scolaire, mais aussi pour la réussite future, insiste Laurène Bocognano.

Pour en savoir plus : ne manquez pas notre web-conférence interactive en partenariat avec la CASDEN Banque Populaire « Crise sanitaire : repenser l’école à l’ère du numérique » mercredi 6 octobre  2021, de 11h à 12h avec Martine Degorce Dumas, Inspectrice de l’Éducation nationale, chargée de la mission numérique éducative pour l’Essonne, Jean-François Cerisier, Directeur de l’unité de recherche TECHNÉ (EA 6316) à l’université de Poitiers, Professeur en sciences de l’information et de la communication et Hugues Perinel, Journaliste, coach et médiateur, Fondateur du Réseau Service Public.

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