La scolarité chaotique des enfants de l’ASE

Éducation

Selon une récente étude de la Drees, les enfants placés en établissement souffrent d’un important retard scolaire.

« La situation familiale ou sociale difficile vécue par les enfants placés dans les établissements de l’aide sociale à l’enfance (ASE) influe sur leur scolarité. Ces enfants connaissent des situations de déscolarisation, notamment l’année où survient le placement », confirme, sans surprise, une étude publiée cet été par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) du ministère des Affaires sociales et de la Santé, intitulée « Échec et retard scolaire des enfants hébergés par l’aide sociale à l’enfance » (Études et résultats n° 845, juillet 2013). Bien souvent, cette situation de grande difficulté scolaire, voire de déscolarisation, préexistait au placement.

Au-delà de la situation familiale ou sociale, l’âge a également un impact sur l’intégration scolaire. Jusqu’à 10 ans, peu d’enfants placés en établissement ne suivent pas l’école (0,7 %). Néanmoins, à 11 ou 12 ans, la déscolarisation se révèle plus fréquente parmi les enfants placés depuis moins d’un an (respectivement 2,4 % et 1,8 %).

Explication : c’est l’âge de l’entrée en 6e. La famille doit alors inscrire l’enfant dans un nouvel établissement scolaire, généralement plus éloigné du domicile. Cette démarche présente des risques de défaillance pour des familles en difficulté, avance l’étude. Il semble que la transition se déroule mieux lorsque les jeunes sont déjà dans un établissement de l’aide sociale à l’enfance (ASE), plutôt que lorsqu’elle coïncide avec le début du placement. En effet, les enfants de 11-12 ans placés depuis plus d’un an sont, eux, très peu déscolarisés.

À partir de 13 ans, la déscolarisation progresse, notamment pour les adolescents placés depuis moins d’un an. Ces derniers sont 3,5 % dans cette situation à 13 ans et 5,2 % à 14 ans.

À l’âge de 15 ans, la déscolarisation s’avère encore plus forte pour les adolescents placés depuis moins d’un an (8,9 %). Mais à cet âge, elle concerne également les adolescents placés depuis plus longtemps : 4,3 % pour ceux placés d’un à moins de deux ans, 2,1 % pour ceux placés de deux à moins de cinq ans.

Parmi ces derniers, qui sont arrivés dans l’établissement à l’âge de 13 ou 14 ans, impossible de savoir combien étaient déjà déscolarisés à leur arrivée – et n’ont donc pas pu être rescolarisés – et combien ont quitté l’école à 15 ans, malgré le placement. Selon la Drees, les deux situations coexistent probablement. « Au total, les adolescents de 15 ans placés en établissement sont trois fois plus souvent déscolarisés que l’ensemble de leur génération (6,1 % contre 2,1% ).

À la déscolarisation, s’ajoutent les situations d’absentéisme et de rupture scolaire, qui concernent 14 % des adolescents des établissements de l’ASE scolarisés et âgés de 15 ans.

À partir de 16 ans, les jeunes quittent l’école rapidement. Ainsi, à l’âge de 16 ans, 15,8 % ne sont plus scolarisés, contre 5,8 % de l’ensemble des jeunes du même âge. À l’âge de 17 ans, ils sont 22 %, contre 9,6 %. Cette situation est d’autant plus fréquente que l’entrée dans l’établissement est récente. Ces jeunes de 16-17 ans quittent souvent l’école sans autre projet. Une petite moitié (47 %) reste sans activité alternative ; un tiers (34 %) s’engage dans un stage ou une formation professionnelle ; 3 % trouvent un emploi et 16 % en cherchent un.

Pour les jeunes majeurs, la situation diffère. Les fins de scolarité continuent d’augmenter avec l’âge et le niveau de déscolarisation dans les établissements de l’ASE est proche de celui de la population générale des jeunes de ces âges. Les jeunes adultes placés depuis cinq ans ou plus sont même plus souvent scolarisés que l’ensemble de leur génération.

Les enfants placés en établissement souffrent également d’un important retard scolaire. De fait, à l’entrée au collège, ce retard est déjà très fréquent parmi les enfants hébergés. À 11 ans, âge théorique du passage en sixième, seulement un tiers des enfants sont dans une classe du second degré, contre près de 8 sur 10 en population générale. Ainsi, près des deux tiers (62,1 %) des enfants de 11 ans placés en établissement ont au moins un an de retard à l’entrée au collège ou sont déscolarisés.

L’ancienneté dans l’établissement joue sur le retard à l’entrée en 6e, mais en deux temps. Dans un premier temps, le retard scolaire progresse avec l’ancienneté : 55,2 % des enfants de 11 ans placés depuis moins d’un an sont en retard scolaire, contre 66,7 % de ceux placés depuis un à moins de cinq ans. « Ce résultat peut s’expliquer par le fait que les enfants les plus anciens sont ceux qui ont rencontré le plus de difficultés et n’ont pas pu retourner rapidement dans leur famille », avance l’auteur de l’étude de la Drees.

Néanmoins, dans un second temps, la proportion des retards diminue avec l’ancienneté dans l’établissement, descendant à 51,3 % des enfants placés depuis cinq ans ou plus. « Ces derniers ont effectué une grande partie, voire toute leur scolarité durant leur placement, qui leur a fourni une certaine stabilité et a pu limiter les échecs scolaires, poursuit l’étude. Mais, même dans ce cas, le nombre de retards reste très supérieur à celui de la population générale, du fait de la situation sociale défavorable avant le placement, mais aussi parce que, in fine, malgré ses effets bénéfiques, la vie en établissement reste en moyenne moins favorable qu’au sein d’une famille ».

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