Nouveau bac : dans chaque lycée, des « spécialités » qui remplacent les séries L, ES et S

Éducation

Tous les lycées reçoivent cette semaine la liste des « spécialités » pouvant être proposées à leurs élèves dès la rentrée prochaine, sur fond d’inquiétude de certains établissements, en banlieue ou en zone rurale, qui craignent d’être moins bien lotis que d’autres.

Dans le cadre du nouveau bac, dont la première édition se déroulera en juin 2021, les séries littéraire (L), économique et social (ES) et scientifique (S) dans la voie générale sont supprimées.

À partir de la rentrée 2019, les élèves choisiront trois matières principales (dites « spécialités ») en classe de Première, ramenées à deux en Terminale. Ils suivront aussi un enseignement en tronc commun, et des options s’ils le  souhaitent.

Le ministère de l’Éducation a défini 12 spécialités et les lycées ont établi cet automne une liste de « vœux » (sept au minimum). Les rectorats communiquent à chaque établissement, depuis quelques jours, la liste des choix retenus à partir de la rentrée prochaine pour les élèves de Première, et à partir de 2020 pour les élèves de Terminale. La situation est très contrastée selon la taille des établissements et son implantation géographique.

Voici la liste de ces spécialités :

  • arts
  • biologie-écologie (réservée aux lycées agricoles)
  • histoire-géographie-géopolitique-sciences politiques
  • humanités-littérature-philosophie
  • langues-littératures et cultures étrangères (dans une langue donnée: anglais, allemand, italien etc.)
  • littérature et langues et cultures de l’Antiquité (latin et grec)
  • mathématiques
  • numérique-sciences informatiques
  • physique-chimie
  • sciences de la vie et de la Terre
  • sciences de l’ingénieur
  • sciences économiques et sociales

Les élèves en choisissent trois en Première, ramenées à deux en Terminale, et ce sont ces deux matières principales qui font l’objet d’épreuves écrites nationales à la fin du cursus au lycée, dans le cadre du nouveau bac.

Si des élèves souhaitent une spécialité qui n’est pas au menu de leur établissement, ils peuvent demander à être transférés ailleurs ou suivre cet enseignement via le Cned, le centre d’enseignement à distance qui dépend du ministère.

« Nous en avions demandé dix et on en a obtenu neuf au final », indique à l’AFP Bruno Bobkiewicz, proviseur du lycée Paul-Éluard, qui accueille 2 000 élèves à Saint-Denis, dans la banlieue est de Paris. « Notre offre sera quasi-similaire à ce que nous proposions jusqu’à présent ».

Pour ce proviseur, secrétaire national du Snpden, principal syndicat des chefs d’établissement, « le changement dépendra de notre capacité à organiser les classes et les enseignements différemment ». « L’enjeu est de parvenir à mixer les publics à l’intérieur des classes, pour ne pas reproduire les séries L, ES ou S ».

Le lycée Monnet-Mermoz à Aurillac (Cantal) ne compte quant à lui que trois classes par niveau en Première et Terminale générales. « On a eu sept spécialités, dont numérique et sciences informatiques, ouverte aussi pour les élèves de l’établissement voisin qui souhaiteront le suivre », explique Jean-Roch Pioch, son proviseur.

Les élèves de Monnet-Mermoz pourront à l’inverse suivre deux spécialités supplémentaires dans ce lycée voisin, situé à 15 minutes à pied. « On ne peut pas tout offrir. Mais nous n’offrions pas tout avant », relève-t-il.

Un choix plus important ?

Lysiane Gervais, à la tête du lycée Philippe-Cousteau, à 25 km au nord de Bordeaux, avait elle demandé « arts » afin de « pouvoir se différencier », mais ne l’a pas obtenu. Elle a en revanche « numérique et sciences informatiques », qu’elle n’avait pas demandée. Le lycée proposera donc une option liée aux arts, en espérant « monter en puissance » au fil des ans, et obtenir, si cela prend, cette spécialité dans quelques années.

Pour le ministre Jean-Michel Blanquer, ce nouveau système offre « un choix beaucoup plus important pour tous les lycéens de France ».

Sauf que toutes les spécialités ne seront pas proposées et que les combinaisons de trois puis de deux thématiques ne seront pas toutes possibles. « Le choix laissé aux élèves risque d’être plus faible que la promesse de départ de donner une grande liberté aux élèves », estime Catherine Nave-Bakhti, du Sgen-Cfdt.

Et, souligne Frédérique Rolet du Snes, premier syndicat d’enseignants dans le secondaire et opposé à la réforme du bac, « ce n’est pas parce que le rectorat donne l’autorisation d’ouvrir telles spécialités qu’elles le seront effectivement ». Il faut en effet que suffisamment d’élèves de l’établissement la demandent…

Pour Pierre Gaume, professeur d’histoire-géographie à Robert-Doisneau, un lycée de Vaulx-en-Velin (banlieue de Lyon) qui accueille principalement des élèves issus de collèges défavorisés, la liste des spécialités de son établissement va entraîner « une réduction de notre offre éducative et contribuer à sa ghettoïsation ».

Robert-Doisneau aura sept spécialités, plus « arts du cirque », spécificité de ce lycée, mais « Humanités, littérature, philosophie », « Langue et civilisation en anglais » et « Langues et cultures de l’Antiquité » seront enseignées dans des établissements voisins, déplore-t-il.

« Ce fonctionnement en réseau imposera des contraintes très lourdes, avec des temps de déplacement conséquents pour nos élèves, des emplois du temps impossibles à construire, et la disparition au sein de notre établissement de l’équivalent de la filière littéraire », ajoute ce professeur délégué chez Sud-Éducation.

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