Souffrir au travail ?

Éducation

Découvrez l’itinéraire atypique de Rémi Boyer, l’initiateur et désormais responsable de l’association « Aide aux Profs ». Ses objectifs sont la défense et la promotion des secondes carrières pour les professeurs de tous niveaux, de tout statut, du public et du privé, résidant en France et dans tout pays francophone.

Devenu professeur certifié d’histoire-géographie par défaut, Rémi Boyer a hésité à démissionner dès la fin de sa première année d’enseignement. Mais, il a décidé de s’accrocher, en se persuadant qu’avec de l’expérience, les choses s’amélioreraient.

Premier poste

Nommé d’abord dans un collège rural classé ZEP, Rémi Boyer s’est aperçu que même sans vocation initiale pour le métier d’enseignant, la motivation pouvait naître en cours de route. C’est là qu’il a pratiqué « avec bonheur » la pédagogie différenciée que prônait à l’époque Philippe Meirieu, même s’il avoue, avec le recul, que c’est possible quelques années à l’échelle d’une classe, mais que cela s’avère rapidement épuisant psychologiquement et physiquement à l’échelle d’une carrière.

Mais rien n’altère sa motivation et son engagement : « Quand le courant passe avec toute une classe, être enseignant devient vraiment un métier extraordinaire, on se sent utile et valorisé dans le regard des élèves, ce qui compense l’absence de valorisation professionnelle. »

Première mutation

Voulant se rapprocher de Rouen pour des raisons familiales, il demande sa mutation. Il obtient un poste dans un collège dans un quartier résidentiel, avec un haut niveau culturel pour la majeure partie des élèves. Tandis qu’en ZEP, il ne voyait pas souvent les parents, là, ils sont très présents (souvent trop) et se transforment en « stresseurs de tous les instants ». Il y passe dix ans.

Ayant consacré beaucoup d’énergie à la préparation de l’agrégation externe en 1996, l’obtenir du premier coup ne change rien professionnellement dans l’immédiat, sauf à lui donner un meilleur salaire et une classe en moins. Rémi Boyer l’exprime ainsi : « C’est un paradoxe du système en France : plus le grade est élevé (2nd degré et université), plus l’horaire de cours est réduit, et plus le salaire est important. »

Un conflit important

Cette année-là, une de ses collègues tente maintes fois (mais en vain), en cours d’année scolaire, de « dynamiter » un projet qu’il a lancé, qui comprend beaucoup de visites d’entreprises, pour confronter les élèves au monde industriel et à ses métiers. Cela lui laisse en fin d’année un sentiment très amer. De là est venue son envie d’aller voir ailleurs, « car cette personne ne s’est jamais remise en question, et tous mes appels à ma proche hiérarchie pour dénoncer cette pression hostile constante sont restés lettre morte ». Il estime que, comme pour les chefs d’établissement, il devrait exister une obligation de mobilité au moins une fois tous les dix ans. « Il n’est pas normal que des enseignants demeurent toute leur vie dans le même établissement, car certains y deviennent des potentats locaux et sont difficilement gérables par les chefs d’établissement. » Et parfois, lorsque la pratique provient d’un chef d’établissement ou d’un inspecteur, aucun garde-fou n’existe, puisque l’encadrement fait bloc pour empêcher la victime de faire valoir ses droits.

C’est lors de la co-écriture de son livre « Souffrir d’enseigner, faut-il rester ou partir ? »* avec Mario Horenstein (ancien psychiatre de la MGEN) qu’il a pu analyser ce qui lui était arrivé seize ans plus tôt, et qui l’a « dégoûté pendant plusieurs années » : le « harcèlement moral ». Il estime que ce genre de processus hautement anxiogène et facteur de souffrance au travail n’est pas assez sanctionné, l’Institution préférant fermer les yeux, laissant le harceleur poursuivre son mode de management, puisque ce qu’on lui demande, c’est d’avoir de l’autorité. Et il ajoute : « Mais l’humaniste que je suis fait bien la différence entre l’autorité juste et l’autoritarisme. »

L’agrégation de Géographie… et ensuite ?

Entre 1994 et 2003, il a pu enseigner à l’université comme vacataire, en DEUG Sciences de la Nature et de la Vie, et en DEUG de Géographie. Après l’agrégation, il a eu envie d’aller enseigner en lycée, mais aucun poste ne s’est débloqué ; le barème pour obtenir un poste s’élevait de 10 points, c’était inatteignable. Une frustration qui a duré quatre ans… Alors il a eu envie de partir, de quitter les élèves : « Cela m’a semblé être la seule solution, puisque le rectorat n’avait aucune autre issue à me proposer. » Il s’est demandé pourquoi il n’existait pas dans l’Éducation nationale de service d’information, de conseil et d’accompagnement en mobilité, quand on en a assez d’enseigner : « Il devient en effet difficile et souvent routinier d’enseigner toute une vie, surtout avec la perspective récente d’une carrière de 43 à 44 ans… »

Il répond à une annonce du BO portant sur un emploi de Responsable de Formations scolaires (6e à 3e) au Cned de Rouen qui le recrute en 2001. Un an après, il y devient Responsable des Formations du pôle d’Histoire-Géographie, qui diffuse ses cours auprès de 20 000 collégiens dans le monde.

(*) paru chez Memogrames, octobre 2013.

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