L’État et les maires tentent de calmer le jeu après la polémique sur les commerces

Élus

Le gouvernement et l’Association des Maires de France (AMF) ont tenté lundi 2 novembre 2020 de calmer le jeu après la polémique sur la fermeture des petits commerces jugés non essentiels qui a ravivé les tensions entre les élus locaux et l’État.

Au terme d’une réunion de son comité directeur consacrée essentiellement à la fermeture des commerces, l’AMF a demandé « une clarification du dispositif pour qu’il soit équitable et qu’il préserve au maximum l’avenir des entreprises concernées, dans le respect des règles sanitaires », a-t-elle indiqué dans un communiqué.

Sur un ton se voulant apaisant après les arrêtés controversés pris dès vendredi 30 octobre par une centaine de maires, principalement de droite, autorisant l’ouverture des petits commerces de leur ville, l’association s’est dite « prête à participer à la concertation autour de la clause de revoyure » annoncée par le Premier ministre Jean Castex pour évaluer l’efficacité des mesures.

Cette volonté d’apaisement n’était pourtant pas gagnée lundi matin. Philippe Laurent, maire (UDI) de Sceaux et secrétaire général de l’AMF, a dénoncé sur les ondes de Sud Radio les propos du ministre de l’Économie Bruno Le Maire, qui avait fustigé la veille « la poignée de maires irresponsables qui prennent des arrêtés contraires aux décisions prises par l’État pour protéger la sécurité sanitaire des Français ».

« Je demande à M. Le Maire de retirer ces propos », a réagi M. Laurent, se disant « extrêmement choqué ». « Traiter ainsi les maires (…), qui sont auprès des populations, c’est une faute politique », a-t-il déploré.

« Décisions incompréhensibles »

Dominique Bussereau, le président de l’Assemblée des départements de France (AdF), a émis des réserves sur la méthode suivie par l’exécutif. « Avant de décider des modalités du reconfinement, peut-être aurait-il fallu reparler au moins aux élus locaux pour tester les mesures », a-t-il affirmé à l’AFP.

« Mais comme le président de la République a pris ses décisions seul, l’esprit de la Ve République étant poussé à son paroxysme, cette consultation sur les aspects pratiques n’a pas eu lieu », a-t-il ajouté, regrettant des décisions « incompréhensibles ».

« Empêcher de lire les gens qui se confinent en fermant aussi bien les FNAC, que tous les rayons livres des supermarchés y compris les petites librairies, ce n’est pas très bien compris », a-t-il constaté.

Du côté du gouvernement, la volonté de calmer le jeu était aussi manifeste. « Il faut relativiser car ce ne sont que 100 maires sur 36 600. Mais l’émotion est légitime », a reconnu une source au sein de l’exécutif.

« Il n’est pas un jour sans dialogue avec les associations d’élus et avancées issues de ces échanges », a assuré auprès de l’AFP la ministre de la Cohésion des Territoires, Jacqueline Gourault.

« Preuve en est encore ces 48 dernières heures, où nous avons décidé de répondre aussi rapidement que possible à l’exigence de justice exprimée par les petits commerces vis-à-vis des grandes surfaces », a-t-elle souligné, rappelant la décision de M. Castex de fermer à partir de mardi 3 novembre les rayons de produits non-essentiels des grandes surfaces.

Un décret vient préciser ce mardi matin quels produits ne peuvent plus être vendus par la grande distribution. Le gouvernement a concédé une « tolérance jusqu’à mercredi » pour l’application de ces nouvelles règles.

Rappelant les aides mises en place par le gouvernement afin de soutenir les petits commerces fermés pendant le reconfinement, elle a appelé « à ne pas perdre de vue le cap : enrayer l’épidémie ».

Au printemps, lors de la première vague de Covid-19, des tensions étaient déjà apparues entre l’État et les collectivités dans la gestion de la crise sanitaire.

Les maires, les départements et les régions étaient alors montés au front pour fournir notamment des masques à leurs concitoyens ou afin de soutenir les petits commerces et les entreprises, montrant sur le terrain que leur intervention contribuait à la lutte contre l’épidémie.

Les tensions s’étaient calmées après l’arrivée à Matignon, en juillet, de Jean Castex porteur d’un discours de dialogue avec les collectivités, mais la polémique est repartie après l’annonce par Emmanuel Macron du reconfinement entraînant la fermeture des commerces considérés comme non essentiels, parmi eux les librairies ou les fleuristes.

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