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L’origine sociale des élus locaux ne reflète pas la société

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Les catégories sociales les plus favorisées monopolisent les mandats électifs locaux, selon l’Observatoire des inégalités.

L'origine sociale des élus locaux ne reflète pas la société

« L’origine sociale des élus ne reflète pas la société, même au niveau local », selon une courte étude publiée fin mars 2022 par l’Observatoire des inégalités. Pour la rédiger, cet organisme indépendant, fondé en 2003 pour dresser « un état des lieux le plus fidèle possible des inégalités en France, en Europe et dans le monde », a puisé dans les données 2021 du ministère de l’Intérieur. Celles-ci sont édifiantes !

Alors que leur part dans la population française est d’à peine 20 %, les cadres supérieurs représentent 28 % des conseillers municipaux, 41,8 % des conseillers communautaires, plus de la moitié (55,3 %) des conseillers départementaux et même… 61,1 % des conseillers régionaux. On retrouve cette distorsion, certes atténuée, pour la catégorie des artisans, commerçants et chefs d’entreprise, le plus souvent des non-salariés. Ils sont, eux aussi, beaucoup plus représentés dans les exécutifs locaux que leur part dans la population (6,5 %), en particulier au sein des conseils régionaux (12,4 %). Artisans, commerçants et chefs d’entreprise pèsent également 9,2 % des conseillers départementaux, 10,3 % des conseillers communautaires et 9 % des conseillers municipaux. Les agriculteurs (1,3 % de la population) sont, quant à eux, surreprésentés au niveau communal. Ils forment ainsi 10,7 % des conseillers municipaux et 11,8 % des conseillers communautaires, mais seulement 5,8 % des conseillers départementaux et 4,5 % des conseillers régionaux.

À l’inverse, les employés et les ouvriers, représentant respectivement un bon quart (26,5 %) et un cinquième (20,3 %) de la population française, se révèlent très peu présents dans les instances de la vie politique locale, confirme l’Observatoire des inégalités. S’ils représentent près d’un conseiller municipal sur dix (9,6 %), les ouvriers sont quasiment absents des conseils départementaux (0,7 % des élus) et des conseils régionaux (1 % des élus). Ils sont un peu plus nombreux parmi les conseillers communautaires (3,2 % des élus). La proportion des employés s’avère un peu plus élevée parmi les élus locaux, notamment chez les conseillers municipaux (18,9 % des élus). Enfin, les professions intermédiaires, les fameuses « classes moyennes », sont quasiment représentées à hauteur de leur part dans la population (25,6 %), en particulier dans les conseils municipaux (23,8 %), mais deux fois moins dans les conseils régionaux (13,5 %).

Les données exploitées par l’Observatoire des inégalités portent exclusivement sur les élus ayant déclaré une profession. Son étude n’intègre donc pas les élus retraités et inactifs, leur catégorie sociale n’étant pas communiquée par le ministère de l’Intérieur.

« Comme pour les députés, s’investir dans la vie politique locale n’est pas à la portée de tout le monde. Un niveau de diplôme élevé et la connaissance des réseaux du pouvoir sont des atouts majeurs, voire indispensables, pour occuper des fonctions au sein d’exécutifs locaux, surtout pour les plus importants d’entre eux. Il faut aussi savoir s’exprimer en public, face aux médias, faire jouer un ensemble de relations pour mobiliser des bénévoles pendant la campagne électorale, collecter des fonds… », commente l’Observatoire des inégalités. En outre, pour les salariés du privé, l’engagement en politique comporte « un risque professionnel élevé en cas d’échec après un mandat », ajoute l’Observatoire. Ce n’est pas le cas pour les fonctionnaires, qui peuvent se placer en disponibilité, ni de certaines professions libérales, qui ont la possibilité de sous-traiter une partie de leurs activités durant leur mandat, conclut-il.