Le Congrès des maires s’ouvre entre tensions et appel au dialogue

Élus

Le Congrès de l’Association des Maires de France (AMF) s’ouvre mardi 20 novembre 2018 à Paris, entre tensions et appel au dialogue de part et d’autre, après des mois de brouille entre l’exécutif et les collectivités territoriales.

Signe de cette crispation ? Emmanuel Macron n’ira pas devant le Congrès pour rendre compte de ses engagements, comme il s’y était engagé l’an dernier. Le chef de l’État s’exprimera en revanche mercredi 21 novembre 2018 au soir devant les maires invités à l’Élysée. Il vient aussi d’écrire à « tous les maires » pour « rendre compte » des mesures prises depuis un an, a fait valoir Jacqueline Gourault, ministre de la Cohésion des territoires.

Le Premier ministre Édouard Philippe devrait prononcer jeudi prochain le discours de clôture du Congrès. En 2017, Emmanuel Macron avait été sifflé par une partie des maires et les motifs d’incompréhension perdurent entre les élus et l’exécutif.

« Il y a des désaccords » mais « ce qui importe, c’est qu’on puisse négocier », a estimé dimanche François Baroin (LR), président de l’AMF, qui ne veut plus de « l’addition de mauvaises manières, de mauvaises méthodes » de la part du gouvernement. Après une quasi-rupture fin septembre 2018 lors du Congrès des régions, le chef de l’État a souhaité rétablir le dialogue avec les collectivités. Il a nommé Jacqueline Gourault (MoDem) pour cela, et l’exécutif a multiplié les rencontres avec les élus.

« Tenons moins de propos de tribune, faisons plus de pas concrets et faisons-les ensemble ! », plaide Sébastien Lecornu, ministre des Collectivités territoriales auprès de Mme Gourault. « Nous n’y parviendrons pas en montant les collectivités contre l’État », ajoute-t-il à l’adresse de M. Baroin. Le chef de l’État rappellera mercredi « sa vision de la relation avec les collectivités locales, avec lesquelles il souhaite reprendre une relation apaisée, et l’importance qu’il attache au dialogue », indique-t-on à l’Élysée.

Les élus attendent pour leur part des réponses concrètes sur plusieurs dossiers. Au premier rang : les conditions dans lesquelles va être compensé pour les communes le montant de la taxe d’habitation que l’exécutif a commencé à supprimer. Plusieurs scénarios sont évoqués pour garantir aux communes l’équivalent de cette taxe qui constitue l’une de leurs principales ressources, mais rien n’est décidé. Les maires redoutent une réforme mettant à mal l’autonomie fiscale des collectivités à laquelle ils sont attachés.

« Pas trop tirer sur la corde »

Plus globalement, la réforme de la fiscalité locale qui doit être discutée dans les prochains mois inquiète les élus. « Le grand test va être la refonte de la fiscalité locale où il ne sera pas question de jouer les uns contre les autres », met en garde le président du Sénat, Gérard Larcher (LR). Les trois grandes associations d’élus – AMF, Assemblée des départements, Régions de France – entendent d’ailleurs montrer à nouveau leur unité lors du Congrès.

Autre point de friction : la campagne #balancetonmaire, lancée mi-octobre par des militants d’En Marche sur les réseaux sociaux, pour dénoncer des hausses de la taxe d’habitation dans certaines communes, a été vécue comme une humiliation par nombre d’élus et alimente le malaise. « On a des messages à faire passer. Il y a des choses positives, de l’innovation forte dans les territoires, des gens qui restent très engagés… mais on va aussi faire passer qu’il faut pas trop tirer sur la corde », souligne le secrétaire général de l’AMF, Philippe Laurent (UDI).

Grand rendez-vous des maires et des communes, le Congrès doit réunir 10 à 15 000 personnes sur trois jours Porte de Versailles à Paris. Finances locales, sécurité, inégalité d’accès aux services de proximité, figurent parmi les nombreux thèmes au programme. Et plusieurs ministres – Jean-Michel Blanquer (Éducation), Annick Girardin (Outre-mer), Julien Denormandie (Ville) ou Mounir Mahjoubi (Numérique) – viendront débattre. M. Lecornu n’est pas invité à ce stade, mais « espère que François Baroin a, de bonne foi, la volonté que nous travaillions bien ensemble ».

Les élus s’inquiètent également des conditions d’exercice de leurs mandats. Selon une enquête du CEVIPOF (Science Po), un maire sur deux ne souhaite pas se représenter aux municipales de 2020. Un phénomène qui, s’il n’est pas nouveau, s’accentue. En cause : l’inquiétude des élus face au poids des responsabilités et au manque de moyens financiers pour les assumer.

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