Fessée, écrans, rétention : le Défenseur des droits inquiet pour les enfants de 0 à 6 ans

Enfance et famille

Quelle place fait notre société aux bébés et aux enfants ? Le Défenseur des droits a appelé lundi 19 novembre 2018 à mieux garantir les droits des plus petits, demandant aux pouvoirs publics d’interdire la fessée et de s’interroger sur les effets des écrans ou du placement en rétention.

Dans son rapport annuel consacré aux droits de l’enfant, réalisé avec son adjointe Geneviève Avenard, Défenseure des enfants, Jacques Toubon s’intéresse aux 5,2 millions d’enfants de moins de 7 ans, estimant qu’il est nécessaire de se mobiliser pour la petite enfance, « en tout premier lieu, dans la protection contre toute forme de violence ». « Il faut voter une disposition qui dit que la fessée, la correction, la gifle, c’est une violence et que c’est interdit, comme toutes les formes de violence », a plaidé M. Toubon lors de la présentation de ce rapport publié à la veille de la Journée internationale des droits de l’enfant.

Il a apporté son soutien à la proposition de loi contre les « violences éducatives ordinaires » portée par la députée MoDem Maud Petit, qui sera examinée dans les prochains jours à l’Assemblée. « Bien sûr, le vote ne changera pas ipso facto les mentalités mais il faut un signal politique fort », a poursuivi M. Toubon, plaidant pour que « tout un travail d’éducation et de pédagogie » soit mis en place pour accompagner cette mesure. En 2017, 2 959 saisines du Défenseur ont concerné la défense des droits de l’enfant. En premier lieu pour des questions liées à la protection de l’enfance, en deuxième lieu au handicap.

« Principe de précaution »

Le Défenseur des droits, qui s’est dit régulièrement saisi de situations de bambins en centres de rétention, a réitéré sa recommandation de « proscrire dans toutes circonstances » le placement de familles. « L’enfermement, même pour une brève période, entraîne chez eux des troubles anxieux, du sommeil, du langage et du développement, de l’alimentation… Ces effets dramatiques sont souvent ignorés par les préfectures », a-t-il pointé, relatant la réaction d’un préfet concerné qui estimait que « l’âge de l’enfant retenu (7 mois) ne lui permettait pas une complète appréhension de la situation, susceptible d’avoir un impact sur son évolution psychologique ».

En 2017, selon l’institution, quelque 275 mineurs ont été placés en rétention en métropole avec leurs parents. « On ne peut pas faire comme si on ne savait pas », a poursuivi M. Toubon en référence aux effets de la fessée, de la rétention mais aussi de l’exposition aux écrans. « Les politiques publiques ne font pas assez état et profit de nos acquis et progrès en matière de recherches scientifiques ». Pour Geneviève Avenard, « les écrans et leur impact sur les enfants sont un sujet d’inquiétudes à partir de 6-7 ans. Avant, on considère que c’est pédagogique, ludique, et les parents ne se rendent pas compte du danger ».

L’institution demande au gouvernement de « diligenter des recherches pour mieux appréhender les risques » et de faire prévaloir, « dans l’attente des résultats, le strict principe de précaution en interdisant les écrans aux enfants de moins de trois ans dans les lieux les accueillant », ou alors de « façon très limitée et dans une approche pédagogique ». Actions de soutien à la parentalité, inclusion des élèves handicapés, renforcement de la mixité dans les métiers de la petite enfance pour favoriser dès le plus jeune âge l’égalité filles-garçons, hausse des moyens alloués aux protections maternelles et infantiles (PMI), ou nomination d’un médecin référent en protection de l’enfance dans chaque département font également partie des 26 recommandations de ce travail qui sera remis mardi 20 novembre 2018 à Emmanuel Macron.

L’institution, qui salue la priorité donnée aux enfants dans la stratégie de lutte contre la pauvreté, demande au gouvernement d’aller plus loin en mettant « urgemment en place une stratégie globale en faveur de la petite enfance » permettant « le décloisonnement des différentes institutions et professionnels » pour « faire de la prévention une priorité concrète ».

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