Comment rénover le recrutement dans le secteur public ?

Publié le 14 mai 2024 à 11h00 - par

Dans un manifeste, la plateforme d’emploi innovante du secteur public, Profil public, identifie pourquoi les étudiants ne sont plus attirés par les concours et propose des pistes d’amélioration.

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Centraliser les informations sur les concours, simplifier et harmoniser le déroulement des épreuves, prendre en compte l’expérience, valoriser le projet professionnel plutôt que le statut, faciliter la mobilité… Ce sont quelques-unes des vingt propositions du manifeste de Profil public, plateforme d’emploi innovante dédiée au secteur public. Co-écrit avec des étudiants et des jeunes diplômés Ambassadeurs du service public, et après une enquête auprès d’une cinquantaine de candidats, le document tente d’analyser pourquoi les concours publics n’attirent plus et identifie comment les améliorer. Car, depuis vingt ans, le nombre de candidats a été divisé par trois. Il s’agit désormais de « réinventer les codes du recrutement dans le secteur public ».

Les jeunes trouvent notamment difficile de se renseigner sur les concours. Une information dispersée, « peu digeste » et présentée d’une façon éloignée de leurs modes d’information habituels. D’autant que les concours eux-mêmes sont complexes et multiples. Pendant longtemps, les épreuves se sont limitées à évaluer la culture générale des candidats, sans valoriser suffisamment leurs compétences. En outre, « de vieux réflexes demeurent » et les concours ne permettent pas de « lutter efficacement contre les déterminismes sociaux ». Certains étudiants constatent même que l’inscription au concours représente déjà « une forme de pré-sélection », car il faut savoir qu’ils existent et pouvoir ensuite trouver le temps et l’argent pour s’y préparer – un investissement considérable. D’autres expliquent qu’il faut aussi comprendre les attentes du jury et les codes à adopter et que c’est souvent « la trajectoire scolaire et sociale qui fait la différence ». Selon Profil public, il faudrait mettre en relation les candidats admissibles avec des coaches pour qui leur ferait passer des oraux blancs, et constituer des jurys plus représentatifs de la société. Autre piste : faire connaître les prépas « Talents » INSP-INET (Institut national du service public – Institut national des études territoriales) qui permettent aux étudiants boursiers méritants et aux demandeurs d’emploi de préparer les concours de l’encadrement supérieur de la fonction publique (catégorie A+).

Regrouper les formations sur une semaine par mois

L’enquête a également mis en avant un décalage croissant entre les aspirations des candidats et les avantages offerts par la fonction publique. Ainsi, la sécurité de l’emploi n’est plus un critère : c’est « le sens du travail et le désir d’impact » qui priment. La mobilité géographique et professionnelle, l’accès à des responsabilités, l’évolution salariale mais aussi les réseaux et collectifs de travail sont aussi recherchés. De plus, dans un contexte où les recrutements hors concours explosent et offrent certains avantages (rapidité, négociation salariale, perspective de CDI), les étudiants font le calcul de l’investissement personnel (temps de révision, formation après l’admission…), du coût de l’année de prépa et de l’organisation logistique du concours. Et ils savent que le bénéfice du concours peut être perdu si l’on ne trouve pas de poste.

Il faudrait sans doute raccourcir les étapes entre écrits, oraux et résultats d’admission, et proposer des sessions régulières pour que les candidats ne doivent pas attendre deux ans. Intégrer les options prépa dans les cursus universitaires éviterait aux étudiants une année supplémentaire. En outre, une prépa en ligne, financée par le compte personnel de  formation (CPF), pourrait être accessible à tous, et les temps de formation pourraient être regroupés sur une semaine par mois, comme c’est le cas pour l’alternance, afin de tenir compte de l’éloignement géographique et de la vie de famille.

Quant aux épreuves écrites, il conviendrait de les rendre moins académiques et de les adapter aux talents recherchés. L’expérience pourrait être mieux valorisée ; les spécialistes de la communication ou du design, par exemple, ne peuvent pas « capitaliser sur leurs compétences » dans des concours très généralistes. Avec des tests psychotechniques, passés en ligne éventuellement, et certains oraux proposés sous forme de jeux (games), les candidats pourraient « exprimer leur potentiel et leur personnalité, au-delà de leurs compétences ».

Marie Gasnier