Des voies réservées aux étudiants d’origine modeste dans les concours de la Haute fonction publique

Fonction publique

Des voies seront réservées, dès 2021, aux étudiants d’origine modeste dans les concours administratifs afin d’accentuer la diversité sociale au sein de la Haute fonction publique, annonce mercredi 7 octobre 2020 la ministre de la Transformation et de la Fonction publiques, Amélie de Montchalin.

« Je veux que l’on crée, dans les concours d’entrée aux écoles de service public, des voies d’accès pour les  candidats issus des milieux modestes. Avec, à chaque fois, des places réservées. Ce ne seront certainement pas des concours au rabais. Ils seront sélectifs », annonce Amélie de Montchalin dans un entretien au Monde.

La ministre souhaite « que cela concerne tous les concours de la Haute fonction publique : ENA, directeurs d’hôpital, administrateurs territoriaux, commissaires, magistrats, attachés d’administration… Et ce, dès 2021, au moins à titre expérimental ».

Elle estime que « la Haute fonction publique a perdu en diversité sociale et territoriale » en notant que, dans la promo 2019-2020 de l’ENA, « 1 % des élèves ont un père ouvrier » contre « 4 % en 2006 ». 

Pour « aller chercher les jeunes qui pensent que ces concours ne sont pas faits pour eux », Mme de Montchalin veut « s’appuyer sur ce qui existe : beaucoup d’écoles de la fonction publique ont créé leur propre classe préparatoire. Mais ce dispositif est trop morcelé et invisible. Nous devons donc le rendre plus attractif, en harmonisant les prépas, en leur donnant un label, en les associant aux universités ou aux Instituts d’études politiques en région, en faisant en sorte que cela débouche sur un diplôme ». 

« Tronc commun »

« Aujourd’hui, 700 personnes fréquentent ces prépas. Je souhaite que l’on monte à 2 000, au moins. Ce sont eux qui pourront passer les concours dédiés. Quand on est boursier, qu’on a passé son bac dans un quartier prioritaire de la politique de la ville, dans une zone de revitalisation rurale, on a vocation à candidater. Il y a aussi des élèves qui n’entrent pas dans ces critères, mais dont le mérite, le parcours de vie justifient qu’ils puissent passer ces concours », ajoute-t-elle.

Dans un communiqué, l’Ugict-CGT a dénoncé une « discrimination positive utilisée pour faire diversion d’une politique de casse de l’égalité républicaine ».

Dans cet entretien, Mme de Montchalin indique aussi que la réforme de l’ENA « ne sera ni cosmétique ni symbolique » même si l’école ne sera finalement pas remplacée par une « école du management public », comme l’envisageait le gouvernement après le rapport Thiriez

« Je suis favorable à l’idée de créer un tronc commun entre les administrateurs de l’État et les administrateurs territoriaux, les magistrats, les directeurs d’hôpital, les commissaires, etc. Ceci dit, on peut sans doute le faire de manière plus souple, via le numérique, qu’en créant une école », explique-t-elle.

« Nous voulons également renforcer la formation continue. Il faut sortir de l’idée que tout est joué à 24 ans. Nous devons aller chercher des cadres de talent dans toutes les fonctions publiques, mais aussi dans le privé », ajoute-t-elle.

Le classement de sortie de l’ENA, qui permet de sélectionner ceux qui accéderont aux grands corps (Inspection des finances, Cour des comptes, Conseil d’État), restera possible « dès lors qu’il n’y a plus de carrière automatique et que vous avez des expériences de terrain ». 

« Plus aucun fonctionnaire ne peut faire toute sa carrière à Paris, en administration centrale, à créer de la norme. Il faut aussi se confronter au terrain. De même, nous réfléchissons à une période de mobilité obligatoire de quelques années avant de progresser dans les grands corps », indique-t-elle. 

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