Hausse du SMIC : “La rémunération du travail est très insuffisante pour les agents”

Publiée aujourd'hui à 9h00 - par

La hausse du SMIC au 1er juin 2026 (+ 2,41 %) n'est pas sans effet sur le décrochage salarial des agents publics, comme l'indique Johan Theuret, président du Sens du Service public et, par ailleurs, directeur général adjoint chargé du pôle ressources de la ville de Rennes et de Rennes Métropole. « Plus d'1 million d'agents percevront une rémunération équivalente au SMIC grâce à une indemnité différentielle », explique le Think Tank dans un graphique clairement détaillé. L'attractivité de la fonction publique va encore en pâtir…
Hausse du SMIC : “La rémunération du travail est très insuffisante pour les agents”

© Photo Arnaud Loubry Rennes Métropole

Vous avez fait vos calculs : les catégories C sont rattrapés par le SMIC, l’ancienneté ne paie plus, même les catégories B et C sont affectées… Comment en êtes-vous arrivé à un tel calcul ?

Nous réalisons ce calcul à chaque réévaluation du SMIC. Le sujet de la rémunération est un enjeu prioritaire pour l’attractivité de la fonction publique. Le risque est celui d’une paupérisation des agents au SMIC ou juste au-dessus du SMIC. Si les rémunérations ne suivent pas le coût de la vie, certains agents en place ou ceux qui veulent rejoindre la  fonction publique seront plus refroidis pour poursuivre ou intégrer cette mission. Il y a clairement un risque de fuite des agents. L’autre conséquence est l’écart de rétribution entre des agents débutants et les plus anciens, qui se réduit. Ce qui implique qu’un employeur public ne peut reconnaître la qualité, l’ancienneté et la responsabilité d’un agent en agissant sur le levier de son salaire. Il y a donc une urgence à réviser les grilles indiciaires. Mais c’est un travail au long cours. Ce qui repose la question de l’approche de la revalorisation du point d’indice. Si cette dernière ne faisait pas l’objet d’un suspens permanent, avec une décision prise chaque année par le gouvernement, mais si elle était prévue et étalée sur trois à quatre ans, il n’y aurait pas cette pression sur les grilles indiciaires. On ne dit pas qu’il faut le relever chaque année mais on regrette l’absence de visibilité pluriannuelle pour savoir comment les rémunérations vont évoluer. On pourrait en discuter avec les partenaires sociaux pour se projeter sur 3 à 4 ans et avoir quelques certitudes sur l’évolution du point d’indice, ce qui permet de mieux structurer nos budgets.

Écart en € entre le salaire brut mensuel d’un agent public au 1er échelon par catégorie et le SMIC

Hausses successives du SMIC sur les grilles de la fonction publique
© Graphique réalisé par Le Sens du Service public

Il n’y a pas d’argent dans les caisses, dit l’État. Et les exécutifs locaux semblent plutôt s’accommoder de ce tassement qui stabilise la masse salariale…

Une très mauvaise habitude a été prise par les décisionnaires politiques depuis 2010, point de départ du gel de la valeur du point, et ce jusqu’à aujourd’hui, en dehors de la période 2022 et 2023 liée à la forte inflation consécutive à la guerre en Ukraine, celle de ne pas valoriser régulièrement le point d’indice. Et donc de sous-estimer les coûts RH que ça implique. Puis d’utiliser cette non-revalorisation pour financer d’autres dépenses structurantes. Avant 2010, tous les ans, le point était revalorisé. Il y avait donc une visibilité pour tout le monde. Le sujet du rattrapage vis-à-vis du SMIC ne se posait donc pas. On a économisé sur les RH pour financer d’autres dépenses. Cette hausse du point d’indice devient donc désormais un coût qui, avant 2010, était intégré aux augmentations classiques.

Mais comment faire face à des budgets contraints…

Cette excuse ne tient pas et trahit une mauvaise gestion. Revaloriser les salaires fait partie de la responsabilité d’un employeur. Il doit discuter avec les syndicats de la périodicité et du montant de la revalorisation des salaires. Ce n’est pas le stop and go dans lequel nous sommes qui améliorera la situation.

Cette attractivité affectée, êtes-vous en mesure de l’étayer ? Y a-t-il tension sur des postes de catégories C, par exemple ?

Les postes qui réclament un peu de technicité ou sur  lesquels nous sommes en concurrence directe avec le privé sont concernés. Je pense au secteur de la petite enfance et de l’aide à la personne. On arrive de moins en moins à pourvoir tous les postes. Il  ne faut pas tout de même considérer le fait que le secteur privé soit à l’abri des tassements vécus dans le public. Tout dépend des conventions collectives signées dans ces métiers. Plus globalement, la France a quand même un gros problème avec les salaires. Il y a une dizaine d’années, le SMIC français était parmi les premiers au palmarès européen ; aujourd’hui, il est dans la moyenne européenne. La rémunération du travail est très insuffisante pour une grande partie de la population active.

Est-ce que cette problématique de la rémunération est discutée au plus haut niveau de l’État avec les instances représentatives de la fonction publique ?

Non. Officiellement oui. Un chantier rémunération a été ouvert mais il est complètement ankylosé. Le gouvernement n’a ni la fenêtre de tir ni la légitimité pour ouvrir un tel chantier. Le sujet rémunération est le parent pauvre du dialogue social. J’espère que la présidentielle permettra d’aller au fond du débat sur le service public que l’on souhaite pour notre pays. La France a une longue tradition de service public, dans des champs conséquents et vitaux pour notre société. Il faut donc des fonctionnaires bien payés pour qu’ils soient efficaces. La réalité du déficit public ne doit pas éloigner la discussion sur les rémunérations. Pour les collectivités locales, c’est un casse-tête car on ne sait pas sur quel levier agir : le SMIC, le RIFSEEP (régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l’expertise et de l’engagement professionnel), le point d’indice ? C’est un vrai casse-tête. Et ce d’autant plus que l’on va rentrer de  nouveau sur des sujets sensibles budgétaires pour 2027 mais surtout 2028 avec la participation des collectivités locales au redressement des comptes publics, face à une inflation en hausse et le coût de la guerre en Iran sur les comptes publics.

Stéphane Menu