Interview de Hélène Guillet, DGS de Vertou (Loire-Atlantique)

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Entretien avec Hélène Guillet, DGS de Vertou (Loire-Atlantique), lors de l’édition 2019 de Territorialis, les Assises Nationales des cadres dirigeants territoriaux, sur le thème des « Services publics et citoyens ».

Les élections locales 2020 approchent et on annonce des bouleversements au niveau des équipes élus. Selon vous, quels sont les secrets du couple DGS/élus, en particulier en début de mandat ?

Hélène Guillet : Secret, je vais dire surtout pas. Qui dit secret dit caché et je crois que justement tout l’enjeu est d’être très transparent ou en tout cas le plus transparent possible dans ce qui fait les conditions de réussite de la relation élu/DGS et essentiellement maire/président DGS. Deux éléments majeurs pour moi : la confiance et la vigilance. La confiance au sens large.

D’abord la confiance en soi et sa capacité à dire, à se mettre d’accord ou en désaccord, à être dans la contradiction, la controverse (mais par le haut, pas par le bas). La confiance en l’autre aussi, avec l’idée de pouvoir mettre sur la table l’ensemble des éléments pour le fonctionnement du mandat qui comprennent les modes de travail mais aussi les modes relationnels. Et là-dessus on est un peu habitués. Puis confiance dans le reste de l’équipe municipale ou intercommunale et la confiance dans ses propres équipes à nous soutenir, à être à nos côtés de sorte à ce qu’elles sachent aussi qu’elles peuvent compter sur nous. Donc ça c’est un premier élément, la confiance au sens large et le deuxième élément, la vigilance. Parce que la confiance se construit bien sûr, elle s’entretient, mais elle ne doit pas être accompagnée de naïveté et l’environnement territorial et la relation exécutif / direction générale est réellement chahutée depuis de nombreuses années. Notre environnement favorise aussi la complexité, les points de tensions, les sources d’accrochage et donc il est indispensable que l’ensemble des directions générales restent absolument vigilantes autour, justement, de ce qui peut être les signes faibles des évolutions dans les échanges – de sorte à ne pas laisser s’installer une dynamique négative.

Pour vous, quels sont les principaux enjeux des prochains mandats locaux ?

Hélène Guillet : À l’échelle du territoire vertavien, territoire urbain, qui est dans la très dynamique métropole nantaise, ce sont probablement les mêmes que ceux partout en France autour de la transformation-mutation, des transitions démographiques en lien avec le vieillissement des populations et la manière dont on peut accompagner ces populations, du ration aidant-aidé qui se diminue au fil du temps et des structures pour accueillir ces populations avec le maintien à domicile. Voilà un premier grand enjeu de territoire des transitions aussi sociales et sociétales. On le voit bien avec l’ensemble des mouvements nationaux. On a des pertes de repères, des pertes de confiance et cela revient bien aux collectivités locales, aux maires, qui sont vraiment en grande proximité, et aux présidents d’intercommunalité de travailler autour de ça sur la proximité, sur les accompagnements des populations, sur les plus fragiles (mais pas que). Favoriser les liens plus que les ruptures, des mutations aussi qui sont des mutations techniques et technologiques, le digital, vont nous obliger à penser et repenser la manière dont les métiers vont évoluer, dont nos équipes vont se former ou pas, comment nous allons les accompagner dans le champ aussi de leur propre vieillissement mais aussi du nécessaire reformatage de leurs compétences.

Voilà déjà trois grands champs de mutation, de transition. Et puis évidemment tout ce qui est transformation, au sens large, énergétique, mobilité, qui, à l’échelle d’une métropole comme la métropole nantaise, est un point crucial. Alors Vertou, je localise sur le territoire proprement dit, est à mi-chemin avec un pied dans la métropole et l’autre dans le vignoble. Donc, Vertou est percuté par tous ces enjeux là mais aussi par le fait qu’on a, pour certaines populations, des difficultés de déplacement, des éloignements et quelques fractures qui pourraient se profiler si nous n’y travaillons pas.

Le thème de cette édition de Territorialis est « les services publics et citoyens ». Quelles politiques publiques et citoyennes ont été engagées sur votre territoire ?

Hélène Guillet : On a un niveau de service plutôt élevé, d’abord parce qu’on a sur le territoire vertavien quasiment tous les grands services régaliens représentés, et par tradition aussi Vertou a un niveau de service à la population qui embrasse à peu près tous les champs qui sont attendus et qui sont aussi au cœur des exigences des différents publics, il faut le dire. On est passé, quand même, d’une sollicitation de service public à des formes d’exigence de production de service. Donc on est présents sur tous ces champs-là.

Nous ce qui nous intéresse c’est de répondre aussi, et j’aurais pu le citer déjà tout à l’heure, sur l’un des enjeux qui est un enjeu démocratique aussi. Et on voit bien que les différents publics, les différentes populations ont des attentes profondément bouleversées par rapport à des services publics locaux avec des sollicitations à la fois de production de service type achat, consumériste. On va le caricaturer un peu comme ça. Et aussi une exigence à être dans des participations, des coopérations, des co-constructions sur des grands projets mais aussi sur des petites choses. Donc à Vertou, dans le cadre de ce mandat, nous nous sommes attachés à ça et nous avons développé plusieurs grands projets établis dans le cadre de démarches de construction et de design de service (pour faire un peu pompeux), où les habitants, les différents publics ont une vraie part à jouer, une vraie valeur ajoutée avant, pendant et après et où nous allons vers, alors ça s’établit autour d’un grand projet sur Sèvre, qui est la rivière structurante qui traverse Vertou, un grand projet éducatif aussi avec des temps d’ateliers de collaboration, de co-construction avec des partenaires aussi locaux, un grand projet autour des accueils. Ça c’est en lien direct avec ce que vous évoquiez, comment nous accueillons les différents publics. En physique, en téléphone, en digital et comment nous favorisons aussi le fait d’accompagner les populations qui sont aussi plutôt en rupture avec le digital. Environ 15 à 20 % de la population à l’échelle française si ma mémoire est bonne qui n’a pas de pratique régulière avec le digital alors qu’on voit bien que de plus en plus on a tendance à faciliter, favoriser ces pratiques-là. Donc comment on accompagne ? On a donc pensé l’ensemble du concept accueil et puis aussi un grand projet autour justement du vieillissement. Voilà des exemples qui sont tournés vers la citoyenneté et vers des accueils de publics.

Propos recueillis par Nathalie Marthe-Bismuth, Directrice Générale des Éditions WEKA

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