Le maire de Langoëlan veut améliorer l’accessibilité des communes en France

Personnes handicapées

« Les vrais ambassadeurs de l’accessibilité, ce sont les maires », plaide l’édile de Langoëlan (56). Pour que les mentalités évoluent, il a eu l’idée de vulgariser l’accessibilité pour en faire un outil de fierté et de communication des élus avec leurs administrés.

En France, l’accessibilité est un point faible dans les communes et Yann Jondot, maire paraplégique de Langoëlan (56) en sait quelque chose. « La loi de 2005 était très positive. Nous avions cet espoir qu’en 2015 les bâtiments publics et les ERP [Établissements recevant du public] soient accessibles, mais rapidement, nous avons senti le manque de motivation. Puis, en 2014, les agendas d’accessibilité programmée sont arrivés, accordant des délais supplémentaires jusqu’en 2024 ». Aussi, il n’était plus question d’attendre pour l’édile de cette commune bretonne, élu en 2014, qui se bat depuis de nombreuses années pour plus d’accessibilité. Son idée ? Proposer aux maires de son département la signature d’une charte alternative expérimentale les engageant. Pour y figurer, ils devront montrer les actions déjà réalisées sur leur commune et à évaluer le niveau d’accessibilité des bâtiments recevant du public.

Les communes signataires sont alors invitées à arborer un autocollant avec la mention A pour des actions réalisées, B désignant des actions en cours de réalisation et C des actions à l’étude. « Nous présentons le handicap non pas comme une main tendue, mais comme une avancée nécessaire dans nos communes rurales, où vivent aussi des personnes âgées qui peuvent rester à leur domicile parce qu’elles ont la possibilité d’évoluer dans un environnement adapté à leur perte de mobilité. L’accessibilité est ainsi présentée aux administrés comme une richesse », poursuit Yann Jondot. Il lui aura fallu trois mois pour visiter toutes les communes du Morbihan, dont actuellement plus de 300 sont labellisées. « Aujourd’hui, lorsque vous circulez à travers le département, un panneau à l’entrée des villes affiche le degré d’accessibilité des communes. Ainsi, vous connaissez la situation des établissements recevant du public, vous savez si vous aurez besoin d’une rampe ou d’autres équipements », indique le maire. C’est d’ailleurs à partir de ses propositions que le conseil départemental a lancé une opération pilote en faveur des personnes à mobilité réduite.

De simples moyens et du bon sens

Pour le maire de Langoëlan, il serait illusoire de penser que tous les aménagements et bâtiments seront accessible. En revanche, il est possible d’améliorer l’accessibilité au quotidien avec des moyens simples et peu onéreux, et également beaucoup de bon sens. Yann Jondot en a fait l’expérience sur sa commune. « À Langoëlan, nous avons quatre chapelles pour lesquelles il faudrait un budget d’environ 80 000 € pour les rendre accessibles selon la loi. Nous avons résolu le problème grâce à l’achat de rampes d’accès qui nous ont permis de réaliser 79 000 € d’économies », avance-t-il. Dans la charte signée par les communes, des mesures simples et pragmatiques sont proposées : l’achat pour chacune d’entre elles d’une rampe d’accès amovible mise à disposition par les services de la mairie en cas de besoin, une sonnette accessible aux personnes en situation de handicap à l’entrée des établissements recevant du public, la pose d’une rampe d’appui pour gravir quelques marches ainsi que d’autres aménagements liés au handicap.

Lorsqu’on l’interroge sur la prise en compte de l’accessibilité en France, Yann Jondot répond : « Il faudrait être capable de mener une vraie réflexion entre les faiseurs et les demandeurs. Il y a 12 millions de personnes handicapées recensées en France, mais elles sont très peu représentées dans les centres de décision. Il est nécessaire de faire un travail de communication et de responsabilisation au niveau des élus, et d’effectuer le même travail avec les personnes en situation de handicap. »

Une opération bientôt nationale

Sa détermination et son engagement en faveur de l’accessibilité ont valu à Yann Jondot le soutien du président du Sénat, Gérard Larcher, et de l’Association des Maires de France (AMF), ainsi que sa nomination, en octobre 2018, au poste d’ambassadeur national de l’accessibilité par la secrétaire d’État en charge des Personnes handicapées, Sophie Cluzel. « Cette proposition m’a intéressée dans le sens où l’on touchait autant les élus que les administrés à travers ces opérations de labellisation », affirme le maire de Langoëlan.

Sa mission consiste désormais à déployer son action dans les autres régions de France, sur le même modèle en s’appuyant sur les préfets, les présidents de région et les associations de maires. Sur le terrain, il pourra bénéficier de l’appui des ambassadeurs de l’accessibilité, des jeunes en service civique déployés dans les villes de plus de 10 000 habitants afin de sensibiliser les responsables d’ERP de proximité, souvent mal informés, mais aussi les commerçants.

« Ces ambassadeurs agiront par deux ; nous avons demandé que l’un d’entre eux soit en situation de handicap ; c’est important, car il saura exactement de quoi il parle », précise l’élu. Et s’il estime qu’« il n’est pas utile de tout reprendre à zéro, parce que la loi de 2005 a beaucoup d’avantages pour les personnes en situation de handicap », il considère cependant qu’il faut « la réactualiser afin de prendre en compte ce qui marche et ce qui ne marche pas et voir ce qui est réalisable ou pas ».

Blandine Klaas

Source : RCL

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